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Quelle est la limite du salaire normal

Cette limite imposée par la nature et rappelée par Léon XIII, jusqu'où va-t-elle? L'ouvrier doit trouver dans son salaire le vivre, le vêtement, le couvert, voire même les éléments d'une récréation honnête et modérée et l'épargne qui doit pourvoir aux mauvais jours et à la vieillesse.

Mais ce salaire normal est-il celui d'un célibataire ou celui d'un chef de famille? L'ouvrier doit-il trouver dans le salaire de quoi fonder, élever et nourrir une famille, en s'aidant bien entendu des autres res-

sources normales du foyer : travail de la femme, des enfants, épargnes même et produits du petit domaine?

Léon XIII ne l'a pas défini et l'on en dispute vigoureusement entre catholiques.

Pour nous, quoi qu'en dise une autre école, nous pensons que la solution n'est pas si difficile. Léon XIII nous renvoie aux exigences de la nature, mais est-il dans l'ordre naturel que l'homme vive célibataire? Toute la question est là. S'il faut tenir compte des exigences de la nature, il faut voir dans l'ouvrier normal et ordinaire un chef de famille. Le salaire ordinaire doit donc répondre aux besoins normaux d'un chef de famille.

Quelques-uns appellent ce salaire familial, l'expression est impropre, mais elle est en passe de rester dans l'usage.

6. Est-il bon que ce salaire normal ou minimal soil fixé par les lois ou par des règlemetits d'administratio>i ?

Cela serait bien inutile si les mœurs étaient plus chrétiennes. L'estimation commune y suffirait. La justice et la charité régneraient dans toutes les relations du travail.

Il n'y aurait pas lieu non plus pour l'Etat ou les

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administrations d'intervenir, si le régime corporatif englobait le monde du travail et le soumettait à des règlements équitables. Mais, dans notre situation de société désorganisée, l'Etat et la commune sont les seuls organismes qui restent debout, lis ont donc le droit et même le devoir d'agir au moins provisoirement pour sauvegarder la vie des travailleurs.

Le cardinal Manning avait raison de dire : « Dès que l'État constate des injustices publiques, il a le droit de faire ce qui est possible pour les empêcher. Le contrat de travail est libre sans doute, mais quand cette liberté est nuisible aux ouvriers qui, par suite de leur faiblesse, subissent des salaires insuffisants, le principe de la liberté doit fléchir devant la nécessité de vivre. »

Ce n'est pas toutefois que l'État puisse intervenir inconsidérément, mais il peut obliger les administrations à fixer pour les adjudications un minimum de salaire qui maintiendrait le taux des salaires dans chaque région. (Cf. Lettres apost., III, 55.)

L'épargne.

I. L'épargne est-elle U7ie cofiséquence normale et naturelle du travail?

— Absolument. Le bon Dieu nous met en garde contre les abus de la richesse, mais il la promet quand même à l'homme sage, travailleur et craignant Dieu.

Cent fois la sainte Ecriture promet les bénédictions divines à l'homme juste et religieux. Relisez le beau psaume cent onzième : i Bienheureux l'homme qui craint Dieu, sa famille sera bénie. La puissance, la richesse et la gloire afflueront dans sa maison, s

Remarquez ce passage curieux du livre des Proverbes (chap. m): « La sagesse assure l'amitié de Dieu et des hommes, mais elle remplit aussi les greniers et les celliers. Le sage a la santé dans sa main droite et la richesse dans sa main gauche. »

C'est que la sagesse conseille l'épargne. Elle exclut et condamne le hixc et la prodigalité. l£t l'épargne accumulée, c'est la richesse, au moins une richesse relative.

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2. Les travailleurs d' aujourd' hui peuvejit-ils vraiment épargiier?

— Dans un état social bien réglé, presque toutes les familles devraient pouvoir épargner. Beaucoup de familles ne le font pas aujourd'hui. Quelques-unes, beaucoup peut-être ne le peuvent réellement pas, d'autres ne le veulent pas sérieusement.

La meilleure preuve ici, ce sont les faits. Au Valdes-Bois, l'épargne était presque nulle au début des associations catholiques en 1861. Elle a suivi lespro. gressions morales et religieuses de la population. Elle est arrivée maintenant à une moyenne de 65.000 francs par an. Une enquête faite permet d'assurer que l'ensemble des 50 ouvriers de la Compagnie des Vétérans de l'usine ne possède pas moins de 240.000 francs en maisons, terres, placements, mobiliers et dépôts à la Caisse d'épargne.

L'épargne est donc possible. Elle est générale dans un milieu où régnent la paix sociale et les bonnes mœurs.

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