Qu 'est-ce que l 'usure
— Dans le sens ancien et classique, c'est toute somme exigée par le prêteur en plus de l'argent prêté.
Dans le sens moderne, c'est tout intérêt exagéré ou excessif.
2. D'où vient ce changement dans la théorie et la pratique du prêt? Peut-on le regarder comme légitime ?
— Ce changement est admis par la grande majorité des moralistes. Il est toléré par l'Église.
Pour le comprendre, il sera utile de relire ce que nous avons dit plus haut sur le crédit.
Ce qui justifie l'intérêt, c'est le régime du crédit sous lequel vit la société moderne, régime qui n'est pas immoral en soi, quoiqu'il donne lieu à bien des abus.
Les moralistes ont admis de tout temps quelques titres particuliers à l'intérêt : le dommage naissant, le profit cessant, le risque du capital, la convention pénale. L'intérêt en pareil cas n'est pas perçu en
vertu d'un simple prêt, mais comme compensation d'un préjudice ou d'un danger que Fou assume en faveur d'une autre personne.
Ces titres, avant l'organisation du crédit, étaient rares et exceptionnels.
Aujourd'hui, il y a un titre habituel, un titre intrinsèque si l'on veut. Ce n'est pas que l'argent soit devenu productif par lui-même ; mais il a, disent les moralistes modernes, une productivité virtuelle : il est facilement échangeable contre des titres productifs, sa privation occasionne donc habituellement un lucrum cessans. De plus, il est ordinairement prêté non plus pour être consommé, mais pour être échangé contre des choses productives, matières premières, salaires, etc.
Tel est, avec quelques nuances dans les explications données, l'enseignement des économistes modernes et celui des principaux moralistes, tels que les jésuites Liberatore, Steccauclla, Ballerini en Italie, Lchmkuhl et Pesch en Allemagne, Rickaby en Angleterre, Cathrcin en Belgique ; le dominicain Weiss, le professeur Charles Périn.