PRELIMINAIRES
L'Église, libératrice de toutes les tyrannies et promotrice de tous les progrès.
Avant d'étudier la réalisation du plan divin dans riiistoirc de l'Eglise, relisons la synthèse de ce plan dans les prophètes et dans l'Evangile.
Et d'abord rappelons la constitution démocratique du peuple de Dieu. Trois institutions principales, dans la loi de Moïse, sauvegardaient la liberté des travailleurs et leur modeste patrimoine : le sabbat, le septennat et le jubilé.
Le sabbat, avec le repos hebdomadaire, garantissait la liberté de l'âme chez le pauvre travailleur; le septennat, avec la suspension de la culture des terres et le droit laissé aux pauvres de jouir des produits spontanés du sol tous les sept ans, avec l'interruption des contrats de travail et la remise des dettes.
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prémunissait l'indépendance personnelle des mercenaires et des indigents contre la triple servitude de la misère, de la sujétion et des dettes ; enfin le jubilé, par lequel tous les cinquante ans les terres aliénées revenaient à leurs possesseurs primitifs, assurait la continuité des familles et des patrimoines, surtout des plus petits, qui sans cela auraient été absorbés par les plus grands.
Mais l'Église devait faire mieux encore, ainsi l'annonçaient les prophètes.
Isaïe nous présente le Messie comme l'ami et le bienfaiteur des pauvres et le libérateur des esclaves. Il compare son règne à l'année jubilaire. (Chap. lxi.)
Michée nous dépeint l'Eglise comme le règne de la paix et de la prospérité.
Ce qu'on a vu accidentellement sous Salomon, l'aisance des familles populaires vivant au milieu de leurs vignes et de leurs vergers sera la situation commune de l'Eglise. (Chap. iv.)
Dans l'Évangile, le Sauveur lui-même confirme ces prophéties et en annonce l'accomplissement. En recevant à la synagogue de Nazareth les envoyés de Jean-Baptiste qui lui demandent qui il est, il les renvoie à la prophétie d'Isaïe : « Dites à Jean-Baptiste ce que vous avez vu : les pauvres ont reçu la bonne nouvelle de leur délivrance. » (Matt., chap. ii.) Plus
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tard, en parlant de l'aisance que l'on peut désirer, il promet qu'elle sera donnée par surcroît à ses disciples. Ce sera comme une bonne main qu'ils recevront en attendant le salaire du ciel : Hâsc om?ua adjiciefiiur vobis. (iMatt., chap. iv.)
vSaint Paul répète la promesse du Sauveur : « La piété, dit-il, a une récompense temporelle en même temps qu'une couronne éternelle. »
En vérité, abstraction faite même de la bienveillance de Dieu pour ses serviteurs, les chrétiens possèdent dans la doctrine qui est l'objet de leur foi toutes les conditions du progrès, de la paix et de la prospérité.
L'obéissance à toute autorité légitime est replacée sur sa véritable base qui est la religion.
La famille est honorée, sanctifiée par un sacrement, consolidée par l'indissolubilité.
Une doctrine qui fait du travail un devoir, de la justice une loi, de Taumône une obligation, de la charité fraternelle une vertu sincère, de la tempérance et de la dignité un précepte, cette doctrine porte un coup mortel à la paresse, au luxe, à la cupidité, au paupérisme. Elle favorise la production de la richesse et en assure la bonne répartition.
Enfin, si l'abolition de l'esclavage n'était pas proclamée dans l'Évangile, elle était préparée par l'éga-
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lité morale attribuée aux esclaves et aux mai très.
Bien plus, la pauvreté ne devait pas seulement être assistée, elle devait être honorée. Le Christ l'avait choisie, il en avait dit les avantages spirituels, il faisait de la miséricorde envers les pauvres la pierre de touche du jugement des âmes.
Une telle doctrine assurait à priori le respect des petits et leur libération, et favorisait l'aisance et la prospérité générale.
Cf. Card. Pecci : Lettres pastorales.