CHAPITRE LXIX
D. Nous avons vu que le sens commun de rhumanlté t que la raison humaine, élevée par Dieu même à sa plus haute puissance , est l'Eglise catholique : et aue les calhoHques sont ceux qui , principalement pour les vérités religieuses , suivent cette règle ainsi élevée et assurée par Dieu même ; mais comment appelle-t-on ceux qui ne suivent point cette régie pour les vérités religieuses?
R. On les appelle hérétiques.
D. Que veut dire le nom d'hérétiques ?
R. Il veut dire des hommes qui choisissent.
D. Pourquoi les appdle-t-on de cette manière ?
R. Parce qu'au lieu de prendre en tout pour règle suprême le sens commun, la croyance commune , ils choisissent certains articles selon qu'ils plaisent davantage A leur sens privé.
D. Quel est donc leur principe fondamen-
R. Leur principe fondamental est celui du sophiste Prôtaeoras » A savoir : que Thomme est la mesure oe toutes choses.
D. Quel jugement Aristote a-t-il porté sur ce principe dans le chapitre sixième de sa métaphysique , ayant pour inscription : Ce qui iwrait à chacun n'est pas certain pour cela f
R. Aristote dit : Ce que soutient Protagoras à savoir que Vhamtne est la mesure de toutes choses f revient à ce que disent d'autres sophis^ tes que la même chose peut à la fois être et n*é^ tre pas. En effet c'est dire , Ce qui parait à chacun est certain. Cela étant , il arrivera que la même chose est, et en même temps nest
Îoê ; qu'elle est en mime temps mauvaise et onfie • et ainsi de beaucoup d autres contra^ dictions : attendu que telle chose paraîtra bonne A cêux^i et mauvaise à ceux-Zd , et que la mesure pour chacun sera ce qui lui paraît.
D. Quel jugement Aristote porie-t-il sur celui qui croirait sérieusement un pareil principe?
R. Voici ses propres termes : Vouloir don» ner la même créance aux opinions et aux ima^ ginatigns de gens qui se contredisent, c'est 1$ fait d'un sot.
D. Si tout le monde adoptait le principe de Vhérésie ou de Protagoras et le mettait sérieusement en pratique , quel en serait le résultat?
R. Le résultat misérable serait la ruine de tout ordre, de toute morale , de toute justice, de toute société, de toute raison et même de toute langue humaine.
D. Pourquoi cela?
R. Chaque individu étant une fois reconnu pour la règle suprême de toutes choses, il est clair qu'il y aura, du moins en droit et en principe, autant de morales, de justices, de sociétés , que d'individus , c'est-A-dire qu'il n'y en aura plus ; car morale , justice , société, suppose nécessairement une loi commune A tout le monde.
D. Quelles sont les principales hérésies de nos jours?
R. Les principales hérésies de nos jours , sont: le mahométisme en Orient, le protestantisme en Occident , avec son enfant na«turel , le philosophisme.