De notre libre volonté
( Quarante^-guatre. }
HARMONIE
lai
démarches les plus coûteuses pour Taire venir de très-loin des médecins qui pussent voas délivrer de ce mal ; et en effet vous avez l^néri i force de remèdes très-dispendieux. Quoi I tant de crainte de la mort alors , et tant de mépris à cette heure 1
Le coL A vous dire vrai, je fus effrayé; mais alors je parlais comme homme , et à cette beurCt je parle comme militaire.
Théod. Et les coupables que la société doit punir, à quelle classe appartiennent-ils ? A relie d'hommes , ou A celle de militaires ? S'ils sont militaires, je dirai aussi que peutêtre ils seront plus sensibles à ce qu*on leur retire Tuniforme et les distinctions militaires en présence du régiment qu*à une mort secrète ; mais peut-on supposer que des militaires soient coupables? Je leur fais Thonneur de croire que non. Tous les coupables sont donc simplement hommes; et, comme tels, ils doivent, aussi bien que vous, crain* dre la mort plus qu'aucun autre châtiment.
Le col. Les châtiments proloniçés beaucoup sont , sans contredit, une mort lente.
Théod. Néanmoins la plupart des coupables aiment mieux cette mort lente qu'une mort courte et violente. La preuve en est constante; si à l'occasion delà fête du prince, ou pour quelque autre motif, on fait grâce de la mort à un criminel, en commuant sa peine en celle des galères, ou d'un bannissement perpétuel dans les pays les plus malsains, ce n'est que compliments et réjouissances parmi les compagnons , etc.; preuve que le coupable a, amélioré son sort.
La bar. J'ai toujours entendu dire la même chose, quelque cruel que l'exil ait été.
Théod- Bien plus : il y a peu d'années qu'un certain souverain (1), entiché de votre philosophie, abolit la peine de mort, et ordonna qu'on ne l'infligeât à personne, mais qu'on destinât les coupables à travailler toute leur vie aux ouvrages publics, avec telles et telles peines. Cela fut an commencement de son tègne ; mais les délits et les attentats se multiplièrent tellement dans ses Etats, qu*enfin il se vit obligé de condamner à mort une foule de sujets, convaincu que la mort seule peut réprimer les esprits malveillants et portés au mal.
La bar. Néanmoins , Théodore , si j'étais souveraine, il m*en coûterait beaucoup de condamner les coupables à la mort.
Théod. Alors, madame, vous agiriez d'après les mouvements de votre caractère, mais non d'après le suffrage de la raison ; et j'ajoute que vous vous rendriez coupable de cruauté envers vos vassaux.
La bar. Coupable de cruauté 1 je ne vous entends pas.
Théod. Supposez qu'étant souveraine , on vous donnât avis que des ours et des lions font de grands ravages, non seulement dans les troupeaux, mais encore dans les villages, tuant de femmes , enlevant des enfants . et mettant en pièces les voyageurs ; et qne vous pe consentissiez point à ce qu'on mit à mort
^) f^'t'inpcrçar Joseph If.
ces ours et ces bêtes cnidles : serait-ce U di la pitié.
La bar. Dieu me présenre d*ane pitié i mal entendue; parce que ce serait aroi de la compassion pour les ours , et de ij cruauté pour mes cbers vassaax, que je de^ vrais aimer conune mes enfants.
Théod. Je dis , moi , la même chose. Lei voleurs de grands chemins, les assassins,c4c. sont des ours déguisés sous la peau humaÎDe et pardonner à ces coupables, ce serait étn cruel envers les personnes qa'ils toeraieor blesseraient ou maltraiteraient. Supposa
3u'un de cer malfaiteurs , se voyant délirri e la morty continuât ses aflfreux délits , el qu'il tuât quatreou cinq personnes ; sur qui retomberaient ces assassinats? si pour aroii laissé la vie à un.ours ou à un lion , celai-ci mettait en pièces quelque personne; qoj manquerait de vous jeter la faute de cette mort?
La bar. Alors je me regarderais comme bomicide.
Théod. Et pourquoi non dans notre as^ Dieu vous préserve, baronne^ d'abuser à ce point de votre bonté naturelle , ce qui serait une vraie cruauté! Qui pourrait apaiser les clameurs du peuple, quand il verrait que vous risquez la vie des innocents, en épargnant la mort aux coupables ? Dès q^u'un bomme cherche à tuer, ou à faire quelque anlr^ insulte grave à ses concitoyens , il se déclare ennemi déguisé de tous, et renonce parla même au droit quHl avait à la vie. Vous êtes exempte, madame, de pareils embarras; mais vous voyez bien que ce qui parait démence envers les coupables est une vraie cruauté envers les innocents.
i XIV. — De robligation de Vhamme enten
ie$ amii.
Théod. Ce point , baronne , vous regarde plus que'personne ; parce que je voos ai entendue discourir plusieurs fois en bonne pitilosophe sur les lois de l'amitié ; et d'aiUeors la matière de l'amour est le propre du ccenr des femmes.
La bar. Ce qu'il j a de certain , Théodore, c'est qu'à ce sujet j'ai philosophé beaucoup; et il me semble que le colonel ne s'accorde pas avec moi dans les principes sur lesquels je me fonde. Qu'il donne d'abord l'opinion de ses auteurs, je déclarerai ensuite ceqQ^ je pense.
Le col. Nos livres parlent de Vamourvco beaucoup d'éloges; et on ne peut nier que celte noble passion le mérite. L'un dit que /^ sentiment de Vamour est Vunique base ou *« puissent affermir les fondements d'une mom utile (1). Un autre dit plus : car il doone pour dogme que quiconque est capaltle tai»^ est vertueux ; et que f utcongti€ est vertueus est capable d'aimer (2J ; tant ce grand homme regarde comme identiques l'amour et la vertu 1 Sur cela il igoute qu'tV n'est point à erain-
(i) L'Esprit, p. 250.
(i) Les Mœurs, p. 398,
7a •.î-TSKS'^f'^'
.,^^, .Vf.