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Argile jaune ordinaire
Argile jaune très-compacte, dont la partie supérieure contient des galets
Argile verte très-compacte
Argile grise très-compacte avec bélemnites
On trouvait donc, à une profondeur maximum de 5m, 15, l’argile sur laquelle reposent probablement les fondations de la cathédrale ; une argile très-compacte à 5m,85; et le rocher à 9m,50. Mais, avant d’arriver à cette dernière profondeur, on rencontrait des bancs alternatifs de roche et d’argile, entre lesquels se trouve la nappe d’eau qui alimente les puits des environs et notamment le puits existant dans le transept Nord de la cathédrale. Un cinquième sondage, fait dans le bas côté de la nef, près du pilier S.-O., afin de s’assurer de la profondeur des empâtements qui entourent les fondations, confirma l’opinion qui était résultée de l’inspection de la fouille faite de l’autre côté du même pilier, à savoir que ces empâtements s’arrêtaient dans les décombres.
Après avoir constaté l’existence d’une couche puissante d’argile très-compacte, on résolut de la prendre pour point d’appui des tubes, en les y engageant de quelques décimètres; il n’y avait plus à craindre alors, comme dans le cas où l’on serait descendu jusqu’au rocher, ni les effets nuisibles de l’eau, ni le peu d'homogénéité des bancs successifs de roche et d’argile, ni enfin le danger de toucher à un terrain de beaucoup en contre-bas des fondations.
DESCRIPTION DES TRAVAUX
Une (les premières préoccupations devait être de constater l’intensité et la direction des mouvements qui se produisaient dans les différentes parties de l’édifice. A cet effet, on plaça des repères multipliés sur toutes les fentes et lézardes; c’était une légère couche de plâtre reliant les deux fiords de la fente, et sur laquelle on inscrivait la date. Les mouvements des principales lézardes étaient notés sur un papier collé sur le mur. L’observation des bords de la fente permettait de voir quel était le mouvement relatif des maçonneries qui se séparaient. Plusieurs centaines de ces repères étaient distribuées sur toutes les surfaces de l’édifice et, chaque jour, ils étaient minutieusement visités; une grande importance était attachée aux indications qu’ils fournissaient.
Afinde s’assurer directement du mouvement de descente, on fixa, sur les murs de la tour carrée, des règles en bois de 26 mètres de longueur, descendant jusqu’au sol, le long de chaque pilier. Leur extrémité faisait marcher une aiguille dont le centre de rotation était fixé sur la base du pilier, et dont la pointe indiquait les mouvements, en les quintuplant. Mais les bois se rallongeant et se raccourcissant selon l’état hygrométrique de l’air, la descente réelle ne pouvait être appréciée que par conjecture; car le raccourcissement, par un vent sec, était quelquefois de 3mm en vingt-quatre heures, et atteignait plus de Grara au bout de quelques jours. Les repères placés sur les fentes et lézardes des fenêtres, des arcs et des tympans, donnaient des indications plus positives.
Pendant plus d’une année, jusqu’à ce que le soutènement fût terminé, on tint note, plusieurs fois par jour, de la marche des règles, de la température, de la variation des vents et de l'état de l’atmosphère. La descente des règles a été, du 30 janvier au 30 avril 1856, de 16ram pour le pilier N. -E. et de 20mm pour le pilier N.-O.
On essaya d’obtenir des résultats plus exacts au moyen d’une tige en fer de 26 mètres de longueur, disposée de la même manière, et que l’on ramenait à sa longueur primitive par le calcul de sa dilatation. Mais il y avait encore deux sources d’erreur, dont l'ensemble faussait les résultats de plus de 3mm : la lente dilatation du pilier pendant l’été et la température inégale de la tige;
à la hauteur des fenêtres, un courant d’air réchauffait le matin et refroidissait le soir cette tige, sur une portion de sa longueur.
L’encombrement des travaux dans un espace restreint, encombrement qui est un obstacle pour les observations exactes, n’a pas permis d’en faire de suivies, avec le fil à plomb.
La connaissance intime de 1 édifice, soit comme équilibre des forces, soit comme construction, soit comme nature de matériaux, donne seule moyen de tirer des déductions de ces observations journalières, si variées et quelquefois contradictoires. Il faut aussi toujours tenir compte de l’élasticité de la pierre, qui permet des déformations et des tensions considérables, sans rupture apparente de l’édifice, ainsi que de ses changements d’état qui sont très-sensibles par les variations de température combinées avec l’humidité ou la sécheresse.
§ 2. Etrésillonncnicnt et blindage des baies avoisinant les piliers.
Le 12 novembre 1855, le ministre accepta d’une manière officielle les propositions de M. Flachat, pour la consolidation de la tour centrale de la cathédrale de Bayeux, et l’on put commencer à prendre des dispositions pour faire marcher les travaux avec activité.
Pendant les mois de septembre et d’octobre, les mouvements avaient été insensibles; quelques-uns des nombreux repères en plâtre, placés sur les lézardes, s’étaient fendus, mais non d’une manière menaçante; la tour achevait d’écraser le pilier N.-O. et fatiguait les deux piliers N.-E et S.-O. placés en diagonale. On ne connaissait pas encore assez l’édifice pour coordonner les observations recueillies et se rendre compte de la cause de tous les désordres ; mais ce que l’on avait vu indiquait impérieusement la nécessité d’un travail rapide, sous peine de compromettre le#uccès de l’entreprise. Quel que fût d’ailleurs l’état de la construction, on admit en principe qu’il fallait la fortifier de plus en plus, et ne détruire les travaux existants qu’après en avoir établi d’autres plus solides.
DESCRIPTION DES TRAVAUX
On s’empressa d’abord d’enlever, de dessus les voûtes de la nef, du chœur et
des transepts, les débris d’ardoises, de moellons et les décombres de toute sorte
qui, depuis bien des années, s’y étaient accumulés et les surchargeaient. 1} y en avait 148 mètres cubes, dont le poids, de plus de 200,000 kilogrammes, augmentait considérablement la poussée des voûtes et, dans un moment donné, aurait pu accroître les mouvements des maçonneries.
Les étrésillonnements et les étayements, qui devaient arrêter les mouvements latéraux dans les baies avoisinant les grands piliers, furent immédiatement entrepris. Parmi ces baies, onze étaient remplies de maçonneries, à savoir: quatre baies accolées au pilier N.-O., trois baies accolées aupilier N.-E., et quatre baies accolées au pilier S. -O. — Ce fut par celles qui étaient restées libres que le travail fut commencé.
L’étrésillonnement qui fut employé consistait en deux ou trois fermes affectant la forme de la baie, composées chacune d’un cintre supporté par deux poteaux de 0m,25; des couchis étaient placés sur les cintres et le long des poteaux. Des étrésillons, allant d’un poteau à l’autre d'une même ferme, servaient à les presser contre les maçonneries qu'ils devaient soutenir. Ces étrésillons se rencontraient bout à bout, deux par deux, aux points où ils venaient s’appliquer sur les poteaux; au moyen de coins, on pouvait éloigner leurs abouts et, par suite, augmenter leur pression. L’espace compris entre les couchis et les colon nettes des fenêtres ou des piliers, était rempli par une maçonnerie de moellons et plâtre formant blindage et répartissant, d’une manière uniforme sur toute la surface des piliers, la pression des étrésillons. Pour préserver les moulures de toute rupture, les refouillements profonds, qui donnent tant de légèreté h cette architecture, furent garnis d'un béton maigre, composé de sable et de 15 pour 100 de chaux. On évita l’emploi du plâtre, dont la force d’expansion eût causé des dégâts (pl. III).
Ce système, tout en maintenant, comme des murs pleins bien construits, la forme des arcades, offrait à la fois l’avantage d'une plus grande légèreté, la possibilité d’augmenter la pression en serrant les bois, et la facilité de le modifier ou de l’enlever lors de la reconstruction.
EXÉCUTÉS A LA CATHÉDRALE DE BAVEUX
Les baies placées immédiatement à côté des grands piliers furent toutes étrésillonnées, afin de reporter la pression sur les piliers voisins; ces derniers furent eux-mêmes soutenus, à tous les points correspondant aux étrési lions, par des étais placés dans la baie suivante, et les moyens indiqués plus haut pour répartir la pression furent également adoptés pour cet étayement. Lorsqu’une baie supérieure était étayée, la baie inférieure correspondante était étrésillonnée.
L'ensemble de ce travail formait huit contre-forts qui rayonnaient autour de la croisée et reportaient, de baie en baie, jusqu’au sol résistant, les poussées que les grands piliers pouvaient produire en un point quelconque de leur hauteur.
Le côté Nord du chœur était, de toutes les parties de l’édifice, celle où l’on craignait le plus de voir augmenter les accidents secondaires. En effet, le pilier N.-E. s’écrasait de plus en plus; le mur du triforium, situé au-dessus des arcades inférieures, offrait deux grandes lézardes qui augmentaient chaque jour; et de plus, en enlevant le remplissage en maçonnerie de l’arcade située audessous de ce mur, on découvrit que les moulures du premier pilier du chœur n’avaient pas été remplies, que les moellons appuyés sur les colonnettes les avaient brisées et que, des fissures s’étant produites transversalement, le pilier s’était rompu depuis les chapiteaux faisant face au pilier N-E, jusqu’à la base du côté opposé.
Ce fut de ce côté que furent exécutés les premiers travaux de soutènement, en commençant par les baies les plus éloignées; elles étaient toutes libres, à l’exception de la baie inférieure accolée au pilier N.-E. On étrésillonna ou étaya quatre baies inférieures, deux baies du triforium et deux fenêtres du haut. Plus tard, les désordres devinrent tellement graves, que l’on fut obligé d’ajouter une ferme supplémentaire à la première baie de chacun de ces étages, pour soutenir les ogives qui se brisaient.
La planche I représente le plan de l’ensemble des travaux exécutés, et donne une coupe horizontale des arcades inférieures.
La planche II montre une élévation de l’ensemble des travaux de soutènement exécutés dans la partie Nord du chœur et de la nef.
DESCRIPTION DES TRAVAUX
La planche XV, fig. 1, donne le détail du soutènement du triforium et de l’étage supérieur du chœur, avec l'indication#des principales lézardes.
Le côté Sud du chœur fut l’objet de travaux analogues ; mais, comme le pilier S.-E. avait peu souffert, les mouvements y étaient à peine sensibles; tout faisait espérer que les travaux marcheraient avec assez d’activité pour empêcher qu’il fût aussi compromis que le côté Nord; aussi, les travaux d’élrésillonnement y furent-ils beaucoup moins considérables. A la partie inférieure, deux arcades seulement furent soutenues; au triforium et à l’étage supérieur, les baies accolées au pilier S.-E. furent seules étayées.
Tandis que l’on soutenait celles des baies restées libres autour des grands piliers, on débarrassait les autres des maçonneries qui les obstruaient, afin de pouvoir les étrésillonner. Cet enlèvement devait être fait avec beaucoup de précautions, à cause des tassements que ces maçonneries avaient éprouvés. On se proposait de les démolir d’abord sur 0m,60 d'épaisseur, en étrésillonnant la partie devenue libre, et d’enlever ensuite le reste du mur pour compléter l’étrésillonnement. Ce système dut être abandonné ; l’intérieur des murs était presque en pierres sèches, de sorte que la partie ù conserver s’écroulait sur les ouvriers. O11 s’assura alors que ces maçonneries étaient bien complètement détachées des arceaux, et que Ton pouvait enlever sans danger la partie formant cintre. Arrivé à la hauteur des chapiteaux, on put voir qu elles s’étaient retirées sur ellesmêmes et en se séparant latéralement de 2mm à 3mm, sur toute la hauteur des pieds-droits; le plâtre avait été noyé et n’offrait aucune consistance. Au furet A mesure de la démolition, on plaçait des étais provisoires, qui furent enlevés lors de la pose des étrésillons définitifs.
Ces maçonneries, par leur charge verticale, écrasaient les piliers et tendaient les déverser vers la croisée, en augmentant, d'une quantité très-considérable, la poussée des arcades qui les soutenaient; ainsi le poids de celles qui se trouvaient dans les deux fenêtres supérieures, à côté du pilier N.-O., était d’environ 250,000 kilogrammes, et Ton put constater, au moment de la démolition, que ce pilier avait éprouvé en ce point un déversement d’environ 0m,10. Il était donc à craindre que l’enlèvement de ce poids, venant modifier l’état d’équilibre
des parties surchargées, n’augmentât les désordres, en provoquant d’autres mouvements. Une attention très-grande dut être apportée à l’examen des repères et à la pose des étais provisoires.
Nous donnons, dans le tableau ci-dessous, la marche de ce travail; il nous a occupé, presque exclusivement, pendant le mois de décembre ; dans les mois de janvier, février et mars, il se faisait simultanément avec les fondations, le blindage des grandes arcades et la pose des ceinturages.
DËMO