‹ Cathédrale de BayeuxChapitre 14 sur 33 · PILIER SUD-EST · texte numérisé non relu

PILIER SUD-EST

2 fenêtres du transept Sud.

1 arcade du bas côté

t chapelle paroissiale

2 arcades du chœur

1 arcade du triforium

1 fenêtre

DESCRIPTION DES TRAVAUX

§ 3. Ceinturage de la tour.

Les murs Est et Ouest de la tour carrée, quoique bien construits et parfaitement conservés, présentaient deux lézardes, comme nous l’avons dit plus haut ; pour les empêcher de s’ouvrir davantage, soit par la continuation des mouvements déjà produits, soit par les réactions obliques des échafauds destinés à les supporter, on entoura immédiatement la tour, au-dessus des voûtes de l’église, de deux ceintures en fer disposées de manière à pouvoir être conservées indéfiniment. Elles furent préférées au cerclage en bois, dont il avait d’abord été question, et dont l’enlèvement aurait produit un relâchement des maçonneries et peut-être quelques désordres.

Le 27 février 1856, la première ceinture en fer fut posée; elle se composait de quatre parties courbes de 5m,41, placées à chacun des angles de la tour, et réunies entre elles par des parties droites de 7 mètres de longueur, venant s’assemblera clavettes. La section du fer était de 25 centimètres carrés.

Afin de répartir sur une plus grande surface la compression exercée sur les angles de la tour, on y disposa des plaques en fonte, recevant le ceinturage dans une gorge circulaire (fîg. i). La figure 2, pl. X, présente une coupe horizontale de la tour carrée, avec la disposition d’un ceinturage.

Pour obtenir le maximum d’effet utile, le ceinturage fut placé à chaud ; par son refroidissement, il détermina une tension plus graduée et plus énergique que celle qu’on aurait pu obtenir par le serrage des clavettes. Les quatre parties droites furent chauffées simultanément dans des auges en tôle, pleines de braises et disposées près de chacune des faces extérieures de la tour ; on ne laissait, entre le mur et les auges, que la distance nécessaire pour la manœuvre. À un signal donné, les barres de fer chauffées au rouge furent mises en place et assemblées avec les parties courbes; on les laissa refroidir jusqu’au rouge sombre, et alors toutes les clavettes furent posées pour remplir les vides laissés

dans les assemblages par la dilatation, et pour produire la tension en s’opposant au retrait.

Le second ceinturage fut placé, le 24 avril, de la même manière que le

premier.

Le résultat obtenu par ce mode de pose fut remarquable et plus énergique qu’on n’eût pu l’espérer. Les parties Nord et Sud de la tour furent rapprochées de 4mm, comme le constata la fermeture des lézardes Est et Ouest. Des repères en plâtre, mis depuis plus d’un an dans ces lézardes, se trouvèrent comprimés par le rapprochement des maçonneries et firent éclater les bords des pierres entre lesquels ils se trouvaient.

On voulut aussi tirer parti, autant que possible, de l’ancien ceinturage ; une barre de chaque tirant fut déposée et chauffée avant d’être remise en place. L’allongement qui en résulta permit d’introduire dans chaque joint des clavettes de 25mm à30mm, au lieu de celles de 5mm à 10mm qui s’y trouvaient, et la tension produite, fit courber les 'extrémités des barres, parce que ces dernières ne se trouvaient pas dans le prolongement l’une de l’autre (fig. 5, pl. X).

La tour se trouvait ainsi solidement comprimée, et il n’y avait pas à redouter de nouveaux désordres, même dans le cas où des affaissements notables se produiraient dans les piliers. Nous avons employé plusieurs ceintures, au lieu d’une seule, afin que l’effet important que nous voulions produire ne pût être compromis par la rupture d’une barre défectueuse ou mal soudée.

§ 4. Tirants des naissances.

Il fallait aussi détruire les poussées à la naissance des grands arcs, ce qui fut obtenu par un double rang de tirants en fer, dont la figure 1, pl. X, donne la disposition. Les deux tirants, maintenant la poussée d’une même arcade, étaient placés à 1 mètre environ au-dessus des chapiteaux; ils avaient leurs extrémités boulonnées sur des pièces en chêne de 40/40. Ces dernières étaient appuyées

et calées sur les piliers, et des poutres en sapin les reliaient les unes aux autres.

Les tirants, de 25 centimètres carrés de section, et capables de supporter ensemble un effort de 150,000 kilogrammes avant, de rompre, étaient composés de trois morceaux réunis par des assemblages à clavettes, comme le ceinturage de la tour ; leur serrage fut fait successivement par les mêmes hommes qui, agissant sur les écrous, au moyen de clefs de 2 mètres, donnaient aux tirants à peu près le même degré de tension.

§ 5. Fondations.

Dès le mois de décembre, on put s’occuper de l’enfoncement des tubes qui devaient servir à former le point d’appui des échafauds.

Le sol de la croisée était, comme celui du chœur, à lm,50 au-dessus du niveau des transepts; il fut abaissé de 1 mètre, afin de rendre la recherche des anciennes fondations plus facile.

Les sondages ayant signalé, comme nous l’avons vu, l’argile compacte à environ 5m,85 en contre-bas du niveau des transepts, on fixa la longueur des tubes à 5m,10; on avait ainsi un enfoncement de 0m,75 dans l’argile compacte, on traversait l’argile ordinaire et les décombres, sur 3m,35 de hauteur, et il restait 1 mètre engagé dans le massif de béton qui devait couronner et relier les cinq tubes placés autour de chaque pilier.

Chacun de ces tubes était composé de six bagues de 0m,85 de hauteur et de lm,20 de diamètre; la bague qui devait couper le terrain était en tôle de 10ra,n d’épaisseur, les autres de 7ram seulement. Les joints verticaux et circulaires étaient faits avec des couvre-joints intérieurs et des rivets à tête fraisée extérieurement, pour conserver la surface parfaitement unie. Les bagues arrivaient séparées pour la commodité du transport, et le montage des tubes se faisait dans le chantier; on dut apporter beaucoup de soin à cette opération, car il

était de la plus grande importance que les tubes fussent parfaitement cylindriques, afin d’éviter, pendant l’enfoncement, leur coinçage dans les terrains.

A l’emplacement de chaque tube, on faisait une fouille de lm,50 à 2 mètres de profondeur, suivant l'épaisseur des empâtements des anciennes fondations; celles-ci durent quelquefois être entaillées, ainsi que les bois des anciens échafauds, afin de rapprocher les tubes de la position qui leur avait été assignée. Ces difficultés expliquent l’irrégularité de leur emplacement définitif.

Les tubes, placés verticalement, étaient réglés au moyen de quatre madriers scellés au plâtre avec quelques moellons; une fois enfoncés de 1 mètre, il n’était plus nécessaire de les diriger, pourvu qu’on eût soin de les charger régulièrement. Ils n’avaient pas par eux-mêmes un poids suffisant pour vaincre la résistance de frottement due au contact des terres ; aussi furent-ils chargés, le plus bas possible, avec des barres en fonte qui reposaient sur un cadre en bois et étaient maintenues par une cuve ne laissant qu’un passage circulaire de 0m,70 (pl. IX). La saillie du deuxième couvre-joint était augmentée par un cercle en fer de 35mm d’épaisseur, servant d’appui au cadre en bois. La charge et le revêtement intérieur du tube étaient complétés par quelques rangées de briques hourdées en terre grasse; au-dessus, une plate-forme annulaire en bois servait de base à cinq ou six assises en moellons, qui étaient placées au fur et à mesure de la descente.

Le chargement des barres de fonte demandait quelques précautions, à cause du peu d’épaisseur de la tôle; et on fut obligé, pour augmenter la rigidité des tubes, de les renforcer, en sus de l’anneau supportant les fontes, par un autre placé au bas de la première bague; le chargement devait ensuite être effectué uniformément sur toutes les parties de la circonférence.

Le poids du tube était de 1,400 kilogrammes.

Celui des fontes et briques, de 4,600

Et celui des cinq assises en maçonnerie, de. . . . 3,500

Total 9,500 kilogrammes.

Tant qu’on fut dans le remblai et la terre végétale, le tube, ainsi chargé,

se maintint toujours un peu plus bas que le niveau des terres intérieures enlevées par le mineur (fîg. 2); la vitesse de descente variait de2mmà 10mmpar minute, n'éprouvant souvent pas d'arrêts complets pour une descente de 1 mètre ; elle dépendait de la quantité de terres enlevées, et atteignait 0m,30 à l’heure. Mais, dès qu’on entra dans l’argile, le frottement augmenta au point d’arrêter la descente; alors le mineur, après avoir déblayé les terres du milieu, en ayant soin de laisser un peu de talus contre la tôle (fîg. 1), remontait, et onplaçait, sur les assises en moellons, de forts madriers, ainsi qu’une charge de pierres que l’on augmentait jusqu’à ce que le tube eût pénétré en tranchant l’argile (fîg. 3). On descendait ainsi de 0m,25 à 0ra,30. Il a été quelquefois nécessaire d’augmenter la charge jusqu’à 25,000 kilogrammes; mais ordinairement 15,000 kilogrammes suffisaient.

Pour enfoncer les derniers tubes, au lieu de les charger avec des pierres, comme les premiers, ce qui demandait beaucoup de temps, on fit monter, sur des madriers formant plancher, quinze à vingt hommes qui sautaient en cadence ; le tube ne se décidait quelquefois à descendre qu après dix minutes de cette manœuvre. Le mouvement, d’abord très-lent, s’accélérait subitement et la puissance vive de la masse- faisait pénétrer le tube en dessous du niveau des terres intérieures. On parvint ainsi jusque dans l’intérieur du banc d’argile compacte, sans secousse et sans avoir remué d’autre terre que celle dont le tube avait pris la place.

L’enlèvement des terres de l’intérieur des tubes était fait par quatre mineurs qui se relayaient toutes les trois heures, sans interruption de travail; un manœuvre pendant le jour, un autre pendant la nuit, enlevaient les terres avec un seau.

Dès qu’un tube était enfoncé, on le déchargeait des fontes qu’on transportait dans un autre tube, ainsi que le cercle en fer et le cadre en bois.

L’argile sur laquelle le tube arrivait était très-compacte; pour avoir une donnée sur son degré de résistance, des expériences furent faites avec une barre de fer carrée, de 50mm de côté, placée debout et chargée progressivement de poids de plus en plus forts. Sous une pression de 8 à 12 kilogrammes par

centimètre carré, l’argile se relevait latéralement et la barre s’enfoncait ; mais il était évident qu’avec une surface de lm2,13 (section des tubes), l’argile, ne pouvant plus d’ailleurs se relever latéralement, devait supporter sans danger une pression beaucoup plus considérable.

Avant de mettre le béton dans le tube, on jetait 0m,15 à 0ra,20 de sable sur l’argile du fond, afin de mieux répartir la pression. Le béton était composé dl :

0m,78 de cailloux,

0ra,52 de mortier;

Et le mortier contenait :

lm,00 de sable,

0m,40 de chaux hydraulique,

200 kilogrammes de ciment de Portland.

Des essais avaient prouvé que cette addition de ciment, augmentant considérablement la cohésion du mortier, devait assurer la résistance dés colonnes en béton, si plus tard les tubes en fer étaient détruits par l’oxydation.

On préparait la fouille du massif en béton, lorsque plusieurs tubes étaient enfoncés et remplis. Dans quelques parties, la fouille fut descendue jusqu’à 2m,80, sur une aire en mortier qui correspondait avec le sol de la crypte et s’engageait dans les fondations des piliers. Sous les arcades des bas côtés, on trouva des murs qui furent conservés au milieu du béton.

On ne mit de ciment dans le béton du massif que pour la dernière couche de 0m,50 d’épaisseur, afin de faire prendre rapidement cette surface, sur laquelle on fit reposer immédiatement les anciens échafauds. La fondation, autour de chaque pilier, se composait d’une masse totale de 140 mètres cubes, offrant une surface de 40 mètres carrés.

Les premières bagues des tubes furent rivées à la fin du mois de décembre 1855; et, dans le tableau détaillé que nous donnons ci-après, on voit que les fondations commencées le 2 janvier 1856 étaient complètement terminées le 3 avril.

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