‹ Cathédrale de BayeuxChapitre 4 sur 33 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

A. MOREL ET Ce, LIBRAIRES-ÉDITEURS,

Rue Vi vienne, 18.

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INTRODUCTION

Les travaux que nous avons exécutés à la cathédrale de Bayeux, de 1855 à 1859, sous la direction de M. E. Flachat, ayant offert à la fois une grande importance et un intérêt particulier, à raison des difficultés qu'il a fallu surmonter , nous avons cru être utiles aux ingénieurs et aux architectes chargés de consolider ou de réparer d’anciens édifices, en donnant une description succincte de cette restauration.

M. Flachat ‘, en se chargeant d’un travail déclaré presque impossible par des hommes spéciaux d’une réputation justement méritée, a rendu, comme déjà plusieurs fois dans sa carrière, un service éminent à l’art de l’ingénieur. Depuis, en effet, qu’une faveur presque générale succède, pour nos cathédrales gothiques, au dédain de trois siècles, on se préoccupe avec raison de l’état de dégradation de la plupart d’entre elles. Si quelques-unes sont encore jeunes, après cinq siècles d’existence, et ne demandent que quelques soins pour durer long-

1 Pendant que M. Flachat avait, à Paris, la haute direction des travaux, M. de Dion, chargé de les exécuter sur les lieux, prenait l’initiative dans tous les cas où des difficultés imprévues réclamaient unè prompte et énergique solution. M. Lasvignes, après l’avoir assisté jusqu’en 1858, le remplaça alors dans la direction, jusqu’à la fin des travaux.

INTRODUCTION

temps encore, d’autres, en plus grand nombre, construites soit avec précipitation, soit avec des matériaux de qualité inférieure, ou abandonnées pendant de longues années, penchent vers leur ruine, et demandent d'importantes restaurations. Trop souvent on s’est contenté de réparations superficielles, qui servent seulement à pallier le mal et à déguiser l’état de dégradation du monument; souvent aussi, des travaux imprudents n’ont fait que hâter la destruction. Puis, lorsque l’état s’aggrave, on ne trouve d'autre expédient que de démolir l'édifice.

Malgré quelques essais louables, tout le monde convient de la difficulté, sinon de l’impossibilité de remplacer les cathédrales gothiques par des monuments de meme valeur. On comprend mieux maintenant l'immense travail quelles ont coûté, et combien il a fallu de science et de goût pour les élever. Quelque coûteuse d'ailleurs que soit une restauration, elle le sera toujours moins qu’une reconstruction, même faite économiquement; et si, par de grands sacrifices, on remplace l’édifice détruit par un autre digne de lui être comparé, on ne peut donner â celui-ci la valeur historique du premier, ni faire revivre les nombreux souvenirs qui se rattachent â sa longue existence. On ne saurait trop respecter les travaux de ceux qui nous ont précédé; il faut se garder non-seulement de les détruire sans nécessité, mais encore de les modifier trop légèrement, alors même qu’ils choquent le goût dominant de l'époque. En consacrant leur travail à l’érection d’un monument, les générations successives n’ont pas eu seulement en vue la satisfaction d’un besoin présent; elles ont voulu continuer l’œuvre de leurs aïeux, et ont été soutenues par l’espérance que leurs créations dureraient plusieurs siècles et attesteraient à leurs descendants la puissance, la richesse et la foi religieuse de la cité, aussi bien que le talent et 1 habileté de l’ouvrier.

INTRODUCTION

L’exemple de la cathédrale de Bayeux prouvera que, même dans les circonstances les plus critiques, l’art du constructeur n’est pas impuissant pour la conservation d’un grand édifice; nous regarderions le but de cet ouvrage comme rempli, si l’exemple que nous allons signaler pouvait sauver de la destruction quelques-uns de nos anciens monuments. Nous croyons aussi que l’étude d’un édifice qui marche rapidement à sa ruine peut être fort utile à ceux qui sont appelés à construire, en leur enseignant ce qu’il leur faut éviter pour assurer la durée de leur œuvre.

Il est vrai que, dans des constructions aussi hardies dont les masses supérieures sont souvent en équilibre sur des appuis isolés, ces travaux en sousœuvre offrent des difficultés particulières ; mais ces difficultés ne sont pas de nature à décourager la science.

Il est inutile de dire que l’on ne trouvera pas ici des règles invariables, pouvant être appliquées pour tous les cas de restaurations. Dans une lutte incessante et compliquée contre des désordres qui s’aggravent sans cesse, surtout lorsqu’on peut craindre la chute de l’édifice, on ne peut copier servilement ce qui a été fait ailleurs. Il faut, tout en suivant un plan, savoir le modifier selon les circonstances, et opposer à des accidents imprévus des remèdes improvisés. Une reprise en sous-œuvre n’est point un travail de bureau; elle nécessite la présence presque continuelle sur les travaux, pour surveiller tous les détails et ne rien laisser au hasard.

Nous conserverons toujours le plus vif souvenir du temps employé à la restauration de la cathédrale de Bayeux, à cause tant du travail en lui-même que de l’accueil qui nous a été fait. Dans un travail pénible et acharné pour soutenir un édifice qui croulait sur nos têtes, nous n’avions pas seulement pour nous soutenir l’intérêt de la lutte contre des difficultés compliquées et contre

INTRODUCTION

un danger menaçant, mais encore la pensée que toute une population, fière à juste titre de sa cathédrale, suivait nos travaux avec un intérêt passionné. L’arrêt de mort de ce monument l’avait consternée. L’évêque et son clergé, la municipalité, toutes les classes, rivalisèrent de zèle pour empêcher cette ruine; ce sont leurs efforts et leurs sacrifices qui, avec le concours de l’administration supérieure, ont conservé la cathédrale intacte. Nous qui entreprenions avec ardeur de réaliser ce vœu public, nous trouvâmes chez tous la plus vive sympathie; nous en avons reçu trop de marques pour ne pas en avoir été profondément touchés, et pour ne pas conserver, indépendamment de sentiments plus personnels, autant d’estime que d’affection pour la population Bayeusaine. Nous saisissons avec empressement cette occasion de lui témoigner notre gratitude dans une publication sur ce monument qui fait, depuis plusieurs siècles, la gloire de Baveux et auquel peu de villes peuvent en opposer un égal.

DESCRIPTION DES TRAVAUX

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