‹ Cathédrale de Chartres (volume 4)Chapitre 3 sur 6 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

M. Houvel n'est pas un archéologue, il n'est membre d'aucune sociélé savante, il ne fut l'élève d'aucune Université, il est tout simplement, comme il nous l'apprend à la première page de son Album, le gardien de la Cathédrale de Chartres. Mais c'est un gardien cjui sait la valeur du trésor qui lui est confié. Il a lu tout ce qui s'est écrit sur sa Cathédrale et il la connaît aussi bien que ses maîtres.

S'il n'avait c^ue la science, il n'eût peut-être pas entrepris son oeuvre, mais il a la passion. Tant d'années passées dans la contemplation de ce monde de statues et de vitraux n'ont pas refroidi son admiration ; tout au contraire, il y découvre tous les jours de nouvelles beautés. C'est pourquoi il résolut de faire connaître à tous les merveilles qu'il ne faisait admirer qu'à quelques-uns. Projet vraiment héroïque. Jadis, le Ministère de l'Instruction publique commença, avec le concours de Las'us, de Didron, d'Amaury Duval, de Gaucherel et de beaucoup d'autres, un livre immense sur la Cathédrale de Chartres. Mais la tâche était si écrasante, il y avait tant de statues, tant de bas-rehcfs, tant de vitraux à dessiner et à décrire que les collaborateurs sentirent leur courage défaillir. Le livre resta inachevé.

Ce que des ministres, ce que des artistes et des savants célèbres n'avaient pu faire, M. Houvet l'a tenté à lui tout seul. Il acheta un excellent appareil, et, pendant des années, avec une patience inlassable, il photographia les statues et les vitraux. Telle est, en France, la magnifique énergie des individus. Un particulier réussit là où l'État échoue. L'Allemagne n'attendait rien que des forces collectives soumises à la discipline ; nous comptons, nous, sur le miracle des bonnes volontés individuelles ; et il se trouve que souvent nous avons raison.

M. Houvet nous donne aujourd'hui le premier volume de l'Album qu'il se propose de consacrer à la gloire de la Cathédrale de Chartres. On y trouvera le Portail vieux ou Portail royal reproduit en quatre-vingt-quatorze planches. Il y en a quatre seulement dans la grande Monographie publiée par l'État. On voit tout ce que l'Album nous apporte de nouveau.

C'est une joie pour l'historien de l'art de feuilleter ces pages. Nous allons donc pouvoir enfin étudier ce chef-d'œuvre de la sculpture du xii^ siècle, ce grandiose modèle où les artistes français et étrangers sont venus chercher l'inspiration. Rien de plus éloquent que ces belles photographies. Elles nous font des confidences sur les artistes, elles nous révèlent des mains différentes, des génies différents. Nous distinguons les maîtres des élèves ; les groupes semblent se former d'eux-mêmes.

On peut donc prédire dès maintenant que M. Houvet rendra autant de services à l'histoire de l'art avec ses photographies que les érudits avec leurs hvres. Aucune entreprise n'est plus digne d'être encouragée que la sienne.

Emile MALE.

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