‹ Cathedrales francʹaisesChapitre 35 sur 37 · D'AUTUN · texte numérisé non relu

D'AUTUN

Deux églises ont successivement porté le titre de cathédrale d'Autun: la première élevée sous le règne de Constantin , en 543 , avait succédé aux oratoires primitifs cachés dans des chryptes et des souterrains dans lesquels se réfugiaient les fondateurs du culte chrétien , en y bravant courageusement les cruelles persécutions de leurs bourreaux; et à ces chapelles quelquefois tolérées dans la suite , aussi peu considérables que légèrement construites , le plus souvent en bois , et presque toutes le berceau des principales églises de la chrétienneté.

Cette première cathédrale d'Autun, fut dédiée à Saint-Nazaire , parce qu'elle possédait un linge teint du sang de ce martyr, qui lui avait été apporté de Milan ; tantôt détruite par les Sarrazins , tantôt par les Normands, et toujours réparée par les soins et la piété des peuples et des rois , les écrivains et la tradition ne nous ont rien conservé ni sur sa structure ni sur son histoire , mais dans le commencement du 12e siècle , époque célèbre du zèle unanime des chrétiens , pour la reconstruction des temples , on voulut rebâtir celle-ci avec toute la magnificence digne de la splendeur et du rang dont jouissait l'évêché d'Autun , réputé un des plus illustres de la France ; on y dépensa des sommes énormes; les ducs de Bourgogne, les évêques et les fidèles rivalisèrent de générosité et on y consacra de très-grands revenus , mais, ou qui furent mal employés, ou qui ne furent pas sufïisans, car cette église n'a jamais été achevée et a été depuis tout-à-fait abandonnée et laissée en ruine. (1)

(1) L'évêque Guy de la Chaume y employa infructueusement le revenu de la première année do tous les bénéfices conférés dans le diocèse pendant dix ans.

Les chanoines obtinrent du pape Alexandre IV , une bulle qui accordait cent jours d'indulgence

Pendant ces travaux et dès l'année 1195, l'office canonial se faisait durant la moitié de l'année, dans l'église en construction, et durant l'autre (1) , dans une ancienne chapelle du palais des ducs de Bourgogne , voisine de là et qui fut cédée au chapitre lorsque les ducs jugèrent à propos de tranférer leur résidence habituelle d'Autun à Dijon. Bientôt l'incommodité de cet état de choses et la nécessité des sacrifices, de plus en plus ruineux, qu'il fallait faire encore , firent adopter toutà-fait cette seconde cathédrale qui devint dès lors la cathédrale réelle ; mais non entièrement de droit , car l'église Saint-Nazaire posséda longtemps encore depuis, le titre de cathédrale, mère du diocèse : et jusqu'en l'année 1770 , les évêques d'Autun, en prenant possession de l'évêché, conservèrent la coutume de se placer, en cérémonie, dans la chaire de pierre réservée pour ce sujet derrière l'autel , dans le choeur de cette église , et appelée la chaire de Saint-Léger , du nom de ce saint prélat qui la fit sans doute établir le premier et que l'église d'Autun révère, surtout, à cause du généreux dévouement avec lequel il se livra au plus affreux martyre pour épargner à ses concitoyens les horribles vengeances dont les menaçait , à cause de lui , le roi Ghilderic.

Cette chapelle du château des ducs qui malgré son titre modeste n'était pas moins une église considérable , avait été commencée par Robert Ier , vers l'an 1060, continuée par Hugues son petit fils, consacrée en 11 32 par le pape Innocent second et achevée seulement par l'évêque Etienne en 1178. Elle est sous le vocable de Saint-Lazare , parce que les reliques de ce saint lui furent apportées de Marseille et déposées sous le chœur. Cette église Saint-Lazare n'est point parvenue intacte jusquà nous et des réparations et reconstructions partielles l'ont plus ou moins défigurée ; elle est située comme l'était aussi l'ancienne, dans le quartier le plus élevé de la ville qu'il domine agréablement , appelé le Château, parce que c'était la partie fortifiée de la ville et qu'il contenait le palais des souverains de la contrée.

à ceux qui contribuaient à la réédification de cette église , et grande fut l'abondance des aumônes. Heureux temps où l'on obtenait avec des moyens aussi simples et sans murmures un impôt libre et volontaire suffisant pour réparer de grands désastres ou opérer de grandes choses ! (1) C'est-à-dire pendant l'été , parce que les travaux étaient en pleine activité.

Si dans plusieurs de nos précédentes descriptions nous avons signalé comme un mérite de retrouver dans les édifices religieux du moyen âge , l'unité et l'intégrité du style et du plan primitif , qui peuvent seuls fournir des exemples complets de l'état de l'art dans les differens siècles: si déjà quelques cathédrales nous ont offert en grande partie, du moins, de ces exemples , telles que celles de Paris , d'Amiens , de Dijon , nous sommes loin de recommander, sous ce rapport , la cathédrale d'Autun qui, nous devons même l'avouer, ne serait point entrée peut-être dans la collection des principales basiliques de France, sans le rang éminent où fut toujours placé cet évêché , et si l'église, telle qu'elle est restée , ne présentait pas dans ses détails des parties essentielles à l'étude de la science monumentale de notre pays , notamment celles qui remontent au commencement du 12e siècle et avant, époque dont les monumens commencent à être rares en France , et aussi quelques fragmens intéressans du i5e siècle.

L'extérieur de cette église a peu d'aspect et est plus pittoresque qu'imposant , à l'exception de l'entrée principale et des deux tours , de quelques détails de la porte latérale et de quelques portions des murs inférieurs des absides ; tout le reste n'offre que des reconstructions incohérentes, la plupart inachevées et qu'il faut considérer isolément. La façade principale qui, ici , est exposée au midi, (par cas qui n'est point ordinaire dans les églises de cette époque, celle-ci, contre l'usage, est orientée du nord au sud, au lieu de l'être de l'est à l'ouest) ; cette façade , disons-nous, détachée dans toute sa partie supérieure , du pignon de la nef avec laquelle elle n'a du reste aucun rapport de structure, est la partie la plus ancienne et la plus curieuse de la cathédrale d'Autun ; elle consiste principalement en un vaste porche qui en occupe presque toute la largeur , profond , voûté en berceau à plain cintre , avec des arcs doubleaux sans arrêtes croisées ou transversales et dont les parois latérales sont ornées de colonnes gros-

sièrement imitées de l'antique, surmontées de chapiteaux à figures chimériques ; dans le fond est une porte dont l'arc également à plein cintre , est soutenu sur de fortes colonnes découpées en rainceaux et entrelats , avec chapiteaux du même goût que les précédens et orné d'un tympan dont les sculptures primitives ont été enlevées ( 1 ) ainsi que le trumeau également décoré, qui partageait cette porte. On accède à ce porche par une longue suite démarches ou de degrés nécessités par l'extrême inclinaison du terrain, en cet endroit, au-dessous du niveau de l'église , et le tout est enfin surmonté de deux tours carrées dont la partie inférieure est évidemment du même temps que le porche, mais n'en offre, dans la partie supérieure, qu'une espèce d'imitation défectueuse et moderne , et toutes deux sont surmontées d'une petite campanille à jour et en dôme, qui nous a paru du 16e siècle.

Il nous paraît probable que la masse principale de ce vieux portique est antérieure à l'église actuelle que nous savons avoir été reconstruite vers l'an 1060 ( ci-dessus page4)> et serait un reste de la chapelle primitive des ducs, beaucoup plus ancienne, qui aurait été conservé provisoirement jusqu'à ce qu'on en eut élevé un portail plus approprié aux dimensions et au style de la nouvelle église , opinion que semble en effet confirmer son manque de liaison et de concordance de lignes avec l'extrémité de la nef à laquelle ce portique n'est évidemment joint qu'accessoirement. Dans ce cas ce serait un fragment aussi précieux que rare , de la première époque de l'architecture romane ou carlovingienne, déjà bien modifiée dans le 1 ie siècle et tout-à-fait altérée dans le commencement du 12e. (2)

(1) Ces sculptures ont éié remplacées par des ornemens et des figures modernes du plus mauvais goût.

On remarque sur deux des anciens chapiteaux placés en parallèles , deux sujets probablement empruntés, l'un aux fabliaux du temps, et» l'autre aux fables d'Esope, et par lesquels l'artiste a sans doute voulu caractériser la charité. Le premier représente un homme tirant une épine delà pate d'un lion , et l'autre , une cigogne ôtant un os du gosier d'un loup.

(2) Sous ce rapport, nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer ici nos regrets de ce que notre estimable collaborateur, M. Chapuy, à qui l'on doit la première pensée de ce recueil , et dont les connaissances en fait d'architectures du moyen âge, surpassent peut-être les nôtres, n'ait pas porté plus d'intérêt à ce portail en le choisissant pour sujet d'un de ses dessins, par préférence même, s'il le fallait, à celui, par exemple, de l'intérieur d'un des bas côtés de l'église, qui nous paraît beaucoup moins intéressant.

La façade latérale ( à l'ouest) , entièrement à découvert , et précédée d'une place de médiocre étendue et aussi irrégulièrement bâtie que son sol est inégal , n'offre rien de particulier à l'observation. Les ornemens des fenêtres des chapelles perdent leur effet par le manque d'harmonie avec le reste ; les conteforts et les arcs-boutans absorbés par les toits, n'ont aucun mouvement ; le dessous du portail , de ce côté , auquel on accède aussi par plusieurs rangs de degrés, offre seulement des colonnes et des sculptures dans le goût de celui du midi (i) ; du reste, rien qui captive exclusivement l'œil (2) ; on en peut dire autant du chevet aussi à découvert et de la façade opposée (à l'est), qui n'a point de portail et dont l'accès est intercepté au public par des cours et des jardins d'habitations particulières.

Mais ce qui ne saurait passer innaperçu et mérite toute l'attention , c'est le charmant clocher pyramidal , en pierre , qui domine le centre du transept avec autant de majesté que d'élégance, Cet ouvrage remarquable est dû à la munificence du cardinal Rollin, évêque d'Autun, qui le fit construire vers le milieu du i5e siècle, après l'incendie causé par le feu du ciel, en 1^65, qui avait réduit en cendres l'ancien clocher (3) , fondu six cloches et brûlé la plus grande partie de la nef. Le clocher actuel dont la hauteur est de deux cent soixante-trois pieds du sol, au pied de la croix, fut lui-même plusieurs fois frappé de la foudre, notamment le 27 juin i635. Nous croyons que c'est sur la terrasse de ce clocher que l'on tirait chaque année le feu d'artifice de la Saint- Ladre ou Saint-Lazare, fête mémorable à Autun, célébrée encore avant la révolution, et sur laquelle on trouvera des détails curieux dans les divers écrits publiés sur la ville.

(1) On peut aussi les regarder comme des fragmens du même temps, ajustés ici pour les conserver ou s'épargner des frais de sculpture , comme on le faisait très-fréquemment même avec des débris d'antiquités romaines. On remarque dans les cintres de la voûte divers signes du zodiaque, et des emblèmes de travaux des champs pour chaque mois de l'année.

(2) La place que l'on nomme place des Terreaux, est ornée d'une jolie fontaine en pierre, du temps de Louis XII ou de François Ier, composée de deux coupoles l'une sur l'autre, supportées par des pilastres coniques sur un plan triangulaire, surmontées de la figure d'un pélican. Au milieu, l'eau s'échappe d'une coupe élégante, et se répand dans le bassin qui en environne la base.

(3) II était en bois et datait probablement de l'origine de l'église, mais nous ignorons quelle était sa forme.

L'intérieur de l'église d'Autun offre dans la masse principale, à l'exception du chœur et des chapelles, le style de la primitive construction, c'est-à-dire du ne et 12e siècle, mais avec des particularités curieuses et que l'on trouve rarement. Ici les massifs et les piliers n'offrent aucunes parties cylindriques comme on le voit presque exclusivement ailleurs , toutes sont carrées et anguleuses ; ils sont revêtus de pilastres plats ainsi que leurs chapiteaux, décorés néanmoins de rinceaux et de figures grossièrement travaillés dans la manière du temps (i), et plusieurs de ces pilastres sont à cannelures; les voûtes, non à plain cintre mais légèrement ogives, sont unies sans refents ni nervures d' arêtes et ne présentent que des arcs doubleaux qui correspondent aux pilastres. Toute cette architecture qui ne ressemble pas mal à de la mauvaise architecture moderne, est-elle bien intégralement du 11e et 12e siècle ? et ne serait-elle pas plutôt en grande partie une imitation défectueuse, un espèce de raccort maladroit et bien postérieur dans le genre de celui qu'on remarque aux tours du grand portail ? Peut-être du même temps et du même ouvrier, peut-être enfin de l'époque de l'incendie de 1^65 qui détruisit la plus grande partie de la nef ( Voy. ci-dessus pag. 7 ) ? C'est ce que nous ne voulons pas affirmer mais ce qui pourrait être.

Le chœur, dont l'abside a été reconstruit par le cardinal Rollin, s'étend fort avant dans la nef au-delà du transept et passe pour un des plus spacieux et des plus magnifiques qui soient en France ; il paraît avoir conservé la plus grande partie des marbres précieux, des dorures et des riches boiseries dont on l'orna avec profusion vers le milieu du siècle dernier; jadis il était fermé par un beau jubé qui a disparu ainsi qu'un zodiaque en mosaique qui ornait le pavé du sanctuaire, et ce mo-

(1) On y distingue les trois jeunes gens dans la fournaise, l'adoration des bergers, le songe des mages , les trois rois sont couchés dans le même lit, un ange entr'ouvre les rideaux et leur montre l'étoile ; et autres sujets tirés de l'histoire sainte.

nument en marbre si curieux et peut-être unique dans son genre que l'évêque Étienne avait fait faire sur le tombeau souterrain de Saint- Lazare , par un moine nommé Martin , habile sculpteur et qui représentait en petit , l'église telle que l'évêque Etienne lui-même venait de l'achever. Ces objets, du plus haut intérêt, existaient encore en 1^65, et furent honteusement sacrifiés aux inconvenantes et ridicules décorations modernes qu'on prodiguait alors orgeuilleusement et à grands frais dans les églises ; on aurait pu du moins en reléguer les débris dans un coin de l'édifice , mais non il fallait les détruire. Les moines , les chanoines , les marguilliers et les architectes musqués et poudrés du règne de Louis XV avaient horreur des vieilleries.

Les chapelles décorées à différentes époques dans les i5e et 16e siècles, présentent quelques ornemens de bon goût , et méritent d'être observées ainsi que la charmante tribune en pierre qui soutient le buffet de l'orgue et qui réunit au plus haut degré la hardiesse et l'élégance à la délicatesse de l'exécution. C'est encore un des ouvrages que l'on doit au zèle du cardinal Rollin , et un des plus intéressans échantillons de l'architecture du 1 5e siècle.

Un assez grand nombre de tombes et de mausolés, doublement intéressans par leur structure et les personnages en l'honneur desquels ils furent érigés , ornaient , avant la révolution , l'intérieur de la cathédrale d'Autun. Parmi ces monumens , deux surtout méritaient une attention particulière , celui du cardinal Rollin , et du célèbre président Jeannin de si glorieuse mémoire (1), eux seuls à-peu-près ont échappé aux outrages des révolutionnaires et viennent d'être rétablis dans la chapelle à gauche du chœur.

Forcés de terminer ici cette trop courte notice , nous ne pouvons raconter tout ce que l'histoire nous apprend sur l'antique célébrité de

(i) Cet illustre citoyen , d'abord simple avocat sans aïeux et sans fortune, qui, par sa persuasive éloquence, épargna à la ville de Dijon les crimes de la Saint-Barthélémy, parvint , par son mérite supérieur, aux emplois les plus éminens, rendit à sa patrie les services les plus signalés, et se concilia sans envieux l'amour des peuples et la bienveillance des rois , finit des jours en simple particulier, et mourut près d'Autun en 1622 , à 82 ans, après avoir vu le trône de France occupé par sept rois différens.

l'évêché d'Autun, sur sa suprématie, qu'il étendait sur tous ceux de France et d'Italie , sur les droits et les prérogatives exclusifs des évêques et des chanoines , les usages singuliers et les faits curieux qui s'y rapportent, et cette longue série d'évêques , la plupart illustrés par la sainteté de leur vie, leur science, leur vertu, le rang qu'ils occupèrent dans l'état, et leur influence dans les affaires publiques ; nous renvoyons donc sur cet objet , aux nombreux écrits qui traitent de l'histoire de la ville et de l'église d'Autun (i).

(1) Description historique de la Bourgopie , par Courtépée , tome 3 , page 43o. Hisloij-e de la ville d'Autun, par Edme Thomas; Histoire d'Autun, par J. Rosny, 1802, 1 vol. ; Description de la France , par Piganiol de la Force, etc., etc.

VUES PITTORESQUES

DE LA

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