‹ Catherine; comedie en quatre actesChapitre 28 sur 48 · CATHERINE CATHERINE · texte numérisé non relu

CATHERINE CATHERINE

Eh bien ! mais alors, c'est tout, mon ami. Ça ne change absolument rien à ce qui s'est passé entre nous... Je vous ai fait une promesse... Je la tiendrai.

MANTEL

Ali! Catherine, j'ai eu peur.

Vous avez eu tort. Vous me connaissez assez pour savoir que je n'ai qu'une parole.

MANTEL

Sans doute. Mais...

Mais quoi?

MANTEL

Rien. Et racontez-moi en détail, à présent que je suis tranquille. Dites-moi tout.

A quoi bon?

MANTEL

Si. Comment cela s'est-il passé ?

Très brièvement.

MANTEL

Qu'a dit votre père? Aux premiers mots?

11 a refusé !

Brave père! ah! mais non... il ne savait pas que je... Et vous?

Moi?

MANTEL

Oui. Qu'avez-vous répondu, vous? à peu près.

Oh ! je ne me rappelle plus.

MANTEL

Tâchez de retrouver.

J'étais si troublée.

MANTEL

Troublée ?

Surprise, embarrassée.

MANTEL

Enfin, vous avez dit que vous refusiez, n'est-ce pas? Vous avez dit non, un non sec et catégorique... Vous n'avez pas dit non?

Je n'ai pas dit oui, ni que j'accepterais... je n'ai rien dit... J'ai répondu que je ne savais pas... des phrases vagues.

MANTEL

Vous ne me dites pas la vérité.

Je vous assure... Georges. Et puis pourquoi toutes ces questions? Je vous répète que vous n'avez pas à vous tourmenter.

MANTEL

Je me tourmente, pourtant.

Je suis à vous, rien qu'à vous, et je tiendrai ma promesse.

MANTEL

Yous aimez le duc.

Mais non, mon ami... D'ailleurs il ne s'agit pas de cela.

MANTEL

Il ne s'agit que de cela. L'aimez-vous?

Je ne l'aime ni ne le déteste.

Vous l'aimez.

Voulez-vous que je lui en veuille d'avoir pensé à moi ?

MANTEL

Vous l'aimez ! Je le sens, et je vais vous le prouver. Vous l'aimez, du moment que vous avez hésité. D'une autre femme que vous je pourrais supposer que cette hésitation a eu pour cause l'intérêt, l'éblouissement subit de la situation et de la fortune, mais de vous,

Catherine, jene le crois pas. C'était l>ien simple ! 11 fallait répondre à sa mère : Madame, je suis très flattée, mais je n'aime pas votre Mis et j'ai donné t<>ut à 1 heure ma parole à un autre. Vous ne l'avez pas fait, pourquoi'/

Mais, parce que...

MANTEL

Parce que vous l'aimez et qu'il vous a plu, au point de le laisser voir... allons, soyez franche?... pour qu'on le lui redise et qu'il le sache. Ah! Catherine, je vous en supplie, ne me mentez pas, ne nous trompons pas l'un , l'autre. Après l'entretien de tantôt, ayons assez d'estime et de dignité mutuelles pour nous confesser la vérité, quelle qu'elle soit, surtout celle qui fait souffrir. Vous aimez le duc?

Je ne sais pas mentir.

MANTEL

Oh! Tout est fini... Mon rêve, ma joie. Tout! (Il tombe accablé.)

Georges, mon ami!

MANTEL

Laissez-moi.

Mais rien n'est fini.

MANTEL

Ah! taisez-vous. Je vous ai perdue. N'ajoutez pas à ma douleur.

Aussi, pourquoi m'avez-vous arraché...

MANTEL

La vérité? Parce qu'il le fallait! Vous me l'avez dite. Je vous en remercie. Mais vous comprenez bien qu'à présent, n'est-ce pas? il ne peut plus être question de rien entre nous?

Comment?

Je voulais bien vous épouser sans que vous m'aimiez, mais du moment que vous en aimez un autre... je n'ai plus qu'à m'en aller.

Mais je ne l'aime pas. Je crois l'aimer, ça

sera passé demain... Doutez- vous de ma loyauté?

MANTEL

Non, Catherine. Je sais bien que vous seriez malgré tout la plus irréprochable des épouses. Mais ce serait vraiment trop vous demander à tous deux.

Alors vous me rendez ma parole?

MANTEL

Vous ne me l'avez jamais donnée. Vous êtes libre.

Et vous pensez queje vais accepter?... Quelle femme serais-je donc si je faisais cela?

MANTEL

Et moi quel homme si je ne le faisais pas Inutile <le discute?, nia résolution est inébranlable.

Eh bien, si vous persistez, ne croyez pas que j'en profiterai, parce que, je vous le dé-

clare, je ne me marierai jamais. Non. Si vous ne voulez plus que je sois votre femme, je ne serai pas celle du duc. A personne.

MANTEL

Vous feriez cela?

Puisque je vous le dis.

MANTEL

Kh bien! non! Moi, je n'aurai pas la lâcheté d'accepter cette solution qui n'en est pas une. C'est lui que vous épouserez, Catherine.

Non.

MANTEL

Si.

Mais réfléchissez! Je le voudrais, est-ce que je le peux? Il est trop riche. Que n'irait-on pas dire et penser de moi dans son monde? Que j'ai été séduite.

MANTEL

Jamais on ne penserait cela.

On le dirait. Que je me suis vendue et sacrifiée pour le bonheur des miens.

AJANTEL

Et quand ce serait ! Vous le faisiez bien pour moi ce sacrifice.

Raison de plus alors ! Duchesse et deux cent mille livres de rentes, quand on donne des leçons de piano... sacrifice facile. Allons! Non ! non! Vous voyez bien que dans tous les ca?, cette union est impossible et inacceptable!

MANTEL

Eh bien! moi, je vous jure qu'il faut qu'elle se fasse et qu'elle se fera. Il faut épouser le duc parce que vous l'aimez et qu'il vous aime. Il faut l'épouser parce que du même coup vous assurez la vieillesse de votre père, la vie et la santé de votre sœur, l'avenir de vos deux frères, parce que c'est là le devoir, enfin, celui qui prime tout... et un devoir qui du moins ne vous sera pas trop rude à accomplir puisque le cœur y sera.

C'est trop, Georges. Vous m'aimez trop.

MANTEL

Plus maintenant. Ainsi vous consentez?

Ne parlons pas de cela.

MANTEL

Je ne sortirai pas d'ici que je n'aie votre promesse.

Mais vous, Georges... plus tard...

MANTEL

Rappelez-vous ce que vous me disiez tantôt! Je me consolerai. Je commence déjà. Me voilà tranquille et gai. Finissons-en. La duchesse attend une réponse. Gomment devez-vous la donner? De vive voix?

Oh ! non, par écrit.

MANTEL

A qui? A la duchesse?

À lui.

Ah!

MANTEL

Sa mère m'en a priée... Mais pourquoi revenir sur tout cela?

MANTEL

Qu'est-ce quia été convenu encore? Allons ! Je le veux.

Il a été... Il avait été convenu...

MANTEL

Catherine, je vous en prie.

Que je lui écrirais un simple mot : Oui ou non.

MANTEL

Eli bien, écrivez-le. •

Tout de suite?

MANTEL

Sans cloute.

Oh! non! non... Vous me faites...

MANTEL

Je fais votre bonheur en y mettant la force, mais je le fais... et bien... L'adresse. (Elle écrit.) Merci.

Que voulez-vous faire de cette lettre ?

MANTEL

La porter.

Vous-même?

MANTEL

Oui... pour être bien sûr que vous ne reviendrez pas sur votre décision ... Taisez-vous .. . laissez-moi... et puis pour vous prouver que je suis votre meilleur ami, votre frère. Et cela du moins pour toujours. Si jamais plus tard, vous ou les vôtres, vous avez besoin de moi pour quoi que ce soit, est-ce qu'on peut sa-

voir?... vous n'avez qu'à m'écrire un seul mot : Venez... Je viendrai!... Adieu, Catherine !

Page 1