CATHERINE CATHERINE
Eh bien ! mais alors, c'est tout, mon ami. Ça ne change absolument rien à ce qui s'est passé entre nous... Je vous ai fait une promesse... Je la tiendrai.
MANTEL
Ali! Catherine, j'ai eu peur.
Vous avez eu tort. Vous me connaissez assez pour savoir que je n'ai qu'une parole.
MANTEL
Sans doute. Mais...
Mais quoi?
MANTEL
Rien. Et racontez-moi en détail, à présent que je suis tranquille. Dites-moi tout.
A quoi bon?
MANTEL
Si. Comment cela s'est-il passé ?
Très brièvement.
MANTEL
Qu'a dit votre père? Aux premiers mots?
11 a refusé !
Brave père! ah! mais non... il ne savait pas que je... Et vous?
Moi?
MANTEL
Oui. Qu'avez-vous répondu, vous? à peu près.
Oh ! je ne me rappelle plus.
MANTEL
Tâchez de retrouver.
J'étais si troublée.
MANTEL
Troublée ?
Surprise, embarrassée.
MANTEL
Enfin, vous avez dit que vous refusiez, n'est-ce pas? Vous avez dit non, un non sec et catégorique... Vous n'avez pas dit non?
Je n'ai pas dit oui, ni que j'accepterais... je n'ai rien dit... J'ai répondu que je ne savais pas... des phrases vagues.
MANTEL
Vous ne me dites pas la vérité.
Je vous assure... Georges. Et puis pourquoi toutes ces questions? Je vous répète que vous n'avez pas à vous tourmenter.
MANTEL
Je me tourmente, pourtant.
Je suis à vous, rien qu'à vous, et je tiendrai ma promesse.
MANTEL
Yous aimez le duc.
Mais non, mon ami... D'ailleurs il ne s'agit pas de cela.
MANTEL
Il ne s'agit que de cela. L'aimez-vous?
Je ne l'aime ni ne le déteste.
Vous l'aimez.
Voulez-vous que je lui en veuille d'avoir pensé à moi ?
MANTEL
Vous l'aimez ! Je le sens, et je vais vous le prouver. Vous l'aimez, du moment que vous avez hésité. D'une autre femme que vous je pourrais supposer que cette hésitation a eu pour cause l'intérêt, l'éblouissement subit de la situation et de la fortune, mais de vous,
Catherine, jene le crois pas. C'était l>ien simple ! 11 fallait répondre à sa mère : Madame, je suis très flattée, mais je n'aime pas votre Mis et j'ai donné t<>ut à 1 heure ma parole à un autre. Vous ne l'avez pas fait, pourquoi'/
Mais, parce que...
MANTEL
Parce que vous l'aimez et qu'il vous a plu, au point de le laisser voir... allons, soyez franche?... pour qu'on le lui redise et qu'il le sache. Ah! Catherine, je vous en supplie, ne me mentez pas, ne nous trompons pas l'un , l'autre. Après l'entretien de tantôt, ayons assez d'estime et de dignité mutuelles pour nous confesser la vérité, quelle qu'elle soit, surtout celle qui fait souffrir. Vous aimez le duc?
Je ne sais pas mentir.
MANTEL
Oh! Tout est fini... Mon rêve, ma joie. Tout! (Il tombe accablé.)
Georges, mon ami!
MANTEL
Laissez-moi.
Mais rien n'est fini.
MANTEL
Ah! taisez-vous. Je vous ai perdue. N'ajoutez pas à ma douleur.
Aussi, pourquoi m'avez-vous arraché...
MANTEL
La vérité? Parce qu'il le fallait! Vous me l'avez dite. Je vous en remercie. Mais vous comprenez bien qu'à présent, n'est-ce pas? il ne peut plus être question de rien entre nous?
Comment?
Je voulais bien vous épouser sans que vous m'aimiez, mais du moment que vous en aimez un autre... je n'ai plus qu'à m'en aller.
Mais je ne l'aime pas. Je crois l'aimer, ça
sera passé demain... Doutez- vous de ma loyauté?
MANTEL
Non, Catherine. Je sais bien que vous seriez malgré tout la plus irréprochable des épouses. Mais ce serait vraiment trop vous demander à tous deux.
Alors vous me rendez ma parole?
MANTEL
Vous ne me l'avez jamais donnée. Vous êtes libre.
Et vous pensez queje vais accepter?... Quelle femme serais-je donc si je faisais cela?
MANTEL
Et moi quel homme si je ne le faisais pas Inutile <le discute?, nia résolution est inébranlable.
Eh bien, si vous persistez, ne croyez pas que j'en profiterai, parce que, je vous le dé-
clare, je ne me marierai jamais. Non. Si vous ne voulez plus que je sois votre femme, je ne serai pas celle du duc. A personne.
MANTEL
Vous feriez cela?
Puisque je vous le dis.
MANTEL
Kh bien! non! Moi, je n'aurai pas la lâcheté d'accepter cette solution qui n'en est pas une. C'est lui que vous épouserez, Catherine.
Non.
MANTEL
Si.
Mais réfléchissez! Je le voudrais, est-ce que je le peux? Il est trop riche. Que n'irait-on pas dire et penser de moi dans son monde? Que j'ai été séduite.
MANTEL
Jamais on ne penserait cela.
On le dirait. Que je me suis vendue et sacrifiée pour le bonheur des miens.
AJANTEL
Et quand ce serait ! Vous le faisiez bien pour moi ce sacrifice.
Raison de plus alors ! Duchesse et deux cent mille livres de rentes, quand on donne des leçons de piano... sacrifice facile. Allons! Non ! non! Vous voyez bien que dans tous les ca?, cette union est impossible et inacceptable!
MANTEL
Eh bien! moi, je vous jure qu'il faut qu'elle se fasse et qu'elle se fera. Il faut épouser le duc parce que vous l'aimez et qu'il vous aime. Il faut l'épouser parce que du même coup vous assurez la vieillesse de votre père, la vie et la santé de votre sœur, l'avenir de vos deux frères, parce que c'est là le devoir, enfin, celui qui prime tout... et un devoir qui du moins ne vous sera pas trop rude à accomplir puisque le cœur y sera.
C'est trop, Georges. Vous m'aimez trop.
MANTEL
Plus maintenant. Ainsi vous consentez?
Ne parlons pas de cela.
MANTEL
Je ne sortirai pas d'ici que je n'aie votre promesse.
Mais vous, Georges... plus tard...
MANTEL
Rappelez-vous ce que vous me disiez tantôt! Je me consolerai. Je commence déjà. Me voilà tranquille et gai. Finissons-en. La duchesse attend une réponse. Gomment devez-vous la donner? De vive voix?
Oh ! non, par écrit.
MANTEL
A qui? A la duchesse?
À lui.
Ah!
MANTEL
Sa mère m'en a priée... Mais pourquoi revenir sur tout cela?
MANTEL
Qu'est-ce quia été convenu encore? Allons ! Je le veux.
Il a été... Il avait été convenu...
MANTEL
Catherine, je vous en prie.
Que je lui écrirais un simple mot : Oui ou non.
MANTEL
Eli bien, écrivez-le. •
Tout de suite?
MANTEL
Sans cloute.
Oh! non! non... Vous me faites...
MANTEL
Je fais votre bonheur en y mettant la force, mais je le fais... et bien... L'adresse. (Elle écrit.) Merci.
Que voulez-vous faire de cette lettre ?
MANTEL
La porter.
Vous-même?
MANTEL
Oui... pour être bien sûr que vous ne reviendrez pas sur votre décision ... Taisez-vous .. . laissez-moi... et puis pour vous prouver que je suis votre meilleur ami, votre frère. Et cela du moins pour toujours. Si jamais plus tard, vous ou les vôtres, vous avez besoin de moi pour quoi que ce soit, est-ce qu'on peut sa-
voir?... vous n'avez qu'à m'écrire un seul mot : Venez... Je viendrai!... Adieu, Catherine !