III
Pourrendre le peuple hostile au romanisme, Henri VIII et ses dignes ministres firent répandre contre la papauté, jusque-là si vénérée en Angleterre, les calomnies les plus odieuses. Tandis que l'on domptait les hautes classes par les rigueurs judiciaires, on menait les classes inférieures par la haine; on surexcitait leur fanatisme, et on finissait par favoriser, ou au moins par tolérer dans une certaine mesure, les disciples des sectes venues d'xVUemagne, comme ennemis déclarés et acharnés du catholicisme. Ce fanatisme sombre et sanguinaire finit par se retourner contre l'autorité royale qui s'était attribué toutes les prérogatives de la papauté avec un surcroît d'arbitraire, comme il arrive aux usurpateurs, quels qu'ils soient, h' Eglise établie et son chef devinrent un objet d'aversion et d'horreur pour les/;;T.s'bytéincns, les indépendants et tous ceux qu'on appelait les Puritains. Les mesures de rigueur que Ion voulut ré- Or, au sein de ceUe espèce de chambre ou de parlomonl ihii\.m-?itaire, le 27 février 1844, M. Brame (de SlJohu's Collejçe) posa la thèse que voici : « La suppression des monastères par Henri VIII a été im « malheur cruel pour le pays et les circonstances exigent impérieuse- « ment le rétablissement d'institutions analogues. » La question 1\U sérieusement discutée ce jour môme du '27 fé\ ritM-, lo 5 mars suivant, et enfin, dans une dernière séance du 12 mars, on adopta la motion de M. Brame à la majorité de quatre-vingt-huit voix contre soixante, sur l'i8 votants.
Tous les votants, étudiants ou professeurs, étaient protestants cl même anglicans, puisque, à celte époque, tous les dissidents étaient exclus de l'Université.
55 i SÉDITIONS ET PEU?ÉCUT10N? ExN AXOLETEaRE.
tablir contre les dissidents ne firent que les exaspérer et leur donner plus de force. Le respect pour le roi s'était perdu à la suite du respect pour le pape. Aussi, il arriva un jour où les colères du peuple ne s'arrêtèrent pas devant la majesté du trône. Charles I", jugé comme un simple criminel,- fut la victime de ces bills à'attainde?', pratiqués si cruellement par ses prédécesseurs et en particulier par Henri VIII.
Donc, sans le divorce de ce prince avec Anne de Boleyn, un Stuart, expiant les crimes des Tudors, n'aurait pas porté la tête sur l'échafaud.
La haine et les préventions populaires, excitées par Henri contre la religion de Catherine d'Aragon, furent réveillées avec une intensité extraordinaire sous le règne de Jacques II ; ce dernier des rois Stuarts paya de sa couronne la tentative d'une restauration catholique.
Des flots de sang coulèrent encore à la suite de la levée de boucliers du prétendant et après la défaite de Culloden.
L'Ecosse et surtout l'Irlande furent persécutées à outrance par le gouvernement anglais. La liberté ou au moins la tolérance religieuse n'a pu être reconquise que dans ces derniers temps. Les effets désastreux du divorce de Henri VIII s'effacent ainsi peu à peu, mais après des siècles d'efforts de la part des catholiques, traités pendant longtemps comme des espèces de parias dans l'ordre politique et civiL
A l'extérieur, les passions religieuses de la mèrepatrie se reproduisirent souvent dans les colonies nombreuses que l'Angleterre fonda en Amérique et dans les Grandes-Indes. On cite l'exemple du Maryland où lord Baltimore , seigneur catholique , débarqua avec
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LES PERSECUTIONS RELIGIEUSES CESSENT o;
un bon nombre de ses serviteurs et amis, catholiques comme lui. Il décréta dans ce territoire, dont on lui avait donné le gouvernement, la liberté complète des cultes. Les puritains et autres protestants, par leurs immigrations successives, y changèrent la majorité ; ils en profitèrent pour ôter aux catholiques tous leurs droits civils, et pour reconnaître par Fexclusivisme religieux contre leurs hôtes trop bienveillants, le bienfait de la liberté qu'ils avaient reçu d'eux. La Nouvelle-Angleterre, la Pensylvanie s'étaient déjà signalées par une intolérance préventive très rigoureuse. Ce fut le triste système inauguré d'abord sur tous les rivages où abordait un navire anglais. Peu à peu, au contraire, la religion catholique devint dans les colonies anglaises, non-seulement tolérée, mais honorée. Aux Indes orientales, la gvànôe Co}7ipag?iie d'abord, puis le gouvernement britannique reconnurent généralement qu'il y avait chez les missionnaires de la religion romaine plus de puissance convertissante et civilisatrice que chez les missionnaires protestants. Mais cette justice rendue à nos apôtres catholiques a été bien tardive ; les préjugés nés du divorce et du schisme anglican se sont montrés singulièrement tenaces : ils ont empêché et empêchent encore l'unité de foi.
Qui aurait pu prévoir à Londres en 1533, que le divorce devait être un de ces coups dont les contre-coups portent si loin^ suivant l'expression de Bossuet?
Nous avons encore à tirer de cette histoire un autre sujet de méditation, où semble intéressé l'avenir de l'humanité et de la liberté de conscience.
556 POSSIBILITÉ d'un césarisme anti-gfirétien.
Le spectacle d'un monarque qui marcha sur les âmes avec tant de cruauté, et qui reproduisit le phénomène extraordinaire d'un nouveau Néron dans les annales d'une nation chrétienne, devra nous mettre en garde contre le retour d'une dictature ou d'une tyrannie d'empire césarien, que l'on a peut-être tort de croire impossible.
Ce serait là le plus grand fléau de Dieu dans les temps modernes.