MOX CHER ROY
« Le porteur vous dira comme il fait beau en ce pays, et même comme il y a trouvé de la ressemblance à celui de Béarn. Je voudrois que nous eussions cet honneur, que vous en vinssiez juger: le bruit qui court ici nous en donne espérance ; mais, ne l'ayant pas par vous, je ne la puis bien prendre. J'attends Vaginer et la Fourcade pour savoir de vos nouvelles. Ils seroient bien venus, s'ils m'apportoient la nouvelle que vous venez ou que vous m'envoyez quérir.
« Nous avons ici ma belle-sœur, la duchesse do Bavière, qui est une fort honnête princesse et de fort gaie humeur. Elle eût bien désiré que vous
ayiox à vfenir ici; c'eût été be pendant qu'elle y est. Elle n'y demeurera guère. Je fihiray cette lettre, vous suppliant très-humblement, moti tcher roy, de in'aimer toujours, et que Tabsence ne m'éloigne point de votre bonne grâce ; car siatis fceld je ne voudrois |)as viVre.
((Je boirai des eaux que j'ai fait Venir dé Béarn : je commenceray demain. Je verrai si cela me fera plus tôt vous donner un petit page ou une petite fille pour servir celle que vous aurez. Mais j'ai bien opinloilqUejen'eh aUrai jiotnt, que je U'àleThonlieUt de mdus voir ; car oh dit qu'il faut 6tré feorttetite pour feii avoir, et je ne le puis être sans cela. Adieu, mon cher roy. ))
Enfin, une dernière lettre de Catherine, empreinte d'une profonde et tendre mélancolie, termine la correspondance de la sœur et du frère, et semble annoncer leur séparation prochaine.
(( J'ay été si malade, tous ces jburs, que j'ay été contrainte dé demeurer loi deU^ jours, ayant tant de faiblesse, que dès que je me lève, je m'évïUiouis et ay la fièvre; tontofois je tie laisserai de
CHÂt>lTRE XI. M
partir diemaih pour aller à Bar, nH Monsieur mon beau-père m'attend; de là, mon cher roy, je vous mahderay comme je me serois portt^e. Je me persuade que vous n'aurez Jias désagréable tjue petite stfcUr vous fttsse ressouvenir d'elle et de ?o\) immuable affection, service très-humble et obéissance qu'elle vous A vouée pour tout lé reste dfe sa vie.
« Âh ! Uion chef roy, que je ressens vot^e absence ! Je crnis que la cruelle doUleUr qule jfe ressentis en Vous disant lee mot d'adieu ëêt i^dUSe dU mal que j'ay ; je prie DieU qûè je puisse dàh^ |)ëh de temps avoir l'honneur de Vous Voit» ; tcepèUdemt honorez-mbi toujoUre de la contitiU^tion de Votre bonne grâce, et me permettez qu'en finissant cette lettre, n'âyaht plUs de torteé pout- l'allonger, je vous donne le bonsoir, mort cher et brâVé rby. «
Catherine avait lutté depuis Sa première jeunesse contre les symptômes d'une maladie de poitrine; cette fâcheuse disposition s'était manifestée à plusieurs reprises par de violentes atteintes qu'elle n'avait surmontées qu'avec peine. Le climat do Pau, malgré sa douceur, avait souvent été
trop sévère pour elle. On voit, par ses correspondances et celles de son frère, que sa santé était d*une délicatesse extrême, et que des souffrances peu ordinaires ne lui avoient pas été épargnées*. Ces circonstances ne l'empêchaient pas de conserver, à quarante-deux ans, l'espoir de devenir mère, et les longues tristesses de sa vie l'attachaient à cette pensée comme à sa dernière chance de bonheur. Un médecin lorrain, ou plutôt un empirique de ce pays, lui conseilla de suivre dans ce but un . traitement de sa façon *, auquel la malheureuse duchesse joignit, comme on l'a vu, l'usage plus salutaire des eaux deBéarn. Le résultat de ce traitement fut d'amener dans sa santé un changement attribué à un commencement de grossesse. Les souffrances qu'elle endura à cette époque, et les longues syncopes auxquelles elle devint sujette, excitèrent l'inquiétude de sa famille et des person- '-^ nés qui l'entouraient. Au Ueu d'accepter leurs conseils, elle les repoussa, dans la crainte de nuire
J. Dans une de ses lettres, elle parle d'une migraine qui dura quatorze mois.
2. Voy. Palma Cayet, Chronologie septénaire, L'Étoile, Journal fh Henri I\\ t. TI. De Thou, Hifit., t. XIV.