SCÈNE XV
HÉLÈNE, SAINT-ANDRÉ, Seigneurs,
le maréchal. Je vous rencontre enfin, madame, et vous me saurez gré, j’espère, de mon empressement.
Hélène , avec embarra*. Me surprendre ainsi... monsieur le comte.
saint-André. J’ai besoin de toute votre indulgence , je le sais. . . me présenter ainsi en conquérant.
Hélène. C'est peu galant , comme il est peu convenable à moi de vous recevoir ici... et., si vous le permettez...
saint-André. Non, j'ai hâte de vous entretenir. ( A ta tuile. ) Allez, messieurs; ici j liberté tout entière jusqu'à ce soir. ( A Hi- ! Une.) Je compte repartir ce soir même. .. A bientôt, ntesseignciirs.
Ils sortent.
Hélène , à part. Je respire ! ( Haut. ) Quelle est la cause de ce départ précipité?
le maréchal. Vous allez la connaître...
j’ai voulu attendre, pour vous en faire part,
que nous fussions seuls. Voyex en moi, madame, un ambassadeur de la reine Catherine.
Hélène. Que signifie ?...
saint-andrê. Que cette aimable reine vous appelle à sa cour de régente , en qualité de dame d'honneur.
Hélène. Moi !
saint-André. Vous, madame, et vous allez comprendre les motifs qui m’ont tait accepter cette faveur.
Hélène, inquiète. Mais, monsieur...
saint-André, Écoutez -moi de grâce... Par suite de la mort du roi François II, la reinemère s’est de son plein gré déclarée régente du royaume. Attaché à la fortune des Guises, j'ai cru entrer dans la voie de réconciliation qui m'est ouverte.
Hélène. Je comprends... Servir le parti de M. de Guise... tout en vous réservant de vous faire pardonner en cas de mauvaise réussite.
saint-andré. Ne plaisantons pas, je vous en supplie.
Hélène Telle n’est pas mon intention.
Pour vous le prouver, je vous dirai sans détours que celle faveur insigne , je la refuse.
SAINT- andré. Par malheur, il n'est plus
temps , j’ai accepté en votre nom
je continue. Vous comprendrez que
pour être à même de profiter de la nouvelle dignité dont la reine vous favorise , il nous convient de soutenir dignement l'éclat de notre maison.
Hélène. Et comme par le passé, vons avez compté sur un nouveau sacrifice de ma (tari.
( Cherchant A CiUngncr. ) Eh bien, monsieur, nous verrons; mais ii me semble...
saint-andré. Il me sera facile de réparer cette brèche faite à votre fortune... Dans quelques heures je me remets en route ; il m’importe donc que vous apposiez votre signature au bas de cet acte et que vous vous disposiez à partir demain pour Paris.
Hélène, aprèt avoir jeté un regard sur l'acte. Oh! monsieur... aliéner le dernier domaine qui me reste !... mais vous avez donr oublié que celte fortune dont vous convoitez les débris, est, grâce à vos folies, presque entièrement dissipée?
saint-andré, avec ironie. Vous exagérez les choses...
Hélène Ne raillez pas, et surtout ne m’obligez pas à vous dévoiler ma pensée.
saint-andré. Songez que je l'exige !
Hélène. Non, monsieur, je ne signerai pas; relie dignité je la refuse, ce serait l'acheter trop chèrement que la payer de la ruine de mon enfant !
saint-andré. Madame. . . prenez garde!.. .
Hélène. Encore une fois , monsieur le romtc, je ne ferai pas ce que vous exigez de moi.
saint- andré. Vous refusez!... Eh bien, «oit; qu'il n’en soit plus question... mais un autre motif m'a fait désirer cet entretien, et si ce message ne m'a pas trompé, (if montrt un parchemin ) j'espère être arrivé assez à temps pour me venger d'une injure, ou pour vous empêcher de vous compromettre aux yeux de la reine.
Hélène, troublée. Que voulez-vous dire?
( A part.) Imprudente !
saint- André. Que souvent tropdesensibilité entraîne à une démarche dont les conséquences rejaillissent sur ceux qui nous entourent, et qu’alors on n’a plus à attendre de ceux-là même aucun ménagement.
Hélène. Parlez plus clairement, monsieur.
SAINT-ANDRÉ. J'y consens... Eli bien, ce matin, par les soins de votre page... (acre ironie ) de votre enfant d’adoption.... un homme a été introduit dans ce château... et cet homme est là.
U désigne le paiiltun.
Hélène. Monsieur! une telle supposition.. .
saint-andrê. Ne cherchez pas à nier ; ce n'est pas une supposition ; or, cet homme, qui peut-il être? uu amant ou un proscrit., vous voyez bien que je dois tuer ou livrer cet homme.
Hélène. Mais c'est infâme ce que vous dites là, monsieur...
Saint-anoré. Infâme ! oui, madame, il y a dans tout ceci une infamie, mais vous en êtes
seule coupable, et seule vous en supporterez le châtiment, car je veux la dévoiler aux yeux de tous.
Il remonte la sc^ne pour appeler.
Hélène. Grâce I au nom du ciel ! vous ne pouvez me croire coupable.
saint-andrê. Grâce! dites-vous... vous en convenez, enfin... Eli bien !... signez, et je consens à ce que cet homme sorte du château.
Hélène, arec désespoir. Mais c’est la ruine de mon enfant que vous exigez...
SAINT-ANDRÉ. Vous refusez. ( Tirant ton ipée. I Que ce soit son anêt de mort que votre bouche vient de prononcer.
HÉLÈNE. Arrêtez! ! !
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