SCÈNE IV
ALFIÉUI, CATHERINE.
CATHERINE. Ni'cst-il pas vrai qu’il est beau et noble cet enfant? tA part.) En vérité, il me ferait oublier la politique et ma haine pour notre beau cousin. ( Elle ouvre la | Lettre.) Saint-André 1
Elle regarde ÀIGéri.
Al.Flfcni, la regardant aussi. La seconde
de mes suppositions se sera réalisée. .. j’avais espéré mieux.
CATHERINE. Coudé, prisonnier dis. Guise, livré aux états qui le condamneront. .. voilà qui assure à jamais la victoire au catholique. Que faire?
alfiéri. Employer le moyen que Votre Majesté ne m'a pas douné le temps de lui développe r.
CATHERINE. Je vous écoute, docteur, je vous écoute.
ALFIÉRI. I.a faction est puissante, il faut la diviser; le connétable de Montmorency, retiré dans une de ses terres, n'attend pour prendre les armes qu’un avis de ses alliés .. que cet avis ne puisse lui parvenir. ( Catherine fait un mouvement.) N’est-il pas facile de diriger adroitement un corps de huguenots du côté du château qu'il habite?
Catherine. Quant à M. de Guise, il est bonmic à se perdre lui-méme s’il donne suite à son traité avec l’Espagne, projet que j’ai su pénétrer et dont il inr faudrait une preuve; mais comment le priver des conseils du maréchal ?
ai.fiEri. C'est à quofj’ai déjà travaillé.
Catherine, atiec ironie. F.t vous avez bien
réussi ?
ai.fif.ri. Pcnt-étre!...
CATHERINE. Et comment, s’il vons plaît ?
alfiéri. En éveillant sa jalousie.
cXTfiF.RiNE. Ah! ah! ali!... la jalousie du maréchal... du gentilhomme le plus débauché de la cour... Entre nous, je le crois trés-peu soucieux de la conduite de sa chère moitié. .. vous allez m’intéresser à ma nouvelle dame d’honneur, car c’est aujourd'hui qu’elle doit m’étre présentée en cette qualité, (Avec un grand sérieux.) Aurait-elle une passion ?
ALFIÉRI, avec emphase et riant. Une de ces passions que les années ne peuvent détruire; c’est une flamme étemelle qui ne doit s’éteindre qu’avec la vie, une jussion pure et céleste comme celle qu’inspirerait un ange, grande comme celui qui l'a fait naître, et qui doit tuer la malheureuse qui la renferme dans son cceur.
Catherine. Ah ! mon Dieu ! niais c’est madame de Saint-André qui parle par votre bouche.
alfiéri. Croyez-vous, madame, qu’il soi!
possible d'aimer autrement M. le prince?
CATHERINE. Condél... Oh! je crois comprendre voire projet.
alfiéri. Depuis son retour en France, le prince demeurait dans les environs du château de la comtesse. Connaissant sa retraite fit crevant servir les intérêts de Votre Majesté, je me rendis à Mézières, et à mon instigation madame Saint-André, craignant pour les jours
de celui qu’elle aime, lui fit offrir un asile chez elle.
Catherine, riant. Ce qui fut accepté avec reconnaissance. *
ai.fiEri. .l’avais à peine réussi, qu’un message adroitement ménagé tombait entre les mains du maréchal, qui lui-même se rendait au château. Ce message l’informait de ce qui s’y passait.
Catherine. Mais que pnttviez-vous espépércr de cette démarché? qu’un duel me délivrerait de cet homme!... c’était sagement raisonner... mais maintenant que faire?
ALFIERI. Que Votre Majesté veuille bien jeter les veux sur cette lettre.
CATHERINE, prenant la lettre. De qui est cette missive?
ai.fiEri. Adressée à votre nouveau page, je la snpjiose de la maréchale.
Catherine, troublée. A Stelii ? (Se remettant arec une ironie forcée.) Il doit y avoir là de grandssecretsd’élat... mais cette lettre est scellée. •
ai.fiEri. Madame la reine a-t-elle oublié qu’elle possède une eau dont la propriété infaillible est d’atnoHir la cire sans altérer l’empreinte du cachet?
Catherine. Eau merveilleuse dont vous êtes l’inventeur.
ALFlÉRL Et dont \otrc Majesté possède seule le secret. ,
CATHERINE, après avoir cherché dans set poches. Le flacon est resté dans mon cabinet. • ALFIÉRI. Si madame la reine veut le permettre, je vais...
Catherine. Non ! j’irai moi-même. (A pari en sortant.) Ohl oui, il fautquc je sache ce que contient celte lettre.
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