‹ Catherine de Medicis drame en cinq actesChapitre 53 sur 67 · SCÈNE XLI · texte numérisé non relu

SCÈNE XLI

Les Mêmes, CATHERINE.

Catherine. Il vous en faut un second, messeigneurs , et me voici prête à vous en servir.

CONDÉ. La reine !

Hélène, te jetant aux pieds de Catherine.

Ah! madame...

Catherine. Relevez-vous , comtesse

(A part.) Tous deux ici... vienne maintenant M. de Guise et ma vengeance sera complète. [Haut.) Vous me ferez cepen tant le plaisir de remettre celte partie... nous avons à causer de graves intérêts , [nosseigneurs.

saint-André, avec ironie. Quoi! tous deux , madame ?.. .

Catherine. Tous deux , monsieur le comte... mais madame ne peut être témoin de cet entretien... et je vais...

coniiê. Madame!...

Catherine, pré'e d sortir. Proniettezmoi donc que jusqu à demain la bonne harmonie que je désire voir exister entre vous ne sera pas troublée.

saint anuré , à part. Que signifie a* ton d'irouicî...

Catherine. Venez, comtesse; la reine veut bien se chaigcr de vous conduire. ..

SAINT-ANDRÉ, virement en barrant le passage d la Hrine Non pas!... [mouremrnl de la Reme) avant que Votre Majcslé ait été assez bonne |imir me dire, d'après le message dont elle a chargé M. de Saint-Sornin , en quelle qualité monsieur de Condé doit assister à cette conférence

Catherine. Qu'osez-vons penser, monsieur ?

saint-André. Que probablement le hasard n’a pas amené ici monsieur le prince ; qu'il est temps que rette guerre d'inlr gue finisse et qu il faut enfin vous expliquer, madame.

H ferma la porte et en prend la clef.

Catherine, arec terreur. Ouvrez cette porte , monsieur le maréchal.

saint-andrê. Oh ! nous ne sommes pas ici au Louvre, madame... parlez, nous vous écouterons avec respect, mais parlez... que signifie celte comédie ?...

Catherine. Ouvrez celle porte, vous disje... je l’ordonne !

SAINT-ANDRÉ , jetant la rlef par-dessui te balcon. Voici comme j’obéis à cel ordre.

Catherine, avec force. Malheureux! qu’avez-vous fait?

saint-andrê, froidement. Parlons maintenant du message confié h .M. de Saint-Sornin.

condé. A moins que madame la reine ne préfère commencer par celui dont était chargé

le jeune Stelli de la reddition de Dreux aux

huguenots...

saint-andrê. Quoi ! vous aussi, monseigneur? (Arec calme, à la Reine.) Vous voyez, madame , que j'avais bien préjugé des vos intentions... Plus que jamais je dois assurer l'entreprise ménagée par votre royale personne à monseigneur de Guise... qu'en pensez-v ous?

Catherine, avec force. Je dis, monsieur, qu'il faut sortir d'ici à l'instant même.

saint-andré. Dites-inoi d'almrd si les portes de la ville s'ouvriront aux noms de Catherine cl Guise, ou à ceux de Catherine et Condé?

CATHERINE, allant au balcon, bas. Personne!... Oh! mon Dieu! m m Dieu, et l’heure approche... Au nom ducici, monsieur de Gondé , écoutez -moi.

CONDÉ, calme et toujours assis. Je vous écoute , madame.

Catherine, arec force. Il faut sortir d'ici, monsieur, je le répète. — Au nom du ciel , comtesse , voyez s’il ne passera personne sous ce balcon... il tout prix il faut sortir d’ici, vous dis-je.

CONDÉ. Pour courir à la |xirte (’.liartrainc.

Catherine. Oh! c'en est trop... pour échapper !i la mort, tuesscigneurs !

tous. La mort!!!

Catherine Oui, car elle est sous vos pas, terrible et menaçante, entendez-vous...

CONDÉ. Expliquez-vous, madame...

Catherine. Mais vous me ferez devenir folle... je veux sortir d'ici... je le veux... il le faut. (Clle cherche à ébranler lu porte.} Fermée , fermée... Oh! cet homme, s'il pt >11 > ait m'avoir trompée... et cet Alfieri qui m'abandonne. (A Hèlent ) Mais ditcs-lcur donr d'enfoncer cette porte.

Hélène. J’ignore quel danger nous menace ; mais que nt’int|>orte la mort '. lie m'avez-vous pas faite assez malheureuse !

CATHERINE. Oh! oui... mais je parlerai , comtesse, je parlerai... voyez... c’est moi qui vous supplie! oh! c'est une horrible mort que celle qui se prépare.

saint-andrê. Nous attendons que Votre Majesté veuille bien s'expliquer...

Catherine, <i port. Mon Dieu! mais je n'oserai jamais leur dire. {Haut.) Écoutez... c’est le son d'une clocha.. Oh! ma tète , ut

tête !... Mais non. rien... rien encore...

Oh! c'est une terrible agonie que tous nie faites li, messeigneurs. (/trrr force.) Mais faut-il donc vous dire que dans ces caves il y a de la poudre , beaucoup de poudre!

CONDÉ. Si je comprends votre pensée , quelque uial intentionné se serait chargé d'y mettre le feu.

CATHERINE , épuisée , tombant sur un fauteuil. Oui... oui. c’est cela.

condé. Eh bien, laissez faire , madame; ainsi seront terminées toutes les querelles qui divisent la France.

CATHERINE. Oh ! mais c’est la torture que j’endure. (.4 Hélène , qui t'agenouille. ) Que faites-vous , Hélène ?... ce sont ces hommes qu'il faut prier. ..

iiÊiEne. Non, madame, c’est Dieu, afin qu'il pardonne !i vos bourreaux les angoisses qu'ils vous font endurer.

Le *on d'une clorhe continue.

Catherine. Écoutez.. . Oh! pour cette fois, je ne me trompe pas , entendez-vous ? cette cloche qui résonne... c'est le signal... Au nom du roi , messeigneurs , je vous ordonne d'ouvrir si vous ne voulez mourir, car

THÉÂTRAL

dans quelques instants il ne restera plus pierre sur pieri e de ce donjon.

CONDÉ , qui depuis un moment regarde Hélène qui prie. Cette porte s’ouvrira , madame , non |>as au nom du mi , mais par l'intercession de cet ange qui prie pour tous...

quand tous ici blasphèment en présence de la mort.

Il mirrtlf »"r»li porte. On entend un griod brmt.

Catherine. Enfin! Oh ! puisse cet homme me désobéir 1

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