HÉLÈNE, ALFIÉRI
Hélène. Nous sommes seuls, monsieur t alfiêri, te découvrant, et taillant voir let armes de Condé brodées sur son pourpoint. Veuillez vous rassurer, madame, et ne voir dans ma démarche qu’un acte de dévouement à une grande et noble iufortune.
Hélène. Je ne puis vous comprendre.
ALFIÊRI. Tremblant à chaque moment de voir tomber entre les mains de scs ennemis celui qui, par miracle, fut arraché à celles de scs geôliers, je suis venu demander assistance à la comtesse Hélène de Lustrac, je suis venu lui dire: Aidez-moi, madame, aidez-moi à préserver les jours de celui qui deux fois sauva la France, de M. le prince.
' Hélène. Coudé!... mais je le croyais retiré en Navarre.
ai.fiêri. En effet, tel était l’ordre du roi; mais le prince, impatient de revoir scs amis, ne put supporter longtemps l’exil qui lui était impose' ; il revint en France. Bientôt le bruit de son retour se répandit, et des ordres furent donnés. Depuis ce moment, errant dans la campagne, craignant à chaque heure, à chaque minute, de tomber entre les mains des nommes d’armes de M. de Guise, M. le prince n’a dû qu’à la protection du ciel d’échapper jusqu’alors aux poursuites de celui qui, jadis, refusa devant le roi lui-même, de lui rendre raison, en champ clos... de l’odieux outrage qui pèse sur sa tète.
Hélène. Mais vous ignorez donc que la comtesse' de Lustrac est maintenant l’épouse du maréchal de Saint-André?
alfiêri. Le maréchal , comme M. de Guise, est ennemi mortel du prince, je sais cela; mais je sais aussi que M. de Saint- André ne vient ici que fort raremcnL . . quelque# jours me suffiront pour procurer au prince les moyens de rejoindre M. de Colignv...
Hélène, hésitant. Et c’est M. le prince...
alfiêri. Son altesse ignore ma démarche, madame, et si j’ai osé l’entreprendre, c’est
que souvent je lui ai entendu proitoncer votre nom avec autant de vénération qu’on en mettrait à prononcer celui d’un ange... (Il l'observe.) Celui d’une personne tendrement aimée...
Hélène, à part. L’imprudent I
alfiêri , à part. Elle l’aime toujours !
(Haut.) Caché parmi les paysans de la ferme de Nuiscment, à peu de distance du château, le prince est exposé à mille périls... en butte à toutes les privations.
Hélène. Que dites-vous?
alfiêri. Cependant il condamnerait ma démarche, s’il en avait connaissance... mais offert par vous, il accepterait ce secours avec bonheur.
Hélène. Mais je ne puis... ce serait m’exposer à...
alfiêri, continuant. Mou noble maitre en sûreté derrière de bonnes murailles, je cours à Paris; j’informe de ce qui se passe ses plus fidèles amis, et bientôt nous parv enons à faire révoquer cet injuste arrêt... C’est alors, madame, que le prince vous devra plus que la vie... puisqu'il aura pu se justifier.
Hélène. Oh! oui, vous avez raison... mais cependanL.. ( A part.) Mou Dieu! que faire?
alfiêri. Eh bien, madame?...
Hélène, se décidant. Eh bien, messire T...
alfiêri. Vous consentez!
Hélène, à part. I’uissé-jc ne pas m’en repentir 1
alfiêri. Il refusera, si directement vous ne daignez lui faire parvenir un message.
Hélène. Mais, monsieur. . . je ne puis. . .
alfiêri. .Songez qu'il y va de scs jours!
Hélène. Oh ! je n’hésite plus.
alfiêri. En présentant cette bague au fermier de Nuisement .. votre envoyé pénétrera facilement jusqu'au prince.
HÉLÈNE, prenant machinalement la bague, inquiète. Mais si, dans le trajet qui sépare la ferme du château...
alfiêri. Je veillerai sur lui et sur messire Stelli, car lui seul est digne d’une telle mission.
Hélène. Stelli!... oh ! oui, vous avez raison.
ALFIÊRI, lui baisant la main. Adieu! et merci, madame. ( A part.) Enfin... elle a I- cédé !
II sort.