HÉLÈNE, URSULE
Ursule. Tout est disposé, madame, et mademoiselle attend que... mais vous paraissez soufTrir, qu’avez-vous?
Hélène. Moi! rien. (A part.) Allons, encore cette honte, mon Dieu! je dois me confier à elle... plus que jamais j’ai besoin dune amie dévouée.
Ursule, inquiète. Que se passe-t-il donc ? ;
Hélène. Écoute, ma bonne Ursule, car tu m’aideras à le sauver, toi... quelque élrange
que te semble le récit que j’ai à te faire, tu me plaindras et ne me mépriseras pas.
Ursule. Madame!
Hélène. Si tu savais combien je suis malheureuse !
URSULE. Mais vous m’inquiétez.
Hélène. Écoute, te dis-je, et juge quel genre de combats ma raison, le sentiment de mes devoirs ont eu à soutenir contre mon cœur. (Pause.) Encore enfant je fus mariée au vieux comte de Lustrac, qui bientôt me laissa veuve. J’avais juré de ne plus engager ma liberté et de me consacrer entièrement à ma fille... lorsque l’ambition de mon père vint inc jeter aux bras d’un homme pour lequel je ne pouvaisavoir d’ainour... Livré à toutes les dissipations, initié à toutes les intrigues de la cour de Catherine de Médicis... ardent (volitique, dissipateur effréné... tel était alors et tel est encore aujourd'hui M. de Saint- André. En contractant cette union, le maréchal n'avait envisagé que le moyen de disposer à son gré de ma fortune; néanmoins, malgré mes instances, il voulut me présenter à la cour... Jedus céder... Ses désirs étaient des ordres...
URSULE. Pauvre dame !
Hélène. Je fus donc présentée à la reine...
Un jour que j'avais suivi sa majesté chez le roi, on introduisit M. le prince de Condé...
Il venait, affrontant ses ennemis, renouveler son serment de fidélité au monarque, lorsque tout à coup, oubliant le sang royal dont il est issu... il osa défier au combat ceux qui n'avaient pas craint de porter contre lui l'odieuse accusation d'avoir pris part à la conjuration d’Amboise... Il me semble le voir encore, noble et grand.. . Mon cœur bondit alors pour la première fois dans ma poitrine... Je sentis naître en moi un sentiment inconnu jusqu’à ce jour... soit hasard ou fatalité, ses regards rencontrèrent les miens, il me sembla qu'il comprenait ce qui se passait en moi... ae ce moment mon être tout entier, mes pensées, mes actions furent dirigées par ce souvenir. . . je l’aimais avec passion.
URSULE. Grand Dieu!
Hélène. Je l'aimais comme je l'aime encore aujourd'hui. (Ursule veut parler; elle l'interrompt.) Juge démon bonheur, lorsque j'appris que mon amour était partagé.
Ursule, avec terreur. Mais c'était vous exposer...
Hélène, avec calme. Oui, le maréchal ne m'aimait pas, et cependant il ouvrit son cœur tout entier à la jalousie. .. il me lit quitter la cour... me relégua dans ce château, la vie solitaire que j’y menai le rassura bientôt et ses visites devinrent de plus en plus rares... Tu connais les malheurs du prince; j'aurais pu oublier le héros, le souvenir du |woscrit
vient de se réveiller eu moi plus fort que jamais, eu apprenant les dangers qui le meccnt.
• ursule. Que dites-vous, madame î
Hélène. Qu'à quelques pas de ce château, celui qui fut l’idole de ma vie, le prince enfin est exposé â mille dangers, et qu’en ce moment... Stelli par mon ordre...
URSULE. Quoi... vous oseriez?...
Hélène. J’ai résolu de le sauver, Ursule; mais en même temps juré de ne pas le revoir, et j’ai compté sur toi.
ursule. . Mais cette démarche peut vous perdre.
HÉLÈNE. Eh! que m'importe!... si je le sauve !
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