ACTE I, SCENE VU
pourqiioi pj\, les aime... il n'y en a pas un qui le
mérite!...
LOUISE, d'un air de reproche.
CATn"r,iîîE.
Je ne m'en dédis pas*... il n'y en a pas un!., ou il se cache si bien, qu'on ne peut pas le trouver!... Aussi Louise aurait bien tort de se morfondre d'attendre le retour d'un amoureux qui reviendra... quand ça lui plaira... à Pâques ou ù la Trinité... Me v'ià... me voulez-vous ?... ah 1 c'est heureux !... Est-ce qu'on peut passer sa vie comme ça dans le doute, et rester fiUe des éternités!... ellefera très bien de se marier,., d'en prendre un autre... moi, d'abord, à sa place, je n'y manquerais pas... je me marierais plutôt dix fois qu'une !...
MAURICE, à lni-mêmo, et remontant le théâtre.
Quelle patience!...
CATFF.P.tîTE.
Oui, tu nous feras mourir de chagrin... val... MAURICE, revenant entre elles deux.
Ah! vous mo faites bien du mal ! toi surtout, Catherine... au !ii u de me consoler !... Est-ce que je ne suis pas le plus malheureux?... et parce qu'il faut que j'obéisse à la loi... à une nécessité querien nepeu! combattre, vousvoulez mourir!..* Et quaud j'aurai «ugné mes épauletles et la croix comme les autres... que je reviendrai... je ne trouverai donc plus personne!... Et si je suis blessé... si j'ai un bras, une jambe de moins... qui est-ce qui me soignera, nie souîiendra ?... il faudra donc à mon tour que je meure là... à celte porte... de regret et de douleur?...
CATHERINE, se jetant dans ses bras.
Oh ! mon frère !. . mon frère !...
LOUISE, de même,
Maurice !
J'ai tort... je ne sais ce queje dis... pardonne... pardonne!... Mais lu ne peux pas partir, nous quitter... tu ne partiras pas.
LOUISE, pleurant.
Et comment ?...
CATHERIXE.
Comment?... ccnmient ?... je n'en sais rien... mais au lieu de pleurer... (Pleurant aussi.) Voyons, Louise, veux-tu être raisonnable?... Ecoutez... il faut aller nous jeter aux pieds du préfet, du général, du maire, du garde-rhnmpétre !... n'importe qui... (à Maurice.) lu leur diras : Monseigneur., voyez-vous , je ne veux pas partir .. je ne veux pas me faire tuer... je suis un brave homme, moi... mais j'ai ma fomme, ma sœur... qui veulent se jeter à la rivière, si je m'en vais... liattez-moi, mettez-moi en prison, mais que je ne parte pas. . . et Fù'c /' E!i:pc reu r.' A la bonne heure... voilà un brave homme, lui... qu'il aille se promener!... Voilà conaneon parle quand on a de la Icio et du cœur,"
Et que ferait le colonel ?
CATIIERIÎSE.
Air : J'ons on curé patriote.
Dam' 1 sensible à mon reproche , Il me donnerait mon congé ; Et quand j' l'aurais dans ma poche, J' lui dirais : beii obligé!
Heureux de cette faveur.
Je crierais de tout mon cœur :
Viv' l'Empereur! v.v' l'Empereur!
Vivent ma femme et ma sœur?
Viv' ma sœur, Ma femme et l'Emp'reur !
MAURICE
Mais il m.e demanderait un remplaçant!...
Un remplaçant !
LOUISE
Oh ! quelle idée ! quelqu'un qui partirait à votre place... que je le bénirais !
Et moi donc!... queje l'aimerais!... Comment il ne se trouve pas un camarade... un ami assez bon .. je lui donnerais tout ce queje possède... mes bonnets... mes rubans... mes boucles d"oreilles... et celte croix d'or qui renferme des cheveux de mon pauvre père !...
MAURICE
Enfant ! tout cela ne vaut pas un homme ! CATHERINE, avec exaltation.
Eh bien... moi'. . moi!... je vaux bien un homme peut-être... je vaux mieux... je me donnerai s'il le faut!... je lui dirai : « Voyez! je suis gentille... un peu folle, un peu étourdie... mais un bon cœur... qui vous appartiendra si vous me conservez mon frère!... si vous nous sauvez tousl... Oui , je le jure sur celte croix, sur les cheveux de mon vieux père... si vous partez à la place de Maurice... à votre retour je serai votre femme... je vous aimerai... je n'aimerai que vous seul... et en wus dévouant ma vie, mes soins, mon amour... je ne croirai pas avoir assez payé un si grand sacrifice !
M.VUIUCE, atlfudri.
Pauvre sœur!... lu ne songes pas... EcouUntà droite où l'on entend du bruit.) Qu'est-ce que c'est?
LOUISE
Quoi donc?
MAURICE
J'ai cru o'itondie... Est-ce r"':! y a qu9!f;u'un dans la grange?
CATHTRINE.
Ah ! je l'avais a;ii>iié!... Ce pauvre diable en blouse, qui s'ennuie sans doute de ne pas souper!... J'avais promis de l'averlir !...
MA uni CF.
Il est tciuns dy penser!... à deux heurc.<i du ma!i:i !..
CATHERIM,
Est-ce que j'ai la tête à rien '....je suis sûre (S'essuyant les yeux.) que la gibelotte est toute brûlée. ( Elle ouvre la porte 5 droite.)*
Venez, venez, mon brave homme... ( Regardant.) Eh bien ?
niACRICE.
Est-ce qu'il dort?...
Personne!... ii n'y est plus.
LOUISE
Comment ?
Et la lucarne qui donne sur la ruelle est ou- Terte...
MAURICE
Il s'est sauvé!...
Sans payer!...
LOUISE
Si c'était un voleur!...
MAURICE, riant.
Il aurait été bien attrapé, il n'y a que de la paille et du foin. Il se sera lassé d'attendre et aura été chercher son souper ailleurs!... Faisons comme lui , dépêchons-nous démanger un morceau et d'aller nous reposer... (A part.) J'ai une peur que le sergent...
(Il regarde la fenêtre avec inquiétude.)
Oui, mais nous n'avons pas pris un parti.
BIAURICE , d'un air dégagé.
Eh ! mon Dieu ! nous avons le temps d'y penser... Je ne pars que... dans huit jours.
LOUISE
Dans huit jours !...
CATHERINE, avec joie.
Dans huit joins !... Il fallait donc le dire!... Nous trouverons mille moyens pour un...
MAURICE
C'est bien, fais-nous souper.
Oui, oui, mon bon petit frère!... ( Elle l'embrasse.) Mon bon Maurice!... Iluit jours !... ( Lui tapant sur la joue.) Oh ! que lu es gentil ! que je t'aime !... va... et toi aussi , ma bonne Louise ! (Elle lui saule au cou.) LOUISE.
Ah! Catherine 1...
Etions-nous bêtes de nous désoler, de nous tourmenter les sens ! huit jours ! ... 11 ne partira pas ! MAURICE, frappant du pied.
Le souper!...
J'y cours... je vais ilicrcher la gibelotte !
(Elle sort.) * Louisr, Mauricp, Cntlicrinc
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