‹ Catherine, ou, La croix d'orChapitre 30 sur 55 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

LOUISE

C'est à vous que je dois mon mari !..,

CATHERINE, s'empressaiit auprès de lui.

Comment jamais nous acquitter?...

MAURICE, gaiment.

D'abord en l'embrassant.

LOUISE et CATHERINE, voulaiit l'cmbrasscr. Oh! de bon cœur!...

CHARLES, se défendant doucement.

Non, non... ce n'est pas la peine!

MAURICE, riant.

Ça lui fait peur !... ça se retrouvera au moins!... on ne vous en fait pas gri;ce! C'est le garçon le plus timide, le plus modeste : il ne songe jamais aux récompenses, lui... Croiriez -vous qu'après vingt belles actions et des blessures reçues à Montmirail, à Champaubert, partout, il ne pensait pas à la croix !...

CHARLES

Bail !... il y en avait tant qui la demandaient.

MAURICE

Heureusement que d'autres y pensaient pour lui!... Vous rappelez-vous, mon lieutenant, ce jour oùl'Empereur accourt... devant notre régiment? Il venait de distribuer des croix, et il en tenait encore une à la main : « C'est la dernière, » dit-il, qui est-ce qui la réclame?... Comment, » on se tait!... »

AIR : On y Ta , on y va.

Allons, que l'on me cite, Et la main sur le cœur, Le brave qui mérite D' porter c'tte croix d'îioniicur!

Soldats, que chacun parle!...

Tout I' monde s'écria , En montrant du doigt Cliarlc :

Le voilà ! ( 5 fois, )

A la bonne heure! quand on les obtient comme ça.

LOUISE

Que vous avez dû être fier !

CHARLES , simplement et avec un peu d'émotion. Oui... ça m'a fait plaisir !..

CATHERINE, l'cntourant.

Nous n'avons pas de croix d'honneur à vous donner... mais notre amitié... nos soins.

Notre affection !...

CHARLES, avec confusion.

Mon Dieu ! je suis confus; mes chères dames, je n'ai rien fait, je vous jure... Si j'ai été assez heureux pour donner quelques coups de sabre qui aient été agréables à l'ami IVLiurice... c'est un service qu'on se rend tous les jours à l'armée.

AIR du vaudeville de la Somnambule, Mauric'dans un gros de Cosaques, Allait périr , quand par bonheur

Je suis lom.bé sur leurs ca?aque3.

Et j' les ai froités de î)on cœur...

Avec les grns qu'on a coutum' de battre , Quéqu's bons coups d' sabre sont permis ; On en r'çoil un ; on en rend quatre... On ne com])i' pas avec ses amis I Et ça ne mérite pas...

MAUBiCa.

Si fait, si fait... Et si vous étiez un bon enfant, vous resteriez ici, vous vivriez avec nous?

CUARLES.

Moi !...

MAURICE

Eh ! mon Dieu !.. il y a long-temps que je rumine ce pian-là... Je ne vous en parlais pas... parce que vons êtes un sauvage que tout cîTarouche, mais je me disais... (A Lonise. ) Donnenous donc une bouteille, fcmm.e, que nous causions là... à noire aise... en attendant le dîner.

LOUISE, sortant et revenant un moment après.

Tout de suite , notre homme. MAURICE , continuant et se metîant à table ainsi que Charles.

Je me disais... v'ia nos campagnes finies !... Dieu sait ce qu'on fera de notre pauvre France! Chacun va se renfermer dans son petit coinl... Qui empêche mon lieutenant de prendre ses invalides avec nous... dans notre ferme... Nous formerons une petite colonie si heureuse !... Depuis deux ans que j'ai épousé ma bonne Louise... notre petite fortune s'arrondit!... Nous avons de belles récoltes, de bons voisins, de bons amis!... Le lieutenant en augmenterait le nombre; il aurait sa chambre là, dans le polit pavillon... ( Montrant la droite. ) Liberté entière !.,. chacun suivrait son goût... Le malin , on fume sa pipe, le bonnet de police sur l'oreille, en regardant pousser les blés ou tomber les feuilles... A diner, on vide une bouteille à la santé de l'autre... là-bas... là-bas... ça soulage !... ( Il lui verse un verre de vin. ) Le soir, on apprend l'exercice aux bambins; on fait danser Iesjeup.es filles, on raconte ses campagnes aux papas... On est sûr d'avoir toujours quelqu'un pour vous écouter... c'est quelque chose pour un soldat !... Et l'on est plus heureux qu'au bivouac de Smolunsîf ou à la prise de Moscou... Eh bien ! voyous... ça vous va-t-il?.,.

Oh! la bonne idée !...

LOUISE

Vous ne nous quitteriez plus!

CHARLES , un peu éniu.

Mon bon Maurice... je suis touché!... Certainement!... (Avec un soupir.) Mais je ne peux pas!... il faut que je m'en aille!...

MAURICE

Pour aller vivre tout seul dans votre bicoque du Ponlivy...

Tout seul ! ah ! que c'est ennuyeux !...

GATHERinE,

MAunrcE.

Vous n avez que des parens éloignés,..

LOUISE

Et des amis... ça vaut mieux que des parens...

CATUERI^E.

Ça vaut mieux !

MADRICE.

Oui , c'est plu« sur et plus économique !...

CHARLES

Je ne dis pas... mais il faut que je m'en aille !.••

MAURICE

Est-ce que le pays n'est pas agréable?...

CHARLES

Charmant !

Est-ce que ma femme vous parait si méchante?...

CHARLES

Par exemple!...

MAURICE

Ou ma sœur pas assez gentille?

CHARLES

Au contraire !.. très jolie.

CATHERINE, à part.

Allons donc!... on a bien de la peine à lui arracher ça !

MAURICE

Eh bien ?

CHARLES

Eh bien ! c'est égal.... il faut que je m'en aille! Je voulais vous voir... je vous ai vus; vous êtes heureux... ça me fait plaisir... et je m'en vais.

( Il se lève.) MAURICE, le retenant et passant à droite de Charles.

Diable d'entotél Dix pièces de canon ne le feraient pas démarrer.. . Et le bai>tème de mon gas. . . Vous m'aviez promis d'être son parrain avec ma sœur Catherine.., ( A sa sœur.) Un compère un peu soigné, j'espère.

CATHERIXE.

Je crois bien... on nous aurait porté les armes !...

MAURICE, bas à Charles. Une petite commère éveillée... Uein?...

CHARLES

Ah! c'était mademoiselle?,..

CATHERINE, à part.

Ça le radoucit...

CHARLES , licsi'.ant.

Certainement, ce sernit avec plaisir... mais il faut que je m'en...

MAURICE

Ah ! je sais bien... vous nous l'avez déjà dit!...

CATHERINE, avec dépit.

Il sont aimables dans la garde impériale!

LOUISE

Quel dommage ! moi qui avais fait porter vos cITets dans le pavillon...

CHARLES

You« ft(<i bien bonne .. mai» je 8U'« '«-'l'é \'res-

sé... et si 3Iaiirice ne peut pas me prêter la carriole qu'il m'avait ofTerte...

MAURICE , avec liumeur.

Il s'en irait à pied !... (Se levant.) Un moment, que diable !... vous donnerez bien le temps qu'on l'allcle celte carriole!... (Bas à Louise.) Allons, rien ne me réussit... moi qui avais des idées...

LOUISE, bas.

Quoi donc?

MAURICE , bas.

Ça aurait fait un si bon mari pour Catherine !.,.

LOUISE, bas.

J'y pensais... mais l'autre...

MAURICE

L'autre ! eh! mon Dieu! il n'est pins de ce monde... c'est trop clair à présent ! Mais celui-ci qui n'entend rien... qui veut partir... (Faisant signe à sa sœur. ) Dis donc, Catherine... lâche donc de le décider à rester !

CATHERINE, bas et le montrant qui s'est assis d'un air rêveur.

C n'est pas facile!...

MAURICE, de même.

Fais ton possible!... j'ai mes raisons... (Haut. ) Lieutenant... j'vas faire atteler!

ENSEMBLE

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