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Catholicisme et papauté [microform]

Dans le présent petit livre sont réunis quelques essais publiés, avant ou après les « conversations de Malines » de 1923, et qui ont pour point de départ l'examen d'un discours sur le catholicisme romain prononcé à Londres en 1922 par Bishop Gore.

L'éminent évéque anglican est représentatif de ce catholicisme issu du mouvement d'Oxford en réaction du protestantisme jadis officiel dans l'Église d'Angleterre, catholicisme qui n'est pas loin de croire presque tout ce que nous croyons, mais qui entend être résolument non romain. Sur cette exclusive, Bishop Gore n'a jamais varié, et on le devine aussi réfractaire que Pusey. On verra ses arguments, qui ne diffèrent guère de ceux des Vieux-Catholiques, de Dollinger, par exemple.

Mais depuis Dollinger il s'est produit des déplacements dans les positions de la science

historique. Quand on lit le chapitre premier de La Papauté de DôUinger, qui date de 1869, on voit vite que cette construction, jadis d'apparence puissante, est maintenant disloquée. Les origines chrétiennes, pour qui les étudie objectivement, s'ordonnent dans le sens du catholicisme qui est leur conclusion, et il n'y a pas de catholicisme sans papauté. Et parce que c'est la loi des origines, un catholicisna^. qui veut aujourd'hui s'organiser sans papauté est un catholicisme incertain, sans tradition et sans défense. Mon dessein n'est pas d'appuyer sur cette considération polémique. Je me suis appliqué de préférence à montrer que la papauté, la papauté antique, a sa place dans ce que Dôllinger appelle l'ancienne constitution de l'Église. Par là mon essai Bishop Gore et nous rejoint en les prolongeant les thèmes que M^ Duchesne a développés dans ses Églises sépai^ées, 1896. Mon essai m'a valu une réplique de l'historien ecclésiastique russe qu'est M. Glubokovsky, dans le Christian East (nov. 1923) de Londres, qui sert de liaison entre l'anglicanisme et l'Orient orthodoxe. On trouvera pliis loin la réponse que j'ai faite à M. Glubokovsky dans ce même Christian East (fév. 1924). Plus récemment, M. Glubokovsky a fait suivre ma réponse d'un très long travail (Christian East, sept, et

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déc» 1924), quej'ailuâvecattention> et sur le£[iiêl je ne vois pas l'utilité de m' appesantir. Dans les Églises séparées de M^ Dùchêsne le chapitre sur l'encyclique du patriarche Ahthime, et tout particulièrement les pages sur là prétention de l'Orthodoxie à être, à l'exclusion de toute autre, l'Eglise des sept conciles oecuméniques ^ gardent toute leur force et toute leur actualité contre les conclusions de jM. GlubokoYSky. Mais je veux, parmi ces conclusions, retenir celle-ci : « Je n'aimerais pas, écrit M. Glubokovsky, laisser l'impression que je suis l'ennemi, en principe, de toute espèce de papauté ou dé la papauté telle qu'elle a existé au cours de l'histoire chrétienne. Gela ne répondrait ni à mes convictions orthodoxes, ni à mes connaissances historiques. Je distingue la papauté historique de la papauté dogmatisé©. Celle-ci n'a pas paru ex abrupto, elle se rattache à celle-là par quelque getietic succession, mais, pour un esprit orthodoxe, elle constitué une déviation hyperbolique. Avec cette papauté, je le dis non sans le plus grand regret, je ne prévois aucune paix, et je traduis là disposition d'âme orthodoxe à son égard par la célèbre formule : Sint Ut sunté Mais j'accepte la papauté historique s nous orthodoxes sommes prêts à revenir à elle. Je crois fermement quê,

si la papauté veut renoneer à ses revendications, tout malentendu disparaîtra, même les soi-disant différences dogmatiques seront aplanies, et une pacifique cohabitation possible. Ainsi, le dernier mot appartient à la papauté et à elle j'adresse le cordial appel : Fiat ex Occidente pax ! »

Nous ne voulons rien relever dans cette déclaration de ce qu'elle retient des partis pris byzantins de l'Orthodoxie. Pas davantage cet appel à une paix qu'on affecte d'attendre de la papauté, comme si c'était la papauté qui s'était dérobée au concile de Florence. Nous voulons retenir seulement cette reconnaissance de la papauté historique, à laquelle l'Orthodoxie se déclare prête.

On aimera sans doute à rapprocher cette attitude, nouvelle dans l'Orthodoxie, de celle que représente, dans la revue Theology de novembre dernier, l'article consacré à mon livre Le Siège apostolique par M. Kidd, warden de Keble Collège, à Oxford. L'auteur de cet article, qui est un savant historien des cinq premiers siècles de l'Église, 3ait avec quel scrupule il convient de se défendre contre la tentation de mettre dans le passé une rigueur qui n'y est pas : il me sait gré d'avoir «tudié l'institution du principatus romain en tenant compte de

toutes les différences, qui s'y manifestent d'époque à époque, de pays à pays. « Tout cela, dit-il, est franc et promet : ce serait une bonne chose si tous les anglicans, en quête . de se réunir au Siège romain comme avec les autres portions de la chrétienté, lisaient la présentation que fait du cas M^ B. et reconnaissaient combien la preuve qu'il peut en produire est plus forte que nous ne le supposons communément ».

M. Kidd se défend de tout accorder, il exprime des réserves, il formule des critiques, il déclare que si ma thèse a bien des faits en sa faveur, il en est d'autres qui ne s'adaptent pas à son framework. Je ne crois pas les avoir dissimulés. Mais voici la conclusion intéressante de M. Kidd : « Nous devons beaucoup, écrit-il, à saint Léon et à son zèle à garder l'unité, et je crois que, si un poids égal pouvait être donné aux deux plateaux de la théorie de Léon, une voie de réconciliation pourrait encore être trouvée dans les termes (de cette théorie). L'épiscopat est un collège et tout collège a son président, lequel ne peut agir sans ses collègues, car ils ont des droits égaux aux siens, mais ceux-ci ne peuvent agir sans lui, car il est leur tête. Saint Gyprien lui-même demande au pape Etienne de prendre la conduite {the lead) en traitant avec

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l'évèque novatien d'Arles, Marcianus, et il reconnaît expressément le pape comme conducteur {leader) du collège deâ évêqaes et comme agissant naturellement en leur nom. Cette conduite {leadership) ou primauté, l'Église d'Angleterre ne l'a jamais déniée à la papauté, quoique peut-être nous ayons quelquefois traité avec elle aussi rudement que les Africains en leur temps, Anglais et Africains ensemble à la suite de sévères provocations. Cependant les pouvoirs de la papauté ont été à maintes reprises affirmés compatibles avec les droits de l'épiscopat. Ils sont limités par saint Léon qui décrit les évêques comme consortes honoris sui^ à savoir Pétri ».

A vrai dire, observerai-je, on pourrait citer nombre d'autres textes de saint Léon en confirmation de la même doctrine, celui-ci par exemple d'une lettre adressée à des évêques galloromains : « {Sollicitudo nostra) dignitatem divinitus datam nec Ecclesiis nec Ecclesiarum sacerdotibus abrogabat ». Ne pas oublier que saint Léon entend tenir les « Ecclesiae gubêriiacula » et être la tête de l'épiscopat, la tête à laquelle les membres doivent s'accorder, « capiti membra concordent », comparaison acceptée et consacrée par le concile de Ghalcédoine. Sur les droits des évêques, M. Kidd

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cite les textes du concile du Vatican et de Léon XIII que nous citons nous-mêmes plus loin (p. 25-26), et il poursuit : « Dans ces limites, donc, on peut trouver place pour une suprême réconciliation. Présentement, nous avons tendance les uns et les autres à ne considérer exclusivement qu'un côté du bouclier, soit le côté papauté, soit le côté épiscopat. Est-ce trop espérer, que... nous pouvons, en étanjfc de part et d'autre loyaux avec tous les faits, réaliser de nouveaux progrès dans le sens d'une conception de la constitution de l'Eglise telle qu'il y aurait place pour nous tous dans son common home ? » Ces déclarations de M. Kidd font penser à nos gallicans du xvii* siècle, et je sais tous les scrupules qu'elles peuvent inspirer. Mais combien elles dépassent les lignes où s'attarde l'ecclésiologie de Bishop Gore, fidèle à croire que le concile irrité de Garthage de 256 réalise toute la constitution du catholicisme antique! M. Kidd la voit plus justement dans la démarche confiante de saint Gyprien auprès du pape Etienne à l'occasion de l'affaire de Marcianus d'Arles, et aussi bien dans l'entente de saint Léon et du concile de Ghalcédoine. Dans cette continuité se reconnaît la constitution du catholicisme, plutôt que dans les crises qui, au cours des âges anciens, en ont troublé l'équilibre. Que

d'ailleurs on puisse nous reprocher d'insister sur le rôle de la papauté, et, sans préméditation y de laisser dans l'ombre l'épiscopat, c'est un tort que nous sommes disposés à reconnaître : l'épiscopat appartient à la constitution divine de l'Eglise et il y garde son rôle coordonné à celui de la papauté. L'important est que M. Kidd ne tienne pas le leadership de la papauté pour une usurpation et qu'il lui fasse une place dans l'Église.

Ainsi les controverses ne sont pas toujours vaines. Il arrive que les controversistes les plus en vue s'immobilisent dans leur thèse, et que d'autres, plus jeunes, plus libres, réalisent les clairvoyances qui s'imposent. Si les discussions, dont on trouvera quelques aspects dans le présent petit livre, avaient aidé à un progrès de cet ordre, il faudrait en bénir Dieu, et en reporter le mérite à la méthode que les uns et les autres nous essayons d'appliquer.

Paris, 1<»- mars 1925.

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