Catholicisme, protestantisme et infidélité
Il y a déjà plus de quinze ans que je suia dans les Etats-Unis, et que je m'y consacre à l'œuvre des missions. Ce genre de ministère, dont je me suis acquitté sans presque aucune interruption, en m'obligeant à me transporter d'un lieu à un autre, nécessitait de longs et de fréquents voyages. Aussi ai-je, à différentes reprises, parcouru, dans tous les sens, de la Yirginie à la partie du Texas limitrophe du Mexique, et de 'New York au Minnesota, l'étendue de cette vaste contrée. Je connais l'Amérique, et assurément beaucoup mieux que le pays où je suis né.
Souvent, dans le cours de mes missions, les Américains me témoignaient le désir de m'entendre dans leur propre langue. Toutes les fois que je leur adressais la parole j'étais frappé de i' attention profonde dont ils honoraient mes improvisations. Pans ces occasions, comme dam U163 autrea rapports avec eux, tout en
admirant les excellentes qualités de l'esprit et du cœur qu'ils possèdent, je ne pouvais me défendre d'un vif sentiment de compassion, à la pensée qu'un peuple si noble et si intelligent était, en matière de religion, victime de l'erreur. Avec quelle facilité, cependant, ne pourrait-il pas, à l'aide d'un examen sincère et impartial, se défaire des préjugés puisés dans l'éducation et fortifiés par l'habitude, et reconnaître enfin que c'est uniquement dans le sein de l'Eglise Catholique qu'il peut trouver les moyens de salut offerts à tous les hommes.
Américains, je n'ai nulle intention de vous flatter ; mais je ne craindrai pas d'afBrmer qu'il n'est aucune nation sur laquelle l'Eglise Catholique jette des regards d une affection plus tendre, et que, plus que toute autre, elle mérite que les Prêtres et autres, travaillent avec zèle à sa conversion.
Appelé par ma vocation à évangéliser les populations Allemandes et Françaises, il m'a été rarement permis de vous faire entendre ma voix du haut de la chair sacrée. Cependant, pressé par le désir de vous désabuser, autant qu'il me serait possible, des préjugés de votre éducation Protestante, j'ai cherché dans -la presse le moyen de remplir cet important devoir de charité et d'une affection toute fra-
ternelle. J'en ai la confiance ; avec la grâce de Dieu, mes raisons, examinées sans passion, et pesées mûrement, seront pleinement suffisantes, et elles porteront tout homme loyal parmi vous à reconnaître la vérité de l'Eglise Catholique.
Il suffit pour éprouver la sincérité d'un homme de lui exposer ces premiers principes, qui, semblables au soleil, se prouvent par leur propre lumière. Pour quiconque ferme les yeux à une pareille évidence, des bibliothèques entières d'ouvrages de controverse ne produiraient aucun effet. Il adhère volontairement à l'erreur, parce qu'il refuse de faire les sacrifices que son retour à la foi de l'Eglise Catholique lui imposerait. Les ténèbres engendrées par le péché empêchent la vérité de se montrer dans tout son jour. N'est-il pas à craindre qu'un grand nombre d'entre vous ne se rendent coupables en rejetant de propos délibéré la vérité connue ? Cette opposition a lieu surtout parmi ceux qui trouvent plus commode et plus conforme à leur intérêt de rester Protestants.
Cet ouvrage n'est point écrit pour des hommes de ce caractère, mais pour la classe plus nombreuse de ceux qui sont protestants uniquement parce qu'ils sont nés et qu'ils ont été élevés dans le protestantisme, et qui, à la
4t PREFACE.
sincérité, joignent la volonté d'examiner, et la détermination d'agir 4'après leur conviction. Puissent mes lecteurs appartenir tous à cette dernière classe ! Je le désire sincèrement.
Dans cet appel que je fais à votre bonne foi, je me propose de parler avec une entière franchise. Tout autre langage ne répondrait ni à l'importance du sujet, ni à la droiture de votre caractère. Tout, d'ailleurs, me confirme dans cette résolution ; mon inclination naturelle, l'autorité de votre exemple, et par dessus tout la simplicité de l'évangile. L'évangile ne craint pas d'appeler chaque chose par son nom ; il fait aussi peu de détours pour signaler un mensonge que pour affirmer une vérité. Je ne déguiserai rien de mes convictions ; je vous dirai la vérité, et même, des vérités pénibles, exprimées simplement et sans palliatif. Un médecin, a-t-il tort de donner à la maladie de son ami le nom ^ui lui convient, et de lui prescrire les remèdes les plus efficaces, sans s'inquiéter s'il les trouvera agréables ou non 1 Agir autrement prouverait que son amitié n'est pas réelle. Dieu sait que je vous aime. Jamais je n'ai conçu ni éprouvé aucun sentiment d'aigreur contre les protestants ou les infidèles. Le seul que je ressente à votre égard est celui de la compassion la plus, aûectueuse ; moa
unique désir est de vous offrir la main d'un frère, et de vous aider à sauver votre âme. Yotre salut, — tel est le motif qui me porte à vous offrir ces pages. Je n'en doute pas ; avant de les avoir entièrement parcourues vous serez pleinement convaincus de la pureté de mes intentions.
Je ne négligerai rien pour que mes preuves soient solides. Afin de donner à cet ouvrage le caractère d'une conversation amicale plutôt que d'une discussion froide et sèche, j'y introduirai, lorsque l'occasion s'en présentera, quelques incidents de ma vie de missionnaire. En donnant une nouvelle force aux raisons que j'allègue, ils vous disposeront, peut-être, à me lire avec moins de fatigue et plus d'intérêt.
Trouvez bon, maintenant, que je vous dise : lisez, réfléchissez et décidez.