CONSÉQUENCES ULTÉRIEURES
Mais il y a quelque cbose de pire dans cette horrible apparition. En considérant le protestantisme dans son origine et la direction qu'il reçut au moment de sa naissance, je suis obligé de lui imprimer une marque plus flétrissante. Un examen plus profond vous y fera découvrir des abominations semblables à celles qui frappèrent les yeux d'Ezéchiel dans la vision du mur de Jérusalem. A la première vue ce prophète ne remarqua rien de choquant ; mais en creusant dans le mur, il aperçut bientôt les actes criminels de cette malheureuse ville. C'est ce qui arrive à un grand nombre de Protestants, surtout à ceux qui regardent Jésus- Christ comme le Rédempteur du monde et le Fondateur d'une Eglise divine. Ils ne voient dans le protestantisme qu'un développement particulier du christianisme, où
rien n'offense leurs regards. Maintenir que chaque homme doit chercher sa religion dans la Bible ne leur présente rien de bien allarmant. Mais ceci ne constitue pas tout l'ensemble du protestantisme, comme tel, ou dans son origine, ses tendances naturelles, et ses conséquences logiques. Ce n'est qu'après un examen plus sérieux, plus attentif, qu'ils en découvrent la nature et la signification, et alors ils sont obligés de convenir qu'il est odieux en lui-même et abominable dans les effets qu'il engendre. Je vais vous montrer que le protestantisme dans son origine et ses tendances est une religion d'immoralité, d'insubordination et de despotisme, d'impiété et de blasphème.
Cette accusation peut exciter en vous un sentiment d'indignation, et me faire paraître grandement coupable à vos yeux ; mais avant de fermer le livre ne refusez pas quelque attention à mes preuves et réfutez les si vous le pouvez ; c'est ce que j'ai droit d'attendre de la droiture et de l'indépendance de votre caractère.
Je dis que le protestantisme est dans son origine et ses tendances une religion d'immoralité, et je le prouve ainsi. Luther et ses partisans enseignaient que Jésus Christ avait
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abrogé la loi morale ; que cette loi ne devait être regardée que comme un règlement de police nécessaire pour conserver l'union entre les membres de la société ; mais que dans le for de la conscience, le vrai croyant ne devait pas s'en inquiéter. Lisez les commentaires de Luther sur l'Epitre aux Galates, et vous trouverez cette doctrine exprimée mot pour mot. Parmi beaucoup de textes je remarque le passage suivant : " Nous disons donc que les dix commandements n'ont aucun droit d'accuser ou d'épouvanter la conscience dans laquelle le Christ règne par sa grâce, Jésus ayant abrogé un tel droit dans la loi." Il dit encore : " En général le Christ n'est pas venu pour instruire le genre humain ; il ne l'a fait que par hasard, son emploi l'obligeait seulement à couvrir les péchés des hommes."
Yoilà ce que Luther et les autres réformateurs entendaient ou prétendaient entendre par la liberté de l'évangile. Ils enseignaient tous que là loi morale ne pouvait causer aucune inquiétude à la conscience d'un croyant, parce qu'il a la foi en Jésus qui, par ses mévites, a couvert toutes les transgressions de la loi. Aussi ajoutent-ils: "Le Saint Esprit est principalement appelé Paraclet ou Consolateur, parce qu'il console la conscience
alarmée des croyants en ranimant la foi qui rend les blessures de la consciences sans danger."*
Luther appelle les théologiens catholiques de sots qui ne savent ce qu'ils disent en soutenant que le Christ s'est contenté d'abroger les cérémonies de l'ancienne loi, et non les commandements. Dans son commentaire sur l'Epitre aux Galates, il compare l'homme sensuel au mulet laissé par Abraham dans la vallée lorsque ce patriarch e gravissait le Mont Moria avec Isaac : " Le mulet," dit-il, " pouvait faire tout ce qu'il voulait au pied de la montagne. De même l'esprit des croyants peut jouir de la chaleur du soleil sur le sommet de la montagne, sans se troubler de ce que fait le mulet de la chair."
Les dix commandements ne sont que l'explication de la loi naturelle: abrogez les, et vous anéantissez toute moralité ; il est désormais inutile de parler de vertu. La morale du nouvel évangile, comme le prouvent abondamment les plaintes dés premiers réfoifTna-^ teurs, porta bientôt des fruits, et fit naître l'épouvantable licence qui, de leurs temps^ se répandit de tout côté.
Le protestantisme fût tellement infecté de
* Solid. Declar. V. De Lege et Evang.
cette espèce de liberté évangélique que la contagion traversa l'océan et se répandit sur toute l'Angleterre. La Conférence des Méthodistes, présidée par Wesley en 1770, déclara publiquement que la cause de l'immoralité générale, qui faisait alors de si effrayants ravages, était dû à l'opinion communément adoptée, que Jésus Christ avait annulé la loi morale, et que la liberté évangélique dispensait des dix commandements.
Sans doute un nombre considérable de ceux qui favorisaient les réformateurs repoussaient cette infâme doctrine, et peut-être il ne se trouve pas un seul homme parmi vous qui ne la rejette avec un sentiment de mépris et de dégoût. Cependant, en votre qualité de Protestants, vous êtes les disciples des premiers réformateurs et vous les honorez comme vos guides. Le pays qui vit naître ces hommes auxquels vous accordez vos louanges avec tant de libéralité est encore infecté du souffle impur de leurs détestables enseignements. Jusqu'à quand retiendrez-vous une religion qui se manifeste par de semblables doctrines qui en sont les conséquences légitimes? Je dis légitimes, car si l'homme n'a point de liberté, comme le soutient le protestantisme, pourquoi serait-il retenu par une loi quelle*
conque, plus que les animaux privés de raison ? Si vous veniez à découvrir qu'un théologien accrédité parmi nous enseigne que les dix commandements n'obligent pas la con- Bcience des Catholiques, je crois en vérité que vous nous chasseriez tous sur le champ de votre pays. Pourquoi donc ne tournez-vous pas contre le protestantisme l'indignation que vous éprouveriez a notre égard ? Suffit-il d'être Protestant pour justifier ce qui serait un crime atroce dans un Catholique ?
J'ai dit que le protestantisme dans son origine et ses tendances logiques est une religion de désordre et de despotisme. Si la loi divine ne possède aucune force obligatoire, les lois humaines doivent en être également dépourvues. Quiconque a le droit de dire : Je suis ma propre autorité en matière de foi, mon propre juge en fait de religion, mon propre maître dans mes rapports avec Dieu, doit avoir la faculté de dire et de proclamer avec la même hardiesse : Je suis mon propre souverain, mon propre législateur, jamais je ne me laisserai lier par les lois de l'Etat. Après avoir dit : je suis l'Eglise, il n'est pas nécessaire d'être un Louis XIV., il suffit de raisonner conséquemment pour faire un pas de plus et ajouter; VEtat c'est moi. Ce pas une fois
fait, qu'en résultera-t-il ? Confasion, tumulte, violence, carnage, anarchie ; ou, si ces tristes effets ne se produisent pas, c'est parceque heureusement les hommes ne sont pas conséquents avec leurs principes, et qu'ils n'osent pas pousser la rigueur de leurs opinions jusqu'à leurs dernières limites. Je l'avoue : vous êtes beaucoup meilleurs comme hommes que comme logiciens. Lorsque l'Allemagne fut noyée dans le sang par le soulèvement des paysans, Erasme avait raison d'écrire à Luther ; '' ITous recueillons maintenant le fruit de vos principes. Yous ne reconnaissez pas leurs chefs ; mais ils vous reconnaissent. Yous avez, il est vrai, désavoué leurs procédés dans le petit livre forcené que vous venez de publier ; mais vous ne prouvez nullement que tous les ouvrages sortis de votre plume contre les moines, les évêques, et ceux qui traitent de la liberté évangelique, sont complètement étrangers à la calamité présente."
Le protestantisme, dans son origine, établit également le principe du despotisme et en fournit la justification. Dans son commentaire sur l'Epître aux Galates, Luther s'exprime ainsi : " Les lois humaines n'ont rien à démêler avec la conscience." Il écrivait au sujet de la révolte des paysans : " Que le canon gronde
autour de toutes ces têtes de paysans ; c'est la seule raison à donner à ces gens là. Peu importe si quelques innocents périssent dans le conflit." Ce conseil est passablement despotique.
On sait avec quelle exactitude Henry YIIL et Elizabetli le réduisirent en pratique. " Messeigneurs, ou votre consentement, ou vos têtes," disait Henry à son parlement lorsqu'il ne se prêtait point à sa volonté, après quoi il se frottait les mains avec Ira plus parfaite satisfaction. Les principes primitifs du protestantisme établissent le despotisme du prince envers l'Eglise comme envers l'Etat. Yous n'ignorez point, je pens-e, le fameux axiome protestant : " Cujus est regio, illius est religio." Celui qui gouverne un pays est maître de la religion qui doit y régner. Même de nos jours une simple femme est à la tête de l'église Anglicane. Quelques uns de vos historiens cèdent encore à leurs préjugés et répètent la fable, maintenant décriée, de la Papesse Jeanne. En Angleterre nous avons une papessse véritable dans la personne de la Peine Victoire.
J'ai appelé enfin le protestantisme dans son orio*ine et ses tendances logiques une religion l'impiété et de blasphème. Je le prouve.
Supprimer le libre arbitre, c'est supprimer tout devoir religieux ; or une religion sans devoirs est nulle. Une religion qui nie la liberté et abroge les commandements de Dieu, contredit l'idée même de religion, comme on peut s'en convaincre d'après la racine et la signification de ce mot. Par religion, qui vient du latin religare^ lier de nouveau, nous entendons l'ensemble des dogmes et des devoirs qui, en liant ou en obligeant l'intelligence et la conscience, nous unissent à Dieu. Rejeter la liberté et les devoirs de la loi morale c'est détruire le lien, et par conséquent enlever au mot religion l'idée première, fondamentale et essentielle qui s'y attache.
Le protestantisme, tel qu'il est sorti des mains des premiers réformateurs, mérite aussi d'être flétri comme une religion de blasphème, car il fait Dieu auteur du péché, et par là même détruit évidemment, d'un côté l'idée du péché, et de l'autre l'idée de la sainteté infinie de Dieu. En voici la preuve.
Outre les écrits de Luther contre Erasme auxquels je vous renvoie, je puis citer ceux de jVIélanchthon, disciple chéri du réformateur. Dans le passage qui suit il nous fait connaître les opinions de son maître. " Il est certain que tout ce qui arrive, soit en bien, soit en
mal, vient de Dieu. Nous soutenons que Dieu non seulement permet les actions de ses créatures, mais qu'il fait lui-même ce qu'elles font, de manière que l'adultère de David a été l'ouvrage de Dieu aussi bien que la vocation de Paul ; et de même que Dieu opéra la vocation de Paul, de même il fut l'auteur de la trahison de Judas."*
Plusieurs autres parmi les partisans de Luther adoptèrent la même opinion, réfutée par le Concile de Trente, dans le canon suivant : " Si quelqu'un dit qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de rendre ses voies mauvaises, mais que Dieu opère le mal qu'il fait, non seulement en le permettant, mais en agissant par lui-même et en le faisant, de sorte que la trahison de Judas n'est pas moins l'ouvrage de Dieu que la vocation de Paul, qu'il soit anathème."f
Calvin, Zwingle, et Bèze, les trois principaux réformateurs de la Suisse, enseignent une doctrine aussi blasphématoire que celle de Luther et de Mélanchthon. " Dieu pousse l'homme au mal. Il ordonne sa chute, et pour le faire tomber, il agit sur le cœur de
* Martin Chemnitz, Loc. Théol. p. i., p. 173. Leyser, f Conc. Trid. Sess. vi. can. vi.
l'hoTTime par ses inspirations.":]: Telles sont les expressions de Calvin qu'il répète, non pas une fois, mais constamment dans ses ouvrages. Bèze, chef des Calvinistes, après la mort de Calvin, parle avec plus de hardiesse encore, il ajoute : " Dieu donna l'existence à une partie des hommes, uniquement pour qu'ils soient les instruments dont il se sert pour faire le mal."f Pour démontrer que cette conduite de Dieu n'est contraire ni à sa sainteté, ni à sa justice, Zwingle a recours à un argument qui prêterait à rire, s'il n'était pas horrible. " Dieu," ditil, " est au dessus de toute loi, il ne peut donc transgresser la loi, et par conséquent le mal moral n'existe pas pour lui. Il peut faire tout ce qui lui plait. Mais la créature qui, par son impulsion, commet le mal pèche, parceque Dieu lui a donné une loi." Zwingle éclaircit sa pensée par une comparaison digne de son blasphème. '*Un taureau," dit-il, " peut féconder tout un troupeau, et ceci ne fait qu'augmenter son mérite, parcequ'il n'est astreint à aucune loi. Mais son maître au contraire commettrait l'adultère, s'il avait plus d'une femme, parcequ'une loi lui a été donnée, tan-
* Calv. Instit. 1. iv. c. xviii., § 3. 1. iii. c. xxiii. § 8. t Beza, Aphorism, xxii.
dis que le taureau n'en a aucune."* Dieu et un taureau, quelle comparaison ! Cependant il l'emploie pour faire comprendre que l'adultère de David, quoiqu'il fut l'ouvrage de Dieu, n'était point péché en Dieu qui le força de commetre ce crime ; mais que le péché appartenait uniquement à David. Vous pouvez juger maintenant si j'ai eu raison d'appeler le protestantisme une religion de blasphème.
Mais qu'avons-nous à faire, direz-vous, avec Luther, Mélanchthon, Calvin, Bèze, ou Zwingle ? Leurs sentiments ne sont pas les nôtres. Je l'avoue, ce que vous ne pouvez nier cependant c'est que vous honorez comme pères de la réforme les auteurs des blasphèmes que je viens de citer. Que penser de tels hommes ? La présQmption n'est-elle pas fortement au désavantage de la religion qu'ils ont fondée. Un pareil système ne doit-il pas à la j)remière vue faire naître de graves soupçons, surtout si vous prenez en considération le commentaire que la vie des réformateurs nous a donné de leur enseignement? Eefiiserezvous d'avouer qu'ils se passionnaient aisément, et que Luther, Calvin, Zwingle, et leurs premiers disciples s'appellaient publiquement les uns les autres méchants, séditieux, intcrjio-
* Zwingl. De Provid. c. v. et vi.
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latenrs, réprouvés, diables, et arcliidiables ^ Avez-vous jamais lu rien de semblable au sujet des apôtres et des pères de l'Eglise Catholique ? Avez-vous jamais lu dans l'histoire qu'ils fissent réciproquement usage d'injures pareilles à celles que Luther lançait contre Henry YIIL, et que Henry avait grand soin de lui renvoyer ?
Tels sont les hommes dont vous avez reçu votre religion. Ceux qui les premiers eurent le malheur d'adopter leurs principes auraient bien fait de leur demander à l'appui de leur mission des preuves plus convaincantes que des outrages. A une époque plus rapprochée de nous, quelques ministres protestants se trouvant dans les Indes, après la mort de S. François Xavier, au milieu des Indiens que ce grand apôtre avait convertis, les engageaient à se faire Protestants. La réponse qu'ils en reçurent est aussi frappante qu'elle est juste: " Nous ne prendrons pas la peine d'examiner votre doctrine pour savoir si elle est bonne ou mauvaise, nous ne sommes pas assez instruits pour cela. Nous vous proposerons un moyen facile qui décidera sur le champ la question. Quand le pra?rd Père — ils appelaient ainsi S. François — vint au milieu de nous, il ressuscita trois morts. Si vous voulez nous faire changer
122 CABACTÈKE DU PROTESTANTISME.
de croyance pour adopter la vôtre, il faut en ressusciter six, afin que nous ayons plus de raison de croire en vous qu'en lui."
Les Anglais vos ancêtres auraient agi sagement en demandant une pareille preuve de ceux qui leur annonçaient les nouvelles doctrines. Ils auraient dû exiger d'eux non seulement de ressusciter six morts, mais de faire le double des miracles opérés par les apôtres et les saints d'Angleterre et par ceux de tout le le monde catholique. On ne saurait prendre trop de précautions lorsqu'il s'agit de changer une religion éminemment consolante pour une religion d'angoisses et de désespoir, surtout quand celle-ci est présentée par la main d'un pouvoir sanguinaire.
Henry YIII. et Elizabeth, assistés de leurs favoris, usèrent de violence pour sépaj-er l'Angleterre de l'Eglise Catholique. Je n'ai lu nulle part qu'ils aient ressuscité des morts . mais je n'ignore point qu'ils ont massacré de sangfroid des centaines de prêtres et de Catholiques zélés, pour introduire le protestantisme dans leur royaume. Ces faits sont consignés dans l'histoire. Yos écrivains mêmes les rapportent. Lisez le portrait de Henri et d'Elizabeth fait par le fameux Protestant Cobbett dans son Histoire de la Réforme Pro-
testante d'Angleterre et d'Irlande. Il dit en parlant de ces deux reformateurs Anglais: " Les historiens se partagent d'opinion, lorsqu'il est question de décider quel fut Vhomme le plus méchant^ son père (Henry YIII.) ou Cranmer ; mais tout le genre humain doit s'accorder à dire qu'elle (Elizabeth) fut la plus méchante femme qui existât jamais, sans en excepter Jésabel."*
Le protestantisme fut loin d'être favorisé par le peuple Anglais lorsqu'il commença à se produire. Il y fut introduit par des tyrans, et imposé à la nation par la violence et par le meurtre. Le libertinage de Henry YIII. lui donna naissance. Partout au reste où. il s'établit il provint de deux crimes que vous devez avoir le plus en horreur, l'impudicité et le despotisme. En Allemagne un moine apostat et libertin en fut le père. La porte lui fut ouverte en Angleterre par un roi despotique et débauché qui, après avoir écrit contre Luther, en adopta la doctrine, pour se plonger dans l'adultère, et satisfaire le désir qu'il avait d'être pape dans ses états, parce que le pape
* Cobbett, A History of the Prot. Reform., &c., Letter xi., No. 348. Voyez aussi la célèbre histoire de la Re. forme par Dvellinger, et l'ouvrage de Mgr. Spalding.
124 CAKACTÈEE DU PROTESTANTISME.
de Rome refusait de sanctionner ses crimes. Cette œuvre de tyrannie fut complétée par une reine héritière du despotisme et du libertinage de son père. Chose remarquable ! de tous les faits révoltants transmis par l'histoire, le mieux prouvé, c'est que le protestantisme est redevable de son établissement, non point au peuple, mais à des prêtres et à des moines licentieux, protégés par des souverains libertins et despotiques. Cette origine le rend au plus haut point suspect.
Au lieu d'avoir été introduit par les peuples et d'être le palladium de leurs libertés, le protestantisme fut tourné contre eux, et saisi par les princes, comme un instrument de despotisme. L'objet des puissances qui l'embrassèrent dans le principe était de réunir dans leurs mains le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, et d'enchainer ainsi les âmes aussi bien que les corps de leurs sujets, sans crainte de rencontrer aucune opposition. Partout où le protestantisme ne parvint pas à se faire suivre du despotisme, on le dut en grande partie à l'action des peuples qui s'élevèrent contre leurs souverains, et quelquefois même, par un juste retour, les précipitèrent du haut de leur trône.
YouB êtes donc aujourd'hui Protestants
parce que le protestantisme a été imposé à vos ancêtres par un pouvoir tyrannique. A la vérité vous avez secoué le joug politique de l'Angleterre, mais vous ne vous êtes pas soustraits à l'influence religieuse qu'elle exerce sur vous. ISTe pourrait-on pas dire que vous restez Protestants, parce qu'elle-même continue à être Protestante ? Très probablement sa conversion à la foi catholique entraînerait celle des Etats-Unis. L'amour de la vérité et l'indépendance de votre caractère devraient vous porter à déterminer par vous-mêmes la route que vous avez à suivre, et vous faire sentir que ni l'éducation ni la force de l'habitude ne sont point des motifs suffisants de persévérer dans le protestantisme.