‹ Catholicisme, protestantisme et infidélitéChapitre 21 sur 62 · UNITÉ · texte numérisé non relu

UNITÉ

La véritable Eglise de Jésus-Christ doit être une dans son Fondateur, car son fondateur est Jésus-Christ même. Elle doit aussi être une dans sa foi, dans les moyens de salut qu'elle nous offre, dans son gouvernment, et cette unité doit être visible. Il suffit de lire l'ovan-

gîle, les epîtres et les actes des apôtres pour s'en convaincre.

Dans ce qui regarde l'unité de la foi, il est évident que Jésus-Christ, lorsqu'il envoya ses apôtres enseigner toutes les nations, ne les envoya pas enseigner des doctrines contradictoires. Il commande à tous les hommes de croire les articles de foi qui leur étaient annoncés, puisqu'il dit : '* Celui qui ne croira pas sera condamné."^ Il établit la même unité dans les devoirs à remplir. '''Allez," dit-il, " instruisez toutes les nations. . . . leur enseignant d'observer tout ce que je vous ai commandé."t La promesse du salut est attachée aux vertus de foi, d'espérance et de charité, qu'il avait préchées lui-même, et à nulle autre. Il prie son Père céleste que " tous soient un, comme le Père est un en Lui, et Lui dans le Père.":):

L'unité de gouvernment est une des marques de la véritable Eglise aussi certaine et aussi nécessaire. La manière dont Jésus-Christ envoya ses apôtres, et le pouvoir qu'il leur communiqua le démontrent clairement. " Comme le Père m'a envoyé, de même je vous envoie."! " S'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il vous

» Mark xvi. 16. + Mattli. xxviii. 19 20.

J Jean xvii. 21. § Jean xxii. 21.

Boit comme un payen et un publicain."* Ce caractère d'unité devient plus frappant encore par l'établissement d'un chef visible, St. Pierre, auquel il dit en présence de tous les aj)ôtres : " Je vous donnerai les clefs du royaume des cieux."f Et plus tard en présence de plusieurs de ses disciples : " Paissez mes agneaux, paissez mes brebis.":j:

Interprètes inspirés de la volonté de Jésus- Christ, les apôtres insistent sur la nécessité de ce caractère d'unité. "Un Seigneur, une foi,"§ dit St. Paul. Il y revient encore dans ses Epitres aux PhilippieDS,|'| aux Galates,Tf aux Pomains,** et aux Corinthiens.ff Le même apôtre appuie sur la nécessité de l'unité dans les moyens de salut. " N'est-il pas vrai que le calice de bénédiction que nous bénissons est la communion du sang de Jésus- Christ, et que le pain que nous rompons est la communion du corps du Seigneur ? car nous ne sommes tous ensemble qu'un seul pain et un seul corps, nous tous qui participons au même pain.":j::j: Vous n'ignorez pas quïl fait souvent

* Matth. xviii. 17. f Matth. xvi. 19.

:j: Jean xx. 16, 17. § Ephés. iv. 5.

Il Philip, ii. 2. 1 Gai. i. 6, 9.

** Rom. xvi. 17. ff 1 Cor. i. 10.

tt Cor. X. 16, 17.

allusion à l'unité de gouvernement, surtout ^ans les Epîtres adressées à Timothée et à Tite. Les Actes des Apôtres, dans la description du premier concile tenu à Jérusalem, font voir clairement que Pierre était le chef de l'Eglise.

Toutes les fois que Jésus-Christ parle de l'Eglise, il en parle comme d'une Eglise parfaitement une. Pouvait-il, étant Dieu, en établir plusieurs en contradiction les unes avec les autres ? Les figures qui la représentent se réunissent toutes pour inculquer la môme doctrine. C'est un édifice, un héritage, nn troupeau, un royaume, nne cité, une armée, un corps. Les autres expressions employées relativement à l'Eglise, soit dans les Evangiles, soit dans les Epîtres, sont des emblèmes frappants de l'unité.

L'histoire nous apprend que cette unité a toujours été universellement reconnue, et que dès le commencement et dans toute la suite des siècles, elle n'a jamais manqué de défenseurs, comme elle en trouve encore de nos jours. Tous les fauteurs de schisme et d'hérésie n'ont pu échapper à leur condamnation, l'Eglise les a constamment retranchés de sa commimion, parce qu'ils étaient incompatibles avec l'unité.

L'Eglise doit être nécessairement une ; des doctrines contradictoires ne sauraient être

toutes marquées du sceau de la vérité ; il était impossible à Jésus- Christ de les enseigner, et par conséquent elles ne peuvent convenir à une Eglise dont il est le fondateur.

Il est à peine nécessaire de prouver que cette unité doit être visible. L'Eglise est composée d'hommes qui frappent les yeux par leur présence. Ceux qui sont chargés d'instruire les nations jusqu'à la fin des temps doivent être visibles. Les liens qui nous unissent, tels que les sacrements, l'autorité de Pierre, le sont également. Les figures qui représentent l'Eglise, une cité bâtie sur une montagne, une nation, un troupeau, une armée, afiectent nos sens. L'Eglise elle même doit être visible, puisqu'elle est établie pour travailler au salut des hommes. Une Eglise invisible ne serait, sous ce rapport, d'aucune utilité pour tous les hommes et pour tous les temps. Il serait imposible de la découvrir, et personne ne pourrait lui demander les moyens de salut que cependant elle est obligée de procurer.

Que l'unité de foi, de communion, de gouvernement soit une des marques essentielles de l'Eglise est si évidemment clair qu'il est inutile d'en pousser plus loin la démonstration. Personne sur la terre ne peut lui assigner

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d'autre fondateur que notre Seigneur Jésus- Christ. Personne ne pourra jamais indiquer un seul article de foi qui ne soit pas admis par tous les Catholiques du monde. Personne ne peut nier qu'elle administre les mêmes sacrements sur toute la surface du globe, et qu'elle offre le même sacrifice depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Personne enfin ne peut nier que les Catholiques, dans quelque partie du monde qu'ils habitent, reconnaissent tous le même chef, dans ce qui concerne la foi, le successeur de St. Pierre, le souverain Pontife de Kome. Ainsi l'unité de l'Eglise se manifeste au vu et au su de tout le monde.

Jetez maintenant les yeux autour de vous, et vous apercevrez sans peine que l'unité est loin d'être le partage du protestantisme. Il est déchiré par une multitude toujours croissante de sectes qui se divisent, se subdivisent, et se font une guerre mutuelle, sans pouvoir même retenir une apparence d'union. Comme je l'ai déjà fait remarquer, Luther fut témoin de ce déplorable spectacle, et en considérant le grand nombre de sectes opposées les unes aux autres que le protestantisme avait déjà produites, il ne pouvait s'empêcher de confesser qu'une discorde si irrémédiable lui imprimait le sceau du mensonge et d« l'erreur.

Tout le monde a entendu parler de la célèbre Histoire des Variations du Protestantisme composée par Bossuet, et peut lire dans cet ouvrage les preuves authentiques des innombrables changements dont il a été le principe. Plus changeant dans le diversité de ses couleurs que le caméléon, plus variable dans ses métamorphoses que le Protée de la fable, il présente le plus étrange phénomène qui ait jamais paru.

Hœnighaus, savant auteur Allemand, est parvenu à composer un cours complet de théologie, en extrayant différents passages d'écrivains protestants. Sans avoir trouvé dans aucun un corps suivi de doctrine, mais en recueillant les fragments de vérités catholiques disséminées dans la confusion de leurs systèmes, il a réussi à en former un tout, à peu près comme s'il eut réuni les morceaux épars d'un miroir brisé. Ce fait seul suffit pour placer le protestantisme au point de vue qni lui convient ; il n'est qu'une déviation du catholicisme. Semblable à l'enfant prodigue, il a quitté la maison de son père, et dissippé le précieux héritage de l'ancienne foi.

Il y a environ trente ans, le Duc de Anhalt Koethen, à son retour de Paris, oii il était devenu Catholique, assembla son Conseil d'Etat

et un certain nombre de pasteurs protestants pour leur rendre compte de sa conversion. Il leur dit que le motif principal qui, en le portant à examiner la doctrine catholique avait déterminé son changement, était l'invariable unité de cette doctrine ; " unité," ajouta-t-il, " que je n'ai pu découvrir dans le protestantisme." Les pasteurs soutinrent que l'accusation n'était pas fondée, puisque sur les points essentiels les Protestants étaient d'accord. " Admettez- vous," leur demanda le Duc, " la doctrine de la justification comme un point essentiel ?" Ils répondirent aflSrmativement. " Eh bien," reprit le Duc, en se tournant vers un des pasteurs, " ayez la bonté de me dire comment vous définissez cette doctrine." Le pasteur donna sa définition. A peine avait-il cessé de parler qu'un second s'écria : " Ce n'est point l'idée que je me forme de la justification ; je l'entends tout autrement." Un troisième apporta une troisième définition. Le Duc termina le différent par ces mots : " Messieurs, vous venez de me donner une preuve convaincante de l'union qui règne parmi vous, et de l'unité du protestantisme." Vous ne pouvez dire que les Catholiques se contredisent d'une manière si palpable. Ils peuvent différer lorsqu'il s'agit

d'opinions, mais jamais quand il est question de matières de foi. Du moment qu'un Catholique nie un des articles qu'elle enseigne, fut-il un Thomas d'Aquin, il cesse d'être Catholique. Un Protestant qui combat les idées que vous avez sur la religion n'en reste pas moins ce qu'il est, avec pleine liberté de défendre son sentiment contre tous les Protestants du monde. En cela il est parfaitement dans son droit, puisque votre règle fondamentale le constitue juge absolu de ce qu'il croira ou ne croira pas.

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