UNIVERSALITÉ
L'Universalité est la troisième marque nécessaire à l'Eglise de Jésus-Christ. Il l'a établie pour tous les temps et pour tous les lieux. " Allez, enseignez toutes les nations. . . Et voila que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles."* . . . " Je prierai le Père, et il vous enverra un autre Pâraclet qui restera avec vous pour toujours."f
De là le rapide développement de l'Eglise, dès le premier siècle de son existence. Les Actes des Apôtres, les Epîtres de St. Paul, et
* Matth. xxviii. 20. f Jean xiv. 16.
tous les historiens contemporains attestent que, pendant la vie des Apôtres, elle se répandit dans tout Tempire Romain et même au delà des limites où il se renfermait.
Il est de la dernière évidence que si Jésus- Christ se détermina à fonder une Eglise, il dut la fonder pour toute la race humaine, puisque les besoins auxquels il avait intention de pourvoir, par le moyen de cette Eglise, sont les mêmes dans tous les hommes et dans tous les âges.
Ce caractère d'universalité appartient manifestement à l'Eglise Catholique. Elle est universelle par rapport aux temps et aux lieux. Elle existe chez tous les peuples et dans toutes les régions de la terre. Son âge est celui du Christianisme, sa maison le monde, le temps sa durée. Il est cependant un sens où elle mérite particulièrement d'être appelée universelle. Elle est la mère de toutes les races, de toutes les tribus qui se sont jamais converties au christianisme.
Ce que Tertullien remarquait il y a seize cents ans des hérétiques de son temps est également vrai des nos jours, " ils peuvent pervertir, mais convertir n'est pas en leur pouvoir. Dans leurs mains les Catholiques cesseront de l'être ; les enfants de l'Eglise devieu-
dront sectaires ou schismatiques : les chrétiens renonceront à ce titre : les fidèles embrasseront l'infidélité ; mais convertir une nation de payens au christianisme surpasse leur force." Tel est l'éclatant témoignage de l'histoire en faveur de l'Eglise Catholique.
Toiiï les nations qui sont actuellement chrétiennes, ou l'ont jamais été, doivent leur conversion à des missionnaires catholiques. En voici la dénombrement, en commençant par les parties les plus occidentales de l'Europe. Ce furent des Catholiques qui convertirent l'Irlande, dans la personne de St. Patrice et de ses compagnons ; l'Angleterre dans celle de St. Augustin et d'autres ; la France par le ministère de St. Rémi et des évêques qui l'assistaient dans ses travaux. L'Allemagne fat convertie par St. Boniface, St. Kilian, Willibald et plusieurs autres ; la Danemark, la Suède, la IN'orvège, par deux évêques, Ansgar et Sturmius ; la Prusse, par St. Adalbert ; l'Esclavonie et la Bulgarie, par deux autres évêques, Cyrile et Méthodius ; et tous, sans exception, étaient Catholiques. Ignace de Constantinople et ses associés, également Catholiques, convertirent la Russie. La Hongrie est redevable de sa conversion au roi St. Etienne, qui professait la foi catholique. En Asie,
depuis le Japon, la Cliine, les Indes, jusqu'à la Méditerranée ; en Afrique, d'une mer à l'autre, toutes les nations et toutes les tribus qui embrassèrent le christianisme se convertirent à la voix des missionnaires catholiques. Cette remarque s'applique au continent occidental, après sa découverte par des navigateurs catholiques. Les sauvages du Chili, du Pérou, du Brésil, de Buenos Ayres, du Paraguay, toute la partie chrétienne de l'Amérique méridionale furent évangilisés et convertis par l'Eglise Catholique. Un grand nombre de tribus Indiennes dans l'Amérique centrale et le Mexique lui doivent aussi leur conversion et leur civilisation. Yos historiens racontent les travaux des nos missionnaires dans les forets, les déserts, les prairies de l'Amérique du Nord. Les tribus chrétiennes situées au nord des lacs, et dans plusieurs autres parties du Canada, de l'Orégon, du Kansas, sont le fruit du zèle des Catholiques, et leur succès aurait été beaucoup plus grand, si le protestantisme n'y avait pas fait sentir son influence en s'y introduisant. Les missionnaires catholiques, suivant l'observation du Dr. Brownson dans sa célèbre Pevue, ont converti et civilisé nn grand nombre de tribus Indiennes dans l'Amérique du nord, et beaucoup plus encore dans l'Amérique du Sud.
Yolis pouviez les pousser devant vous, mais il vous étaient impossible de les convertir. Les îles de la mer Pacifique sont évangilisées en ce moment avec beaucoup de succès par une armée d'intrépides missionnaires catholiques.
Nommez, si vous le pouvez, une seule nation pajenne couvertie par le protestantisme. Cette nation n'existe pas. Il est vrai que vous avez dépensé des millions de piastres pour soutenir les familles nombreuses de vos missionnaires, et répandu des millions de Bibles sur tous les rivages où abordaient vos vaisseaux ; mais ces missions bibliques ne convertissent pas les pajens. Les sauvages et les Chinois se servent de vos bibles pour allumer leur calumet ou fumer l'opium qui les enivre. Les relations de vos missionnaires richement salariés, et par la même très intéressés à vanter leurs succès, font douter avec raison de leur exactitude. Très certainement St. François Xavier a, dans l'espace de dix ans, converti lui seul mille fois plus de pajens dans les Indes et au Japon, que vous n'avez fait avec vos bibles et vos sociétés de toute espèce pendant trois cents ans. Les conversions opérées par une seule institution catholique, la Propagande de Rome, surpassent au delà de toute comparaison les succès conjointement obtenus par Ijnfluence, la richesse
Id
et la puissance de la Grande Bretagne et de l'Amérique. •
INDÉFECTIBILITÉ.
L'Indefectibilité est la quatrième marque de l'Eglise sur laquelle je me propose d'appeler votre attention. "Je vous dis: vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle." " Allez, et enseignez toutes les nations. . . . Yoila que je' suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles."* Ces passages, et d'autres semblables déjà cités, démontrent que Jésus-Christ ne permettra jamais la destruction de son Eglise.
Dans les premiers siècles, la perjpétuité fut toujours considérée comme le caractère essentiel de l'Eglise de Jésus-Christ. " L'Eglise est bâtie sur Pierre," écrivait St. Jérôme dans le quatrième siècle. " Elle ne peut être ni ébranlée par la violence des orages, ni renversée par la fureur de la tempête."t St Alexandre, évêque d'Alexandrie, au commencement du même siècle, écrivait à Alexar dre de Constantinople : " l!^ous ne reconnais-
* Voy. ci-dessiis. f Comment., in cap. xvi. MatUi.
sons qu'une seule Eglise, l'Eglise Catholique et Apostolique. Si d'un côté les efforts du monde entier ne seraient point capables de la vaincre, de l'autre elle reponsse et rend nulles les criminelles attaques de l'hérésie." Si l'Eglise pouvait être détruite, Jésus-Christ n'aurait point atteint l'objet qu'il avait en vue, celui de la faire servir au salut des hommes de tous les siècles. En effet qui osera lai reprocher un défaut de succès dans l'accomplissement de ses desseins ? Maintenant l'Eglise Catholique possède seule le caractère de perpétuité. Tout sur la terre dépérit et tombe en ruine ; elle seule subsiste. Elle est l'image de son divin Fondateur, et le plus admirable reflet de l'immortalité de Dieu, de cette suprême Beauté que St. Augustin appelait toujours ancienne et toujours nouvelle. Comme Jésus- Christ, " Elle était hier, elle est aujourd'hui, et elle sera la même dans tous les siècles."* Semblable à St. Jean, le disciple que Jésus aimait, l'Eglise, Épouse de Jésus, puise dans les persécutions un accroissement de force et renouvelle sa jeunesse.
Vous l'appelez la vieille église, mais dans sa vieillesse elle est jeune comme au jour de la
* Hebr. xiii. 8.
Pentecôte, lorsqu'elle sortait des mains du Saint Esprit et s'avançait à la conquête de l'univers. Montrez une église ou une secte qui de notre temps lui soit égale en vigueur. Yous connaissez les paroles de Gamaliel dans les Actes des Apôtres : " Si ce. conseil, ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira d'ellemême ; mais si elle vient de Dieu vous ne sauriez la détruire, et vous seriez même en danger de combattre contre Dieu."^ Que dirait Gamaliel s'il sortait maintenant du tombeau? Près de dix neuf cents ans se sont écoulés depuis l'époque où il vivait ; ce furent dix neuf cents ans de combats et de triomphes. Pouvoir, science, génie, hérésie, schisme, corruption, ennemis acharnés au dehors, conspirateurs envenimés au dedans, la terre, l'enfer, toutes les passions enfin n'ont cessé pendant dix neuf siècles de travailler à la destruction de l'Eglise, et cependant l'Eglise survit et conserve sa force primitive.
La monde n'a jamais vu uû autre exemple d'une semblable durée. Dans la pensée de St. Augustin, le développement rapide du christianisme est une preuve sufiisante de l'origine divine de l'Eglise. Le dilemme qu'il em-
t Acte V 38, 39.
FONDEMENT DU PROTESTANTISME. lT3
ploie s'applique parfaitement à sa perpétuité et ne soufFre point de réplique. Ou l'Eglise Catholique a existe pendant dix neuf cents ans par miracle, ou sans miracle. Si c'est par miracle elle vient de Dieu : si elle subsiste sans miracle, si malgré les persécutions atroces auxquelles elle fut constamment exposée, elle reste assise sur les ruines des empires qui se sont élevés et florissaient jadis autour d'elle, alors il faut le dire : elle est elle-même le plus grand de tous les miracles, et vous avez la preuve la plus convaincante de la divinité de son origine. L'histoire ne présente rien qui puisse être mis en parallèle avec les faibles commencements de l'Eglise, la rapidité de ses développements et la continuité de son existence. Représentez-vous St. Pierre arrivant d'Antioche à Rome. Pauvre, marchant pieds nus, épuisé de la fatigue et couvert de la poussière du voyage, il est sur la point d'entrer dans la ville des empereurs. Si à ce moment un prophète, debout à la porte de cette ville, le bras étendu, la main tournée vers le voyageur, avait dit à tous les passants: "Voyez- vous cet étranger sur la tête duquel le temps a laissé des traces de son passage ? C'est un pauvre pécheur de la Galilée. Eh bien, les successeurs de ce Juif, non contents de régner dans votre ville, éten-
dront leur pouvoir jusqu'aux extrémités du monde, les ruines de votre empire en seront le fondement. Les rois, les princes, les monarchies, les républiques, le Romain, le Grec, le barbare reconnaîtront leur autorité dans l'ordre spirituel ; leurs décisions seront des oracles, ils s'y soumettl'ont longtemps après la destruction de votre puissance, et lorsque votre gloire effacée par la suite des siècles vivra à peine dans la mémoire des hommes." Certainement en entendant un pareil langage, les Homains n'auraient pu s'empêcher de se moquer du prophète comme d'un homme totalement privé de raison ; et lorsque quelques années après, Pierre fut crucifié, la tête en bas, ils auraient pu l'amener au lieu du supplice, et lui dire avec le ton de la dérision et du mépris : " Yoyez votre prophétie suspendue à cette croix." Et cependant sur ce lieu même, sanctifié par le martyre du Prince des Apôtres, -appelé aujourd'hui la Confession de St. Pierre, s'est élevé un grand arbre qui couvre la terre de son ombrage. Profondément enraciné dans le sol, arrosé du sang du premier Souverain Pontife, les orages qui fondent sur lui le rendent de plus en plus vigoureux. Ses branches s'étendent au loin ; les siècles en se multipliant sur sa vénérable tête ajoutent à sa force, et le
FONDEMENT DU PROTESTANTISMR. lY5
nombre des nations, qui cherclient le salut sous son ombre, devient d'âge en âge de plus en plus considérable.
" Kome Catholique," dit St. Léon le Grand, " Rome, la ville religieuse par excellence, est plus puissante que Rome payenne, au plus haut point de sa gloire." Et ce qui est plus particulièrement digne de remarque, sa durée que rien n'égale, son pouvoir spirituel que rien ne surpasse, loin d'avoir été l'ouvrage de la puissance humaine, ont été combattus par tout ce que le pouvoir humain a pu rassembler de force et de violence. Pendant dix neuf cents ans, l'envie, le génie du mal réunis ensemble dans un même sentiment de haine, se sont attaqués à cet arbre, et s'efforcèrent de l'arracher de la terre pour livrer son tronc desséché à l'ignominie de l'oubli.
Personne de vous n'ignore avec quelle fureur l'empire Romain fit pendant trois cents ans la guerre à l'Eglise. Après que Constantin eut orné de la, croix sa couronne et les étendards de ses armées, il s'éleva une nouvelle race de persécuteurs. Commencée par Constance, son fils, cette guerre se perpétua pendant le Moyen Age et parvint jusqu'à nos jours. Les empereurs, les rois, les consuls n'ont presque jamais cessé d'assaillir l'Eglise avec la perfidie d'un
Julien et la violence d'un Yalens. Les faits qui se passent sous nos yeux, tandis que je trace ces lignes, Tuiin, Paris, la conspiration éclatant dans Rome au milieu de la nuit, présentent des scènes qui réunissent l'acrimonie de la haine, l'astuce de la ruse, le rafinement de la malice, les horreurs de la cruauté et qui n'auraient point été indignes de Julien ni de Dioclétien.
La philosophie, l'hérésie, le schisme se sont ligués au pouvoir pour une commune attaque. Depuis Celse, sous les premiers Césars jusqu'à Yoltaire, Strauss, St. Simon, Fourier, Leroux, la philosophie a déployé toutes les forces de son mauvais génie pour sapper le fondement des dogmes catholiques. De Simon le Magicien et les Gnostiques à Luther et les Mormons, de Photius à Fébronius, l'hérésie a constamment travaillé à corrompre la foi de l'Eglise, tandis que le schisme cherchait à détruire son unité. Les hommes ont creusé jusqu'aux racines de l'arbre ; ils voulaient l'abattre en le minant. Ils se sont efforcés d'en renverser le vénérable tronc, d'en faire tomber les branches sous les coups de leur hache. Cependant les racines n'ont rien perdu de leur fermeté, la tige se tient droite et pousse encore. Si quelque branche a cédé à leurs efforts, elle reste desséchée où elle
est tombée ; mais en tombant elle a été remplacée par de nouveaux rejetons. Lorsque l'Angleterre avec une partie de l'Allemagne se sont détachées de l'Eglise, le Paraguay, le Japon, l'Inde, les extrémités de l'Orient et de l'Occident se sont élevés à leur place. La terre et l'enfer, la passion et la malignité ont déployé toute leur rage ; elles ont échoué, elles échoueront toujours.
Si le Pape et l'Eglise étaient réduits à reprendre le chemin des catacombes d'où ils sortirent victorieux il y a quinze cents ans, la persécution ne servirait qu'à leur préparer un nouveau triomphe. Pie IX. le sait, de là son intrépidité, son attitude imposante, objet de respect et de crainte pour ses ennemis, et d'admiration pour le monde. L'Eglise Catholique le sait aussi, de là le calme avec lequel elle porte ses regards sur l'avenir. Quelle que soit la suite des événements, elle subsistera. " Les portes de l'enfer ne prévaudront point contré elle." " Jésus-Christ est avec nous jusqu'à la consommation des siècles."
Partout et dans tous les temps l'Eglise est victorieuse ; partout et dans tous les temps elle est le royaume de la vérité que rien ne peut détruire. Elle peut être dépouillée et jetée au milieu du monde avec toutes les marques de
la destitution, et cependant elle est encore victorieuse, parce qu'elle reste toujours la dispensatrice des grâces de Dieu aux hommes, la directrice du genre humain, la dépositaire des clefs qui ouvrent le ciel et l'unique espérance du salut. " Je vous donnerai les clefs du royaume des cieux."*
Contemplez maintenant le protestantisme et mettez-le en comparaison avec l'Eglise. L'opposition entre la lumière et les ténèbres n'est pas plus entière. L'Eglise Catholique vit, le protestantisme est mort. C'est une branche tombée de l'arbre, flétrie au moment même où elle fut retranchée, partagée en mille fragments et traînant dans la poussière ses feuilles desséchées et dispersées aux quatre vents. Le protestantisme de Luther, Calvin, Zwingle. n'existe plus. A peine trouverait-on aujourd'hui un seul homme qui admette en entier leur croyance. La nécessité même du baptême est de plus en plus contestée. Parmi ceux qui portent le noms de protestants, un grand nombre sont infidèles en principe et dans la pratique : sans baptême ils ne peuvent se dire chrétiens. Les Protestants non baptisés sont plds nombreux dans ce pays que les Prêtes-
* Matth. xvi., 19.
tants baptises de toutes les autres dénominatious.
Vos temples seraient déserts depuis longtemps, vos sectes seraient réduites à un nom sans objet, si les assemblées plus nombreuses que vous appelez Renouvellement (Revivais), ne semblaient leur communiquer une sorte de vie. Tout signe même de christianisme disparaîtrait parmi vous, si la sévérité de vos lois sur l'observation du Dimanche n'en conservait pas l'apparence.
Mais ni vos assemblées ni vos lois ne peuvent faire revivre le protestantisme et ne le feront jamais. Yous pourrez continuer à exister comme Protestants ; mais le protestantisme est mort. Il a cessé d'être, et sa mort remonte de bien près au moment de sa naissance. Les membres qui le composent ne connaissent plus l'unité, s'ils l'ont jamais connue ; la division est leur partage.
Pour conclure, l'Eglise Catholique seule possède tous les marques qui caractérisent celle de Jésus-Christ. Seule elle est donc la véritable Eglise, et hors de son sein, il n'y a point de salut. Tout homme sincère qui examine cette question s'en convaincra facilement. L'Eglise Catholique est la Cité de Dieu, visible par toute la terre pour les hommes de bonne volonté.
Le protestantisme au contraire n'a aucun des caractères de la véritable Eglise, il ne peut conduire au ciel.
Etudiez l'histoire du Catholicisme et du Protestantisme avec la sincérité du célèbre protestant Suisse Hurter, et comme lui vous serez convaincus que le protestantisme n'est qu'une déviation de la vérité, et que l'Eglise Catholique seule est identique avec celle qui fut fondée par Jésus-Christ. Un protestant ne peut examiner le fondement de sa croyance %ans éprouver un mouvement d'hésitation et ^'incertitude. Le Catholique vit en pleine sécurité. L'histoire, la raison, l'expérience, ses recherches mêmes le confirment dans sa foi. Sommé de la confesser publiquement, il affronterait tous les supplices avec l'assurance qu'il meurt pour la vérité. Pierre le martyr, qui se convertit du Manichéisme à la foi de l'Eglise, ne pouvant plus déclarer de bouche sa croyance, lorsqu'il tomba sous les coups des hérétiques, écrivit sur le sable avec son sang : " Je crois." Tout Catholique est aussi convaincu de la vérité de sa foi que l'était l'illustre martyr au moment de paraître devant le tribunal de Dieu.
FONDEMENT DU PKOTKSl ANTISME. 181
INFAILLIBILITE DE L'EGLISE GA THGLIQUE.— EEGLE DE FGI.
L'Eglise Gatholique est la véritable Eglise de Jésus-Clirist ; donc elle est infaillible. Nul esprit droit ne contestera cette conséquence. L'infaillibilité de l'Eglise découle évidemment de la mission qu'elle reçut de son divin Fondateur. D'ailleurs elle est confirmée par les promesses expresses de Jésus-Ghrist et par la conduite de la primitive Eglise.
Je dis d'abord que l'infaillibilité de l'Eglise est la conséquence nécessaire de sa mission divine auprès des hommes. Admettre cette mission, et en même temps nier l'infaillibilité de l'Eglise, c'est révoquer en doute la véracité et la sagesse de Dieu.
Jésus-Christ commanda à son Eglise d'instruire toutes les nations jusqu'à la fin des temps. Or prétendre que l'Eglise est faillible, c'est admettre implicitement que, si elle vient à s'écarter de la vérité, il lui commanda d'enseigner le mensonge, et fit une obligation aux hommes de croire l'erreur. Si Jésus-Christ n'a pas garanti l'infaillibilité de l'Eglise en l'assistant de son Esprit, elle enseignera inévitable-
182 FONDEMENT DU TROTERTANTISME.
ment l'erreur comme vérité divine, car elle enseigne en son nom, elle exige l'obéissance à sa doctrine parceqne cette doctrine vient de Lui, et que par conséquent elle l'enseigne comme vérité divine. Donc, je le répète : la mission qu'elle a reçue d'enseigner prouve qu'elle est infaillible.
Ce privilège de l'infaillibilité se confirme par les promesses de Jésus-Christ ; elles ne peuvent être ni plus claires ni plus explicites. Il afiirme qu'il veut bâtir son Eglise sur un roc et que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Il dit à ses apôtres de la manière la plus précise : "■ Comme mon Père m'a envoyé, de même je vous envoie. Allez donc, instruisez toutes les nations, leur enseignant d'observer tout ce que j'ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. Celui qui vous écoute m'écoute. Et quand le Paraclet, le Saint Esprit que mon Père enverra en mon nom sera venu, il vous enseignera toutes choses, et vous rappellera ce que je vous ai dit. Je demanderai au Père qu'il reste avec vous pour toujours."
Conformément à ces promesses, le Saint Esprit doit remplir deux grandes fonctions dans l'Eglise, la première de "lui enseigner
FONDEMENT DU PK0TESTANTI8ME. 183
toutes choses," le seconde de " lui rappeler" ce que Jésus-Christ lui avait enseigné, et de le faire pour toujours. Ce que le Saint Esprit enseigne à l'Eglise ne peut être que la vérité ; ce qu'il lui rappelle, c'est la doctrine de Jésus- Christ. L'Eglise a donc un guide infaillible, et qui, par cette raison même doit lui communiquer son infaillibilité, et de plus, lorsqu'il est nécessaire, lui rappelle tout ce que Jésus- Christ lui a enseigné. Ainsi écouter l'enseignement de l'Eglise, c'est écouter la voix de Dieu même. Quiconque refuse d'écouter l'Eglise doit être considéré " comme un payen et un publicain."
Permettez-moi de vous le demander : Yous est-il possible de réfléchir sur ces différentes promesses de Jésus- Christ sans conclure qu'il a accordé à son Eglise le don de Tinfaillibilité ? Croyant, comme vous le faites, à sa divinité, nous reprocherez-vous d'ajouter foi à ses promesses et de rejeter avec horreur la pensée qu'il ne les a pas réalisées ? Ce qui aurait lieu, si son Eglise avait erré, ou était capable de tomber en erreur. Si l'Eglise est faillible, elle a été bâtie, non sur le roc, mais sur un banc de sable mouvant, et les portes de l'enfer peuvent prévaloir contre elle. A la vérité, si nous en croyons les Protestants, depuis longtemps les
portes de l'enfer ont prévalu ; mais si l'Eglise a erré dans la foi, Jésus- Christ n'est pas Dieu ; il ne serait qu'un imposteur. L'Esprit Saint n'est pas, et n'a jamais été avec l'Eglise. Ceux qui écoutent l'Eglise pourraient souvent ne pas écouter le voix de Dieu, mais se laisseraient conduire par l'esprit d'erreur. Quant à ceux qui refusent de reconnaître l'autorité qu'elle tient de son divin Fondateur, ils ne seraient ni payons ni publicains, mais ils surpasseraient les croyants en sagesse. Tout ceci, au jugement de ceux qui croient en Jésus-Christ, comme au Fils de Dieu, implique contradiction et blasphème.
En troisième lieu, la manière dont la primitive Eglise remplit sa divine mission est une nouvelle confirmation de son infaillibilité. Le jour de la Pentecôte, immédiatement après avoir reçu le Saint Esprit, les apôtres commencèrent à enseigner, et à s'acquitter ainsi du ministère que Jésus-Christ leur avait confié. Plus tard nous les voyons rassemblés en concile, à Jérusalem, et mettre à la tête de leurs décisions ces paroles si remarquables : " Il a semblé bon au Saint Esprit et a nous ;" ils croyaient donc avoir droit à l'assistance infaillible du Saint Esprit.
Faisons encore ime autre remarque. Lors-
(jue les apôtres répandaient parmi les nations Bi bonne nouvelle de l'évangile, ils ordonnaient pour leurs coadjuteurs et leurs successeurs ceux qu'ils en jugeaient dignes. C'est ainsi qu'ils élurent un apôtre pour occuper la place de Judas Iscariote. Ceux qu'ils avaient ordonnés et envoyés pouvaient seuls enseigner au nom de Jésus-Clirist ; ils n'accordaient cette faculté à nul autre. La foi enseignée par l'Eglise doit . être Apostolique, c'est-à-dire qu'elle doit être la même que celle qui était préchée par les apôtres. Cette condition qu'ils inculquent fortement tient tout à la fois à la nature môme de TEglise incapable de changer et aux promesses de Jésus-Christ. Une sentence de réprobation est prononcée contre quiconque oserait prêcher une nouvelle doctrine. " Quand nous vous annoncerions nous même, ou quand un ange du ciel vous annoncerait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncée, qu'il soit anathème."* L'Eglise doit donc être infaillible actuellement comme elle l'était, lorsqu'elle fut établie par Jésus-Christ. Si elle était faillible nous ne pourrions pas avoir la certitude que son enseignement actuel est conforme à celui des apôtres.
* Galat. i.
L'Eglise ne change pas, elle est la même que du temps des Apôtres. Oserez- vous dire qu'elle pouvait se tromper à cette époque? Si elle était infaillible alors, elle l'est encore maintenant. Le privilège de l'infaillibilité n'était pas une prérogative uniquement attachée à la personne des Apôtres ; elle était inséparablement liée au ministère qu'ils avaient à remplir, l'Eglise n'ayant pas été instituée pour eux seuls, mais pour le salut des hommes jusqu'à la fin des siècles.
Le Fils de Dieu, envoyé au monde par le Père Eternel pour fonder et organiser l'Eglise, envoya lui-même ses Apôtres avec le pouvoir surnaturel et l'autorité perpétuelle qu'il avait reçue de son Père. " Comme mon Père m'a envoyé, de même je vous envoie." Les Apôtres et leurs légitimes successeurs forment un seul et même corps. " Yoici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles." Le pouvoir surnaturel que Jésus-Christ a communiqué à son Eglise lui fut donné pour la conservation de la foi qu'il avait révélée ; il ne peut donc être limité par le temps plus que la foi même. Comme Jésus-Christ, l'Eglise " était hier, elle est aujourd'hui," et elle sera toujours la même. Elle conservera son infaillibilité pendant toute la suite des siècles.
Cette preuve, que je viens d'exposer brièvement, a été développée avec beaucoup de force et d'éloquence dans un essai du Dr. Brownson sur la " Constitution et le Caractère Organique de l'Eglise." J'en extrais le passage suivant :
" L'Eglise, en tant qu'elle forme un corps ou une corporation, le seul sens dans lequel on lui attribue le pouvoir d'enseigner, n'est pas une aggrégation des individus qui la composent à un temps donné, un corps qui naît et meurt avec eux ; mais elle est contemporaine de notre Seigneur et de ses Apôtres, en communion immédiate avec eux, de telle sorte que toute distance de temps et de lieu entre eux et nous s'évanouit entièrement. Dans le sens que nous supposons, elle est une corporation, et comme toute autre corporation, un individu collectif possédant l'attribut de l'immortalité. Elle ne connaît ni interruption, ni succession de temps ; la révolution des années ne l'affaiblit point. Semblable au Dieu éternel qui est toujours avec elle, et dont elle est l'organe, elle possède la durée, mais sans succession. Elle ne peut jamais vieillir, ni être irrévocablement ensevelie dans le passé. Les individus qui composent son corps peuvent clianger, elle ne change pas ; ils peuvent disparaître, être renouvelles, les uns après les autres, elle reste toujours la même.
. . . L'Eglise de nos jours est identiquement le corps qui voyait notre Seigneur lorsqu'il habitait dans notre chair. Cette tendre Mère que nous chérissons, et aux paroles de laquelle nous nous attachons avec tant de bonheur, contemplait de ses yeux les miracles étonnants opérés dans la Judée, il y a dix huit cents ans ; elle assistait à la prédication des Apôtres, le jour de la Pentecôte, lorsque le Saint Esprit descendit sur chacun d'eux, sous la forme de langues de feu ; elle entendit St. Pierre, prince des Apôtres, raconter de quelle manière le Saint Esprit était descendu sur Corneille et sa famille, et déclarer comment il avait plu à la miséricorde divine de faire entendre aux Gentils par sa bouche la parole de Dieu, et leur accorder le don de la foi. Elle écoutait d'une oreille charmée, et d'un cœur ravi de joie, le dernier avis du. disciple que Jésus aimait : ' Mes chers enfants, aimez- vous les uns les autres.' Elle voyait l'ancien temple rasé jusqu'au niveau du sol, les cérémonies de l'ancienne alliance abolies, le peuple de Dieu chassé de la Terre Sainte et dispersé dans toutes les parties du monde. Elle contemplait Pome payenne dans l'orgueil et l'éclat de son pouvoir, répandait son sang dans les persécutions de ses empereurs, et triomphante plantait enfin la
FONDEMENT DU PKOTESTANTISMR. 189
croix sur ses ruines. Elle a été contemporaine de dix Imit cents ans qu'elle a arrêtés dans leur fuite ; elle nous les rend présents et les placera sous les yeux de toutes les générations à mesure qu'elles s'élèveront. D'une main elle reçoit de notre Seigneur et des Apôtres, ses ministres, le dépôt de la foi; de l'autre elle nous le communique.
" De quoi a-t-elle besoin pour nous le transmettre avec une certitude infaillible ? Simplement d'être protégée contre l'oubli, la fausseté des pensées, et l'infidélité de l'interprétation. Or voilà ce qui lui est accordé, parceque notre Seigneur réside toujours avec elle, parceque le Paraclet la dirige vers la vérité, et rappelle à son souvenir tout ce que notre Seigneur lui a dit, soit personnellement, soit par ses Apôtres inspirés, lui conservant ainsi la mémoire toujours fraicbe, et lui prêtant un secours infaillible pour bien comprendre et exprimer avec exactitude ce qu'elle se rappelle lui avoir été enseigné."
L'infaillibilité de l'Eglise n'embrasse donc pas, comme une grand nombre de Protestants se l'imaginent, les questions relatives aux sciences et à la politique ; elle s'applique uniquement à l'enseignement et à la conservati(to de la foi, révélée par Jésus-Christ pour le salut
du genre humain. Sous ce rapport elle demande une soumission sans borne à ses décisions, toutes les fois qu'elle promulgue sa doctrine, mais seulement quand elle donne une définition solennelle. En agissant de la sorte, elle exerce, comme nous l'avons vu, un droit qui lui appartient légitimement. Son enseignement infaillible est la seule règle de foi.
Je remarquerai ayant de conclure que la pratique da.ceux qui rejettent l'infaillibilité de l'Eglise est en contradiction avec leur théorie. Que la règle de foi qu'ils admettent, soit la raison, l'Ecriture, le sens commun, l'interprétation privée, ou l'inspiration personnelle, toujours est-il qu'ils la considèrent comme une autorité dont il n'est pas permis d'appeler, et qui par conséquent devient dans la pratique une autorité infaillible en matière de foi. Cette contradiction entre leur théorie, lorsqu'il s'agit de l'Eglise, et la manière dont ils forment leur foi dans la pratique est véritablement étrange, et cependant à peine s'en aperçoiventils. Les pages suivantes nous fourniront d'autres exemples de l'inconséquence du protes* tantisme.
SECTIO]^ II. ^