‹ Catholicisme, protestantisme et infidélitéChapitre 28 sur 62 · CONFESSION · texte numérisé non relu

CONFESSION

On VOUS a dit que la Confession était une invention des prêtres, et que les premiers Chrétiens n'avaient eu aucune connaissance de cette institution. C'est une erreur. La confession et l'obligation d'y avoir recours sont aussi anciennes que les paroles de Jésus-Christ : " Recevez le Saint Esprit ; les péchés seront pardonnes à ceux à qui vous les pardonnerez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez."* Comment les Apôtres auraient-ils rempli le devoir de retenir ou de pardonner les péchés, si Jes premiers Chrétiens n'eussent pas été obligés de se confesser? Ils n'avaient pas une science infinie, et l'autorité qui leur était confiée serait devenue inutile, si les fidèles n'eussent pas manifesté leurs fautes secrètes ?

Si Jésus-Christ s'était contenté de dire : "Les péchés seront pardonnes à ceux à qui vous les pardonnerez," la question eut changé de face : Les Apôtres et les Prêtres auraient pu alors remettre les péchés sans confession ;

* Jean xx. 22, 23.

230 PKÉJDGÉS PROTESTANTS.

mais il ajoute: "Et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez." Le pouvoir confie est un pouvoir discrétionnaire. Comment un prêtre ou un apôtre aurait-il pu l'exercer avec prudence et justice, sans une connaissance exacte de l'intérieur du pénitent ? L'absolution ou le refus de l'absolution dépend nécessairement, par la nature même du devoir à remplir, de l'aveu du pénitent, car lui seul peut faire connaître avec exactitude l'état de sa conscience. Appliquer les paroles de Notre Seigneur a la prédication de l'évangile, et les donner comme un moyen d'exciter la contrition est souverainement ridicule, car alors que signifieraient ces mots : " Et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez."

Si vous persistez à dire que les prêtres inventèrent la confession, vous devez être capables d'assigner la date où ils l'introduisirent et de nommer Tinventeur. Jamais vous n'y réussirez. Les plus anciens Pères de l'Eglise représentent la confession comme une institution qui existait depuis le commencement du christianisme. Tertullien qui vivait dans le second siècle de l'ère chrétienne, en parle aussi clairement que nous en parlons actuellement. Dans son ouvrage "De Pœnitentia," il s'exprime ainsi : " Quelques uns, je le pense, l'évitent (la

Confession), parce qu'ils la redoutent comme une manifestation trop claire d'eux-mêmes, et ils la remettent de jour en jour, s'occupant beaucoup plus de la honte que de la guérison ; semblables en cela à un malade qui n'ose découvrir sa maladie au médecin, et meurt victime de sa fausse délicatesse."^ St. Irénée, St. Cyprien, Origène et plusieurs autres anciens Pères font mention de la confession d'une manière aussi explicite. St. Clément Pape, contemporain de l'Apôtre St. Jean, exhorte les fidèles à se confesser, afin de se réconcilier avec Dieu par la ministère des prêtres.

Si la confession était une invention des prêtres, ils auraient eu soin de ne pas s'y soumettre ; ils ne l'auraient imposée qu'aux laïques. La loi cependant est générale, les Prêtres, les Evêques, le Pape lui-même sont tenus de l'observer comme les simples fidèles.

Si la confession ne nous venait pas des Apôtres, cette innovation aurait dû, comme toutes les hérésies, laisser quelque trace de son passage dans l'histoire. Tout le monde se serait élevé contre le novateur qui le premier aurait prétendu imposer à tous les membres de la chrétienté, et même au Pape, l'obligation

^' De Pœnit. ix. x.

de révéler à un homme leurs fautes les plus secrètes.

En 1856 je voyageais sur le lac Michigan. Un ministre Méthodiste, qui se trouvait avec moi à bord du même bateau à vapeur, me demanda si j'étais prêtre catholique. Je lui répondis affirmativement. Puis-je, ajouta-t-il vous faire une question? — Certainement. — Le, Pape se confesse-t-il ? — Sans doute, car s'il ne se confessait pas, personne ne serait obligé de le faire. Le souverain Pontife, en tant qu'homme, est exposé à tomber aussi bien que les autres. Jésus-Christ n'a pas institué en sa faveur une Eglise différente de celle dont il est chef — A qui se confesse-t-il ? Est-ce à notre Seigneur ? reprit-il avec étonnement. — ^Point du tout, il se confesse à un prêtre ; au besoin je pourrais entendre sa confession. — Jamais, s'écria-t-il, plus étonné qu'auparavant, jamais de ma vie je n'ai rien entendu de semblable. — Yous me feriez plaisir^- si vous m'adressiez quelques autres questions sur l'Eglise Catholique. Probablement il y a beaucoup d'autres choses dont vous n'avez jamais entendu parler." La découverte qu'il venait de faire lui parut pins que suffisante, il n'e*ut pas le courage de pousser plus loin.

Beaucoup trop de Protestants agissent de la

PRÉJUGÉS PKOTKSTANTS. 233

incme manière. Un défaut d'examen est le grand mal. Plusieurs, tels que Pilât e, demandent : " Qu'est-ce que la Yérité ?" mais sans attendre la réponse, ils se retirent immédiatement et consentent à vivre et à mourir dans leurs préjugés et leurs erreurs. Quelquesuns, je n'en doute pas, prendront en main cet ouvrage composé pour eux ; mais après en avoir lu quelques pages, ils le jetteront de côté. Si de tels hommes restent dans l'erreur, c'est assurément leur faute ; évidemment ils ne veulent pas connaître la vérité.

Yous avez toujours pensé que la confession était un fardeau insupportable. Je vous ai montré dans une autre partie de cet ouvrage qu'elle . était en réalité une source de consolation, de paix, de lumière et de force. Il est inutile de répéter ce que j'ai dit précédemment. Si vous désirez vous convaincre de la vérité de mon assertion, consultez quelque Catholique fervent. L'expérience de tous ceux qui font de bonnes confessions confirmera ce que j'avance.

Page 1