LA BIBLE
L'Eglise Catholique est ennemie de la Bible. Autre accusation, autre calomnie. Je voys ai déjà rappelé la constante sollicitude avec laquelle l'Eglise veillait à sa conservation, avant l'invention de l'imprimerie. Que serait devenu le Nouveau Testament, sans les travaux des moines catholiques qui en transmettaient des exemplaires manuscrits de siècle en siècle ? Je vous ai fait voir de plus que si l'Eglise n'était point infaillible, vous ne sauriez point si la Bible contient véritablement la parole de Dieu, et que d'ailleurs TEglise ne peut lui être opposée, puisqu'on mettant même à part l'inspiration de l'Ecriture, et en la considérant seulement comme une histoire authentique, elle y puise les preuves de l'autorité dont elle jouit.
Tous insistez et vous dites : l'Eglise ne permet pas le libre usage de la Bible ; mais cette nouvelle allégation, dans le sens que vous lui donnez, est une nouvelle calomnie. Yoici la vérité sur ce point : L'Eglise met quelque re-
striction à la lecture de la Bible dans les langues modernes, et en général, elle ne la permet pas, à moins que les traductions ne soient accompagnées de notes approuvées par elle, explicatives des passages obscurs et difficiles. En le faisant elle agit avec sagesse, car l'expérience du passé démontre clairement que les fausses interprétations de la parole de Dieu peuvent conduire à d'épouvantables conséquences, à la subversion de la foi, de la morale et de l'ordre public. Mais dire que l'Eglise s'oppose à la lecture de la Bible avec des notes explicatives, faite par ceux auxquels cette lecture est utile, c'est la calomnier de la manière la plus outrageante. Un fait notoire est une réfutation sensible de cette calomnie. Longtemps avant la naissance de Luther, la Bible fut traduite en Allemand, en François, en Italien, en Espagnol, en Bohémien et en plusieurs autres langues. La traduction Allemande d'Augsbourgh, eut huit éditions, celle de Malermi en Italien vingt-trois. Ces traductions étaient faites pour le peuple, achetées et lues par le peuple.
La seule lecture de la Bible que l'Eglise Catholique ait jamais défendue est une lecture inutile et dangereuse. En cela elle s'est montrée digne de sa haute mission en qualité de
PRÉJUGJÉS PKOTESTANTS. 2SÎ
véritable Eglise de Jésus-Clirist, de gardienne de la foi et de la morale, de directrice attentive établie par la Sagesse divine pour guider les hommes dans la voie du salut. Les mesures de précaution qu'elle a prises témoignent de sa vénération pour la parole de Dieu. Les Protestants au contraire en poussant à la lecture de la Bible, sans notes et sans commentaires, sans aucun égard à la capacité et à la prudence des lecteurs, semblent ne pas montrer pour elle le respect qu'ils devraient avoir. Cette conduite de l'Eglise n'est pas nouvelle. Il y a quatorze ou quinze siècles, lorsque fut formé le canon des Ecritures, que St. Jérôme s'élevait avec toute l'énergie de son style contre l'assertion que tout homme était capable d'interpréter la Bible.* " Occupez-vous de votre sauce," disait St. Basile au cuisinier de l'Empereur, " la Bible l'emporte sur les travaux de la cuisine."