HORS DE L'EGLISE POINT DE SALUT
Cette doctrine vous indigne, et par ce que nous affirmons que hors de l'Eglise Catholique il n'y a point de salut, vous vous irritez contre nous, et vous concluez que nous vous condamnons à une perte éternelle, sans même attendre le jugement de Dieu. Ma réponse est bien simple ; nous enseignons la doctrine de Jésus- Christ, cette doctrine est la vérité même, et votre conclusion est sans fondement.
L'Eglise Catholique enseigne, et elle a toujours enseigné que seule elle est la véritable église de Jesus-Christ, et que par conséquent hors de son sein il n'y a point de saliit. La seconde proposition est le résultat nécessaire de la première. Aussitôt que l'Eglise enseignera, ce qu'elle ne fera jamais, que l'on peut se sauver hors de sa communion, elle cessera d'être l'Eglise de Jesus-Christ.
PRÉJUGÉS PROïKSTANTi. 265
Si pleins de confiance dans le protestantisme vons le regardiez comme étant très certainement la vraie Eglise de Jesus-Christ, vous diriez ce que nous disons, et tonte religion qui ne le dit pas renonce par là même au droit de se prétendre instituée de Dieu pour le salut du genre humain. Je prouverai ce que j'avance par l'idée renfermée dans le mot Religion et surtout dans celui de Religion Chrétienne.
Qu'est-ce que la religion ? Tétymologie du mot l'indique ; c'est un lien qui unit l'homme à Dieu. L'idée de religion renferme deux choses, la foi et la pratique, la croyance de la vérité et l'accomplissement de certains devoirs, au moyen desquels nous devons parvenir à la possession éternelle de Dieu, unique et dernière fin de notre existence. Or aussi certainement qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et une seule race humaine, aussi certain est-il qu'il n'y a qu'une seule foi, une seule morale établie par le tout Puissant pour conduire les hommes au ciel.
Si la religion n'était qu'un système de certaines observances sensibles, de certaines formes extérieures de culte, en un mot, un simple cérémonial, il pourrait y avoir autant de religions qu'il y aurait de rituels composés au gré et suivaat la volojitc des hommes. Mais la question
2GQ PRÉJUGÉS TKOTESTANTS.
n'est pas là. Elle se rapporte à la religion prise dans la stricte signification de ce mot, surtout en tant qu'elle renferme une croyance à adopter, et des devoirs à remplir. Ce qui est vérité pour un homme est vérité pour tous, et ce qui est essentiellement obligatoire pour l'homme en général, est essentiellement obligatoire pour chaque homme en particulier. Le nier, c'est dire que Dieu n'est pas Vérité. Prenons la confession pour example. A-t-elle été instituée par Jesus-Christ comme moyen de saint, oui, ou non ? Il n'y a pas de milieu. Si elle n'a pas été instituée comme moyen de salut, il n'y- a nulle obligation d'y avoir recours ; mais si elle a été instituée comme moyen de salut nécessaire pour tous ceux qui ont péché après le baptême, quiconque a péché de la sorte, ne peut se sauver sans y recourir. Oserezvous dire que Dieu a obligé les Catholiques sous peine de damnation éternelle de confesser leurs péchés à un prêtre, comme à son représentant, mais qu'il a dispensé les protestants de cette obligation ? Le même raisonnement conserve toute sa force pour tout autre devoir religieux. En d'autres termes : S'il existe une religion divine, il ne peut y en avoir qu'une, et hors d'elle, il ne saurait y avoir de salut. Le raisonnement si fréquemment employé ;
tous les hommes ont un Père commun et peuvent par conséquent se sauver dans toutes les religions, est simplement ridicule. C'est précisément parce qu'il n'y a qu'un seul Dieu, qu'il ne peut j avoir qu'une seule religion. Parce qu'il n'y a qu'un seul Dieu, les même devoirs religieux sont obligatoires pour tous les hommes, et tout homme qui ne les remplit pas est perdu pour toujours. Mais, direz- vous encore, nous croyons tous au même Christ. Si vous croyez tous au même Christ, vous êtes donc tous obligés d'accepter la foi et d'obéir aux lois qu'il a lui même établies dans son Eglise. Son Eglise, comme je l'ai prouvé, est l'Eglise Catholique seule. Donc hors de l'Eglise Catholique point de salut. Jésus-Christ n'a-t-il pas dit. " S'il ne veut pas écouter l'Eglise, qu'il soit pour vous comme un payen et un pubKcain."* " Celui qui ne croit pas sera condamné."t
Si les hommes pouvaient se sauver dans toutes les religions, la religion chrétienne ne serait pas nécessaire ; Jésus-Christ n'aurait eu aucune raison d'envoyer ses Apôtres prêcher à toutes les nations ; le commandement qu'il fait à tous les hommes de croire pour être sauvés, n'aurait aucun sens ? Si'l a fondé une Eglises,
♦ S. Matth. xviiL 17. f S. Marc xvi. 16.
tout ce qu elle enseigne, en sa qualité d'Eglise de Jésus-Clirist, doit être cru, car toutes ses doctrines s'appuient sur la même autorité infaillible de son divin Fondateur. Rejeter volontairement un seul article de foi suffit pour encourir im châtiment éternel, car c'est nier en entier le caractère divin de la foi et de l'Eglise de Jésus-Christ, c'est attaquer l'autorité et la véracité de Dieu. Celui qui ne peut ni tromper ni se tromper a révélé chacun des articles de foi enseignés par l'Eglise. *' Quiconque ayant gardé la loi," dit le Saint Esprit, " la viole en un seul point, est coupable comme s'il l'avait violée toute entière."* Ou la foi, comme formant un tout, est vraie, ou elle est fausse ; nous devons donc tout rejeter ou tout croire, car si elle se trompe en un point, elle ne vient pas de Dieu.
La doctrine que nous soutenons est celle des Pères de la primitive Eglise. Tous sont unanimes sur cette question, tous ils enseignent que hors de l'Eglise on ne peut espérer de salut. St. Cyprien, qui vivait au milieu du troisième siècle, dit dans son ouvrage de l'Unité de l'Eglise : '' Il ne peut avoir Dieu pour père qui n'a pas l'Eglise pour mère." St. Augustin, qui
♦ S. Jacq. ii. 10.
écrivait à la fin du quatrième siècle et au commencement du cinquième, s'exprime ainsi:
" Quiconque est séparé de l'Eglise Catholique n'aura point la vie en lui ; mais sur lui reste la colère de Dieu."* St. Grégoire le Grand, qui occupait le siège pontifical à la fin du sixième siècle, établit en peu de mots la doctrine catholique : " La Sainte Eglise Catholique enseigne que personne ne peut se sauver hors de sa commun ion. "f
En votre qualité de chrétiens vous croyez avec nous qu'un homme mourant en état de péché mortel est perdu sans ressource ; vous croyez que " ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les impudiques, ni les abominables, ni les avares, ni les voleurs, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui, ne seront point héritiers du royaume des cieux.":]: La négation réfléchie d'un article de foi n'est-elle pas un péché mortel^ aussi bien que le vol, l'ivrognerie et l'impudicité ? Cette négation, outrage fait à l'autorité et à la véracité de Dieu, est un péché plus grief qu'un outrage adressé à un homme. L'injure que vous ressentez le plus vivement, c'est d'être
* Ad. Part. Fact. Dan. c. 141. j Lib. Moral. 14. X 1 Cor. vi. 9, 10.
flétris du nom de menteur. Qu'un homme soit accusé d'avoir fait tort à l'Etat, il s'inquiète peu de cette accusation ; mais s'il est appelé menteur, le sang seul peut effacer une telle flétrissure. Nier de propos délibéré un article de foi, c'est révoquer en doute la véracité de Dieu. Celui qui a l'audace de dire à la face du ciel : Je le sais ; cette vérité est révélée, et comme telle, elle m'est enseignée par l'infaillible autorité de l'Eglise ; mais je ne veux pas la croire ; celui qui après la déclaration solennelle qu'une doctrine fait partie de la révélation, n'examine pas si cette doctrine est révélée ou non, et refuse de l'admettre, cet homme méprise évidemment Dieu comme source éternelle de la vérité ; faut-il donc s'étonner si mourant coupable d'une telle offense il est perdu pour toujours?
Sommes-nous donc après tout, nous Catholiques, sommes-nous la cause de sa ruine ? Estce nous qui le condamnons aux tourments de l'enfer? IN'on, sans doute. Il se condamne lui-même, il est l'agent de sa propre ruine. Lorsque vous nous dites : vous vous perdrez infailliblement, en dépit de votre titre de Catholiques, si vous mourez dans l'état du péché mortel, êtes-vous la cause de la condamnation portée contre nous ? Yous ne faites que pré-
dire ce qui doit effectivement arriver. Il en est de même quand nous disons : Quelle que soit la moralité de votre conduite, si vous mourez volontairement dans l'hérésie, vous périrez inévitablement, nous ne prononçons pas l'arrêt de votre condamnation, nous ne faisons que vous avertir, quand il vous est possible de profiter de notre avertissement. Dieu seul est votre juge et le nôtre. Lui seul a droit de décider de votre sort pour l'éternité. Si en conséquence de votre infidélité volontaire il vous condamne, vous subirez l'effet de la sentence par votre faute, et nullement par la nôtre.
Une question se présente ici naturellement, vous pouvez me la faire. Un homme se trouve dans l'ignorance invincible de la véritable foi, et cependant il observe les préceptes de la morale, se perdra-t-il? Je réponds que cet homme mourra dans le sein de l'Eglise Catholique. Soit pendant sa vie, soit au moment de sa mort, la Divine Providence lui fournira des moyens, extraordinaires s'il le faut, de connaître de la foi ce qui est indispensable pour le salut de son âme. Pour plus de clarté distinguons deux sortes de personnes, celles qui sont i)aptisées et celles qui ne le sont pas. Comme ce sujet est peu compris et rarement bien ex-» pliqué, je vous demande une attention particulière aux remarques suivantes.
Par rapport aux personnes nées dans un pays protestant et validement baptisées qui, par défaut ou d'instruction, ou d'occasion favorable, n'ont jamais su que l'Eglise Catholique est la seule véritable Eglise de Jésus-Clirist, si elles n'ont jamais commis de péchés mortels, ou les ont expiés par les sentiments d'une contrition parfaite unie au désir sincère de faire ce que Dieu peut exiger d'elles, ces personnes seront sauvées par la voie ordinaire, comme membres de l'Eglise Catholique. Elles lui appartiennent réellement, y étant entrées par la validité de leur baptême, et si extérieurement elles sont séparées de sa communion, c'est uniquement par une faute dont elles ne sont pas responsables. Suivant notre doctrine, il n'y a qu'un seul baptême toujours valide, qu'il soit administré par un Chrétien, un Juif, un infidèle ou un payen, pourvu cependant qu'il ait été conféré de la manière instituée par Jésus-Christ, avec l'intention de faire ce qu'il s'est proposé dans l'établissement de ce sacrement. Tout homme baptisé de la sorte devient au moment même de son baptême membre de l'Eglise Catholique. A la vérité les Protestants, qui rentrent dans son sein, sont généralement baptisés, ^arce que souvent le baptême qu'ils ont reçu n'a pas été administré validement. Dans au-
cun cas cependant nous n'avons l'intention de donner un second baptême ; nous le conférons conditionnellement, pour que celui qui se convertit ait l'assurance d'avoir été certainement baptisé. Nous ne réitérons jamais ce sacrement lorsqu'aucun doute n'existe touchant le premier baptême. Dans plusieurs contrées, il y a un nombre considérable de Protestants validement baptisés et qui ignorent invinciblement la véritable Eglise ; ils en sont membres, et sans le savoir meurent dans sa communion. Tous ceux qui ont été baptisés validement ne cessent point d'être Catholiques, à moins qu'ils ne se rendent coupables d'apostasie en adhérant, contre leur conscience, à une erreur opposée à la foi, ou en négligeant volontairement d'examiner, lorsqu'un soupçon bien fondé qu'ils sont dans l'erreur se présente à leur esprit. J'ai la confiance qu'un grand nombre de Protestants se sauvent de la sorte, non pas, il est vrai, comme Protestants, mais comme membres de la seule véritable Eglise établie par Jésus-Christ.
L'état des pajens diffère considérablement de celui des Protestants baptisés. Les payens qui sont involontairement dans l'erreur, et servent Dieu, le mieux qu'il leur est possible, selon la lumière qu'ils possèdent, et sont disposés à
274 PEÉJUGÉS PROTESTANTS.
faire tout ce que le ciel peut demander, seront certainement sauvés. Peut-être ne recevrontils jamais le baptême d'eau ; mais pour eux, ce que l'Eglise appelle le baptême de désir, est suffisant. Les efforts qu'ils font pour plaire à Dieu renferment le désir de connaître la vraie foi et la volonté de l'en>brasser. Il est vrai que la grâce sanctifiante est également nécessaire pour le salut ; mais Dieu, qui ne veut pas que des hommes, disposés à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour lui être agréables, périssent misérablement, verse dans leur âme, soit pendant leur vie, soit au moment de leur mort, cette grâce sanctifiante qu'ils auraient puisée dans les eaux du baptême. S'ils tombent dans le péché mortel, ils peuvent recevoir le secours nécessaire pour faire un acte de contrition parfaite, et obtenir le pardon de leur faute. Leur salut ne suit pas le cours ordinaire de la Providence ; il est le résultat d'une grâce extraordinaire accordée en vue des mérites de Jésus- Christ. Par le baptême de désir, ils deviennent membres de l'Eglise Catholique et sont sauvés comme appartenant à sa communion.
En d'autres mots, un seul chemin conduit au ciel, mais plusieurs chemins conduisent à l'Eglise Catholique, car outre le baptême d'eau et celui de désir, dont nous venons de parler,
nous admettons encore le baptême de sang, ou le martyre souffert, pour la foi de Jésus- Christ, par ceux qui ne sont point baptisés. Combien y a-t-il d'âm^ sauvées par le baptême de désir ? Sont-elles en grand nombre ou en petit nombre ? C'est le secret de Dieu. Nous pouvons en laisser la décision entre ses mains, parce que son infinie miséricorde s'étend à tous les hommes, et jamais elle ne permettra qu'un seul d'entre eux périsse, si ce n'est par sa très grande faute. L'Eglise Catholique dit avec St. Thomas d'Aquin : " Si un homme désire sincèrement connaître la vérité et observe, suivant l'étendue de son pouvoir, les préceptes de la morale. Dieu, s'il est nécessaire, enverra un ange pour l'éclairer et le faire entrer dans le sein de l'Eglise, plutôt que de souffrir qu'il périsse." Ainsi nous lisons dans les Actes des Apôtres qu'un ange fut envoyé au centurion qui même, et ceci est digne de remarque, reçut le Saint Esprit et devint membre de l'Eglise, avant d'avoir été régénéré dans les eaux du baptême.
N'oubliez pas cependant que tout ceci s'applique uniquement à ceux qui ne connaissent pas la véritable Eglise, par suite d'une ignorance invincible. Quant à cette classe de personnes, très nombreuse, je le crains, qui ont la
^7Q PRÉJUGÉS PKOTKS'IANTS.
facilité de connaître la vérité, et négligent volontairement de s'en prévaloir, qui ferment les yeux pour ne pas apercevoir la lumière, ne cessent d'étouffer les avertissements de leur conscience, et sont déterminées, à tout événement, de mourir hors de la commimion de l'Eglise, elles ne peuvent se flatter d'une telle espérance. Elles ne veulent pas faire les sacrifices que nécessiterait leur retour. Elles agissent comme les Aréopagites et le gouverneur Romain, Félix, qui dirent à St. Paul : " 'Nouq vous entendrons une autre fois ;" ou comme les Juifs qui se bouchèrent les oreilles et lapidèrent St. Etienne. Elles ne peuvent prétendre que leur ignorance est invincible ; elles pèchent contre le Saint Esprit, et si elles meurent en cet état, leur perte est inévitable.
Aucun de ceux qui ont lu cet ouvrage ne peut alléguer "l'ignorance invincible, comme excuse. Yous avez eu l'occasion d'examiner et de vous convaincre de la vérité. Direzvous que les raisons que je vous ai données ne vous ont pas convaincus ; ceci est possible ; mais elles ont certainement excité quelques doutes dans votre esprit, et vous obligent au moins à continuer vos recherches, jusqu'à ce que vous ayez découvert l'Eglise établie par Jésus- Christ. Si vous refusez de le faire, vous com-
mettez une faute très griève qui sera la cause de votre perte éternelle. Si au contraire vous poursuivez votre examen de bonne foi et avec persévérance, le temps viendra, plutôt ou plus tard, où ne pouvant douter plus longtemps, vous embrasserez le foi de l'Eglise, comme la seule espérance que vous ayez d'assurer votre salut.
Il est injuste de nous accuser d'un défaut de charité, lorsque nous affirmons que hors de l'Eglise Catholique il n'y a point de salut. Nous n'hésitons pas à publier ce que nous croyons, parce que nous vous aimons sincèrement, et que nous désirons votre salut éternel. Tout Catholique zélé est disposé à vous aider dans vos recherches. Nous condamnons seulement l'erreur ; mais nous laissons le jugement des consciences à Dieu auquel seul il appartient de les juger. Nous aimons tous les hommes parce qu'ils sont les enfants du même Père, et qu'ils ont été rachetés par le même Sauveur. Volontiers nous ferions le sacrifice de nos biens, de notre honneur, de notre vie pour le salut de leurs âmes. Bien loin d'affaiblir notre charité envers vous, la doctrine que nous professons ne sert qu'à la rendre plus vive, et à nous inspirer un zèle qui ne redoute ni aucun travail ni aucun sacrifice.
SECTION II