SOUVERAINETÉ DU PAPE.— SON GOUVERNE- MENT CIVIL
Yous n'aimez pas à voir le Chef de l'Eglise gouverner un territoire peu considérable de l'Italie, comme prince souverain et indépendant. Ce pouvoir vous paraît incompatible avec l'autorité qu'il exerce dans l'ordre de la foi, et avec les devoirs qu'il remplit comme chef d'un royaume siDirituel, l'Eglise. Toutes ces raisons vous portent à condamner sa souveraineté politique.
Cette objection, comme toutes les autres, suppose que vous n'approfondissez pas suffisamment la question. Si vous considérez la position du Pape comme chef de l'Eglise Catholique et universelle, vous serez forcés d'admettre que son indépendance, en qualité de prince souverain, loin d'être en opposition avec son pouvoir spirituel, est au contraire un moyen, sinon absolument nécessaire, du moins très efficace, de lui en faciliter l'exercice. La raison même le démontre clairement. Pour
jouir de l'entière confiance de tous les Chrétiens répandus sur la surface de la terre, il faut manifestement qu'il ne puisse être soupçonné, dans l'administration de son gouvernement spirituel, d'être influencé par aucune des puissances qui dirigent les affaires de ce monde. Il en serait autrement si, comme les dignitaires parmi les Méthodistes, les Presbytériens et les Episcopaliens, il n'était que le superintendant d'une Eglise provinciale. Mais le Pape est le chef de toute l'Eglise, dans les deux, hémisphères. Le soleil ne se couche jamais dans ce royaume spirituel qui embrasse toutes les nations et en réunit les membres en un seul corps. Voila pourquoi dans les cérémonies qui accompagnent l'installation d'un nouveau Pape, on lui addresse ces paroles : " J^overis te urbis et orbis constitutum esse rectorem." Souvenez-vous que vous êtes placé sur le trône de St. Pierre pour gouverner Rome et le monde. Puisque telle est la nature de sa mission, plus il sera libre dans l'exercice de son autorité, plus on aura sujet de s'en réjouir.
L'histoire nous donne une preuve frappante du danger auquel le simple soupçon d'une influence politique expose les intérêts de la religion. On sait tout ce qu'elle eut à souffrir, pendant le temps que les Papes résidèrent à
Avignon ; parce que la liberté du Souverain Pontife semblait être tenue en échec par la pression prépondérante de la France.
Pourquoi le District de Colombia est-il resté indépendant? Précisément parce qu'il est le siège du gouvernement général, le peuple ne voulant pas souffrir qu'un Etat particulier put avoir, par la possession du Capitole, une ombre même de prépondérance dans la direction des affaires. Une raison semblable prouve, mais avec une force infiniment plus grande, combien l'indépendance politique du Pape est convenable. Les Américains, qui témoignent leur admiration pour les Etats libres, devraient se réjouir de la liberté du Souverain Pontife dans l'exercice de sa puissance spirituelle.
Autre raison. La dignité du Yicaire de Jésus-Christ est trop éminento pour lui permettre d'être le sujet d'un prince temporel. Tel est le sentiment qui semble avoir inspiré tous les princes Chrétiens, depuis le règne de Constantin. Ce grand empereur, qui le premier plaça la croix sur sa couronne, transféra sa résidence à Constantinople ; et ce qui est plus remarquable encore à ce sujet, c'est qu'aucun des empereurs d'Occident, même après la division de l'empire Komain, ne voulut ré-
BÎder à Kome. Milan, Turin et d'autres villes étaient le lieu de leur séjour.
Quant aux prétendus abus du gouvernement pontifical, je n'ai qu'une seule réponse à faire : La source oii vous puisez vos renseignements offre un motif sufiisant de les rejeter. Yous vous appuyez presque exclusivement sur les rapports des Anglais, peu dignes de confiance en cette matière. Influencés par les tendances fanatiques de leurs pays, ils s'efforcent par des représentations aussi fausses qu'exagérées de soulever l'opinion publique contre l'administration pontificale. Un pareil esprit de fanatisme pénètre les journaux, le récit des voyageurs et les publications des Etats-Unis.
Un examen sincère fait voir qu'il y a moins d'abus dans les Etats du Pape que dans aucun autre royaume, erppire ou république. Des statistiques récentes prouvent, de manière a exclure toute espèce de doute, que sous le rapport des établissements littéraires, des institutions de bienfaisance et de la bonne administration des lois, les Etats du Pape semblent être en avance des autres contrées. Tout ceci a été mis en évidence par plusieurs ouvrages publiés récemment, entre autres celui de Mr. Maguire sur '' Rome, ses Eglises, ses Charités et ses Institutions." Je vous y renvoie pour do plus amples détails sur cette question.
EÉPUBLICANISME.
Je ne m'occuperai pins que d'une seule objection. Plusieurs parmi vous prétendent que l'Eglise Catholique n'est en harmonie, ni avec les institutions, ni avec le caractère des Américains. Ils la croient opposée à toute institution fondée sur les principes d'une politique libérale.
La vérité est tout le contraire de cette objection. Quoique le gouvernement de l'Eglise ne soit pas proprement républicain, cependant elle revendique tous les avantages qui vous rendent le vôtre si cher, comme appartenant à celui qu'elle a adopté ; et si la religion que nous professons était celle des Etats-Unis, votre caractère national vous rendrait, avec la grâce de Dieu, aussi bons et aussi zélés Catholiques qu'aucun autre peuple du monde. Je prouve cette double assertion en peu de mots.
La liberté est l'âme de vos institutions politiques ; la liberté est aussi ce que l'Eglise réclame pour elle-même. Elle ne sollicite aucune autre protection, elle n'en a pas besoin. Accordez-lui en entier celle qui lui est garantie par la constitution, et dont jouissent toutes les autres sectes chrétiennes, elle se montrera pleinement satisfaite. Le soleil ne s'adresse
pas à la terre pour en recevoir la lumière ; ses rayons sont assez puissants pour dissiper le brouillard du matin et percer les nuages. Liberté d'action, telle est l'unique demande de l'Eglise ; elle lui suffira pour triompher de vos préjugés et assurer le succès de ses entreprises et le développement de sa doctrine.
Grégoire XYI. avait coutume de dire :
Hors des Etats de l'Eglise, je ne suis pape dans aucun pays, excepté dans les Etats-Unis. Dans les Etats catholiques, comme de nombreux concordats l'attestent, l'autorité de l'Eglise est plus ou moins limitée. Ici elle est libre de toute entrave politique. Yotre constitution est le seul concordat qu'elle réclame. Effectivement tout ce qu'elle désire dans tout pays c'est la liberté ; qu'a-t-elle besoin de concordats quand elle est libre ?
En vous conformant à l'esprit de votre constitution, vous choisissez pour les charges publiques les hommes les plus habiles, sans égard à leur naissance, ni à la distinction de leur famille. Tel est aussi l'usage de l'Eglise. Parcourez la liste des papes, des cardinaux, des évêques, et vous trouverez que la plupart d'entre eux sont sortis des rangs du peuple. Ceux qui descendent de la noblesse ne forment guères qu'une exception. Jamais ni roi, ni
prinoe ne s'est assis sur la chaire de St. Pierre. 'O'après les lois de l'Eglise, le talent, la vertn, *^ mérite fixent le choix, et désignent ceux qui ^•oivent être nommés aux charges publiques, et les qualités exercent à Rome une influence plus uniforme et plus prononcée, que môme ici dans la république des Etats-Unis' Grégoire YII., qui suivant vous, concentrait dans sa personne, comme dans un foyer, tout le pouvoir que possédèrent jamais les papes, en est une preuve convaincante : il était fils d'un simple charpentier. Le chemin qui mène à la papauté est ouvert à tous, un laïque même peut y prétendre. J'ai appris du Cardinal Spinola que la pratique suivie actuellement, dans l'élection d'un nouveau pape, est de mettre un sénateur laïque sur la liste des candidates.
Les historiens, qui dans l'aveuglement de leurs préjugés ou les vues étroites de leur partialité, donnent aux faits une forme adaptée à leurs idées particulières on à l'objet de leur prédilection, sont dans l'habitude de calomnier la hiérarchie ecclésiastique et surtout le pouvoir politique du Pape. Ils peuvent en imposer à la multitude qui ignore ; mais ils ne réussissent pas à tromper ceux qui savent. Les papes attaqués avec plus d'acharnement ont trouvé des défenseurs dans les rangs mêmes du piotes-
PRÉJUGÉS PROTESTANTS. cOl
tantisme. Le protestant Yoigt a vengé la mémoire de Grégoire YII., dans l'admirable histoire qu'il a donnée de son règne, et Hurter celle d'Innocent III., dans le grand ouvrage qu'il a publié, lorsqu'il était encore Protestant. Toutes les accusations propagées contre eux par la presse ont été réfutées ; et ils ont pu enfin paraître aux yeux du monde, comme le plus bel ornement de leur siècle. " Yous chercberez en vain," dit l'historien protestant Herder, "une suite d'hommes aussi distingués par leurs talents et leurs vertus, que la magnifique succession des papes. Parmi les pontifes Romains qui se sont succédé pendant dix-huit cents ans, à peine en nomme-t-on cinq ou six auxquels la haine implacable des ennemis de l'Eglise a pu reprocher quelques taches ; encore vivaient-ils presque tous dans le onzième siècle, époque de désordre où la liberté des élections au siège pontifical était entravée par des influences étrangères. Après tout, que reproche-ton à ce petit nombre de Souverains Pontifes ? "Des fautes,^' répond Herder, "que l'on a remarquées uniquement parce qu'elles étaient les faiblesses des papes, et qui seraient restées inaperçues dans les autres princes."
Un fait incontestable, s'il j a quelque chose de certain dans l'histoire, c'est que jamais per-
sonne n'a travaillé plus efficacement qne les papes à la liberté des peuples. Les luttes continuelles qu'ils ont soutenues contre les princes de l'Orient et de l'Occident en sont une preuve sans réplique. Ce fait si glorieux à leur mémoire a été admis par des historiens protestants, et même par des hommes dont on ne peut soupçonner la partialité pour le Saint Siège, Montesquieu et Yoltaire. Léon, "Wolfgang, Menzel, et plusieurs autres historiens, distingués parmi vous, n'ont pu s'empêcher, dans ces derniers temps, d'admirer la grandeur et la persévérance de leurs efîbrts en ce genre. De nos jours, presque seuls en Europe, en face d'une oppression arrogante, au milieu des professions de foi hypocrites pour l'émancipation des peuples, la papauté a déployé, aux yeux des nations, son antique et vénérable bannière, de la franche et véritable liberté. Yous connaissez les tentatives de Pie IX., et vous savez aussi pourquoi il a échoué dans sa noble entreprise.