‹ Catholicisme, protestantisme et infidélitéChapitre 54 sur 62 · MISSION DIVINE DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

MISSION DIVINE DE JÉSUS-CHRIST

L'homme est dans son droit quand il de* mande si Dieu a fait quelque révélation. Que la révélation soit nécessaire ou non, il peut avec justice chercher à s'éclairer et à savoir, si Dieu a parlé aux hommes, ou s'il a envoyé du ciel un ambassadeur pour manifester sa volonté, expliquer les mystères de notre destinée, nous instruire de nos devoirs et nous faire connaître les conditions d'où dépend notre félicité éternelle.

A cette question : Dieu a-t-il fait une révélation ; l'histoire répond affirmativement. Son témoignage prouve que, pendant plusieurs siècles et à différentes époques, des hommes parurent qui s'attribuaient l'honneur d'avoir reçu une révélation et d'enseigner une religion divine. Les Prêtres d'Egypte, Zoroastre, Numa Pompilius, Confucius, Mahomet et d'autres prétendaient que leur religion descendait du ciel. Moyse affirma hautement que Dieu même lui avait donné la loi ; les prophètes Juifs prédirent au nom de Dieu l'avenir ; leur mission était une préparation à celle de Jésus-

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Christ. Jésus-Christ enseigna publiquement qu'il était Fils de Dieu, et que le Père l'avait envoyé pour manifester sa volonté au genre humain.

Je vous suppose assez familiers avec l'histoire pour savoir que parmi les anciens Egyptiens, les Komains, les Perses et les Chinois, les fondateurs de religions ne prouvèrent jamais la validité de leur mission. Il n'en est pas de même de Jésus- Christ.

La preuve de la mission de Jésus-Christ, et de la divinité de cette mission roule sur cette simple question : Jésus-Christ ètait-il ce qu'il prétendait être ?

De nos jours, Strauss, Feuerbach et leurs disciples ont fait pendant longtemps les phis grands efforts pour démontrer que Jésus- Christ n'était pas même un personnage historique, mais un simple mythe. Tous leurs travaux ont été inutiles. Dieu a placé les preuves de l'existence de Jésus-Christ, de sa mission et de ses miracles à l'abri de toute attaque. Les ennemis mêmes les plus acharnés de Jésus- Christ, les Juifs, en attestent l'existence à tous les siècles. La divine Providence a permis que les anciens Perses, les Egyptiens, les Romains disparussent de la face de la terre ; mais les Juifs, le plus faible de tous les peuples da

l'antiquité ont survécu au naufrage des anciens empires, et ils vivront jusqu'à la fin du monde. En vain, tant qu'ils existeront, le sophiste argumentera-t-il contre l'existence de Jésus- Christ ; leur témoignage s'élèvera toujours contre lui ; il est facile d'en appeler à des témoins qui sont présents dans tous les temps et dans tous les lieux. Ils ont entre les mains les prophéties qui, un grand nombre de siècles avant l'événement, décrivent sa venue sur la terre, sa vie et ses souffrances. L'existence des Juifs est comme un monument toujours subsistant de la sienne, leur haine offre une preuve invincible de la vérité historique du Christianisme. Tant que les Juifs existeront, et que l'Ancien Testament restera entre leurs mains, l'infidélité ne peut former aucun espoir de succès. Partout ils lui feront face, partout le témoignage involontaire de leur haine renversera l'échafaudage de sophismes qu'elle s'efforce d'élever avec tant de peine. Leur sollicitude pour l'intégrité de l'Ancien Testament rend impossible l'interpolation ou la corruption du texte. Ils en ont compté toutes les lettres, ils peuvent dire combien de fois chacune d'elles s'y rencontre, et indiquer, avec la première et la dernière, celle qui occupe le milieu de livre. Dans les livres prophétiques des Juifs nous

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avons, suivant la remarque de Bossuet, l'histoire de Jésus-Christ racontée aussi fidèlement que dans l'Evangile. La prophétie de Daniel, par exemple, décrit le temps précis de sa venue ; elle annonce le refus que feront les Juifs de le reconnaître, la destruction du temple et celle de la ville. Elle est si claire et si décisive que les Rabbins ont lancé l'anathême contre tous ceux qui chercheraient à l'expliquer. Non seulement les Juifs sont des témoins irrécusables de l'authenticité des prophéties ; mais par un effet même de leur jalousie, ils prouvent l'évidence de celles qui se rapportent à notre Seigneur. Avec de pareils témoins, l'existence de Jésus-Christ ne peut être révoquée en doute.

Un infidèle me dit un jour qu'ayant eu la curiosité de visiter une synagogue, son attention se fixa principalement sur les tablettes de la loi exposées sur les murs. " Je frémis à cette vue," me dit-il, " et je me demandai à moimême : ' Après tout, la doctrine de l'Eglise Catholique serait-elle vraie?" Il semblerait que toute la suite des prophéties avec leur accomplissement incontestable dans la personne de Jésus-Christ avait frappé son esprit d'un trait de lumière. Si les prophéties vous inspirent un sentiment de crainte, c'est votre faute.

Croyez, et les promesses de la foi, au lieu de vous épouvanter, deviendront pour vous un sujet de consolation.

La divinité de Jésus-Christ dérive évidemment non seulement des prophéties, mais aussi de son propre témoignage, coiilirmé d'ailleurs par sa vie, sa doctrine, ses miracles, et plus particulièrement par celui de sa résurrection. Toutes ces preuves se réunissent pour rendre la divinité de sa mission aussi claire que le soleil dans tout son éclat.

La divinité de sa mission se conclut de son propre térnoignage. Telles sont ses paroles : "La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable et Jésus- Christ que vous avez envoj^é."* La Samaritaine ayant dit à Jésus : " Je sais que le Messie qui est appelé Christ doit venir. Lors donc qu'il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Il lui répondit: C'est moi-même qui vous parle."f Jésus-Christ affirme qu'il est le Messie, le Fils de Dieu, celui qui est envoyé pour notre rédemption, et il l'affirme en présence de ses apôtres. " Jésus leur demanda : Et vous autres, que dites-vous que je suis ? Simon Pierre lui ayant répondu : Yous êtes le Christ,

* Jean xviî. 3. f Jean iv. 25, 26. '

Fils du Diea vivant." Loin de le nier, il le confirme dans sa foi : " Yous êtes bienheureux, Simon fils de Jean, car ce n'est point la chair ni le sang qui vous ont révélé ceci ; mais mon Père qui est dans le ciel. Et moi je vous dis : que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle."* Il faisait la même déclaration en public. Ayant demandé à l'homme qui était aveugle de naissance : *' Croyez-vous au Fils de Dieu ? il lui répondit : Qui est il, Seigneur, afin que je croie en lui? Jésus lui dit : Vous l'avez vu, c'est lui-même qui vous parle. Alors il répondit : Je crois, Seigneur, et se prosternant, il l'adora."f Jésus- Christ ne s'oppose point à cette adoration. II parlait de même devant ses ennemis : " En vérité, en vérité, je vous le dis: Je suis avant qu'Abraham fut au monde.":]: " Mon Père et moi nous sommes une même chose. "§ " Celui qui me voit, voit celui qui m'a envoyé."T[ A ces paroles de Jésus : Mon Père et moi nous sommes une même chose, les Juifs prirent des pierres pour le lapider. " Jésus leur dit : J'ai fait devant vous plusieurs bonnes œuvres par la pifissancede mon Père ; pour laquelle est-ce

* Matt. xvi. 15, 16. f Jean ix. 35 et Buiv. J Jean viii. 58 § Jean x. 30. ^ Jean xii. 45.

qne vous me lapidez? Les Jnifs lui répondirent : Ce n'est point pour aucune bonne œuvre que nous vous lapidons ; mais c'est à cause de votre blasphème, et parce qu'étant homme, vous vous faites passer pour Dieu. Jésus leur répondit : Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ; mais si je les fais, quand même vous ne voudriez pas me croire, croyez à mes œuvres, afin que vous connaissiez et que vous croyiez que le Père est en moi, et moi dans le Père."^

En réunissant toutes ces déclarations à l'histoire de Jésus-Christ, nous les trouvons confirmées par sa vie, sa doctrine, ses miracles, sa mort et sa résurrection.

1. YiE DE Jésus-Christ. — Jésus-Christ pouvait dire à ses ennemis : " Qui de vous m'accusera de péché ?"t et personne ne se présenta pour lui faire le moindre reproche. Parmi les hommes les plus hostiles au Christ, à peine s'en est-il trouvé un seul qui ait été assez hardi pour attaquer son caractère. Si quelques uns ont osé l'accuser, ils étaient du nombre de ces blasphémateurs déhontés qui n'ont pas craint d'outrager Dieu môme. Voltaire et Rousseau admi-

* Jean x. 30, 38. -j Jean viii. 46.

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raient l'ineffable grandeur des vertus de Jésus- Christ ; Rousseau ne fait pas difficulté d'avouer que si la mort de Socrate était celle d'un sage, la mort de Jésus-Christ était celle d'un Dieu.

Il est d'usage parmi les infidèles modernes de mettre Jésus-Christ au nombre des plus grands et des plus illustres philosophes produits par le genre humain ; et de l'appeler un héros sous le rapport de la vertu. En tenant ce langage, ils se mettent en contradiction avec eux-mêmes. Ou Jésus-Christ était ce qu'il se disait être, vrai Dieu et vrai homme, ou il n'était que le plus grand imposteur qui eut jamais paru dans le monde. Ils n'ont pas droit de l'appeler sage et vertueux. Si Jésus- Christ n'est pas le vrai Fils de Dieu, envoyé par le Père pour la rédemption des hommes, comme le remarque Lessing avec beaucoup de justesse, il a trompé les hommes plus grossièrement que Mahomet, et celui-ci lui est préférable. Mahomet se donnait uniquement comme un prophète, comme étant revêtu d'un pouvoir extraordinaire. Jésus-Christ disait hautement qu'il était Dieu, et souffrait les adorations qu'on lui rendait en cette qualité. Un homme qui s'appelle Dieu, permet qu'on l'adore, et précipite, pendant une longue suite de siècles, des millions d'hommes dans les hor-

reurs de l'idolâtrie, ne mérite pas qu'on lui donne le nom de sage et de vertueux. S'ima- [riner être Dieu est un acte de folie ; demander l'adoration sans aucun titre pour justifier cette demande, doit faire reconnaître l'homme coupable d'une semblable témérité, s'il conserve encore l'usage de la raison, comme le plus vil imposteur et le criminel le plus audacieux qu'il soit possible de concevoir. Il n'y a point ici de moyen terme: ou Jésus-Christ est véritablement Dieu, ou il est le plus méchant des hommes.

2. La Doctrine de Jésus-Christ est en harmonie avec la mission divine qu'il dit avoir reçue. "Jamais homme," disaient les Juifs, " n'a parlé comme cet homme."* Depuis cette époque, les siècles ont succédé aux siècles, et il est encore vrai de dire : Jamais homme n'a parlé comme cet homme. Lisez les Evangiles. Je ne les présente pas comme livres inspirés, mais simplement comme des mémoires historiques aussi digne de confiance que les plus fidèles annales du monde, anciennes ou modernes. La doctrine inculquée dans l'Evangile, simple abrégé de renseignement de

* Jean vH. 46.

Jésas-Christ, n'est-elle pas telle qu'on peut l'attendre d'un envoyé du ciel ? Les hommes n'étaient pas capables de l'inventer. Yous ne pouvez nommer un seul livre, à moins que ce qu'il contient ne soit tiré de l'Evangile, qui instruise avec tant d'autorité, et dont les instructions soient aussi pures et aussi saintes. Il n'en est aucun qui retienne mieux sa première fraîcheur, et l'empreinte d'une sainteté surhumaine. Plus on le lit, plus on veut le lire. La doctrine de l'Evangile porte la marque de son origine et le sceau de son divin auteur. n est toujour& nouveau, il est immuable comme Dieu dont il vient. Les autres ouvrages finissent par fatiguer, l'Evangile inspire constamment un nouvel intérêt. L'onction qui lui est propre fortifie l'âme, et la lumière qu'il répand brille avec l'éclat et le pureté du soleil.

3. Miracles de Jésus- Christ. — Un nombre infini de miracles confirment la mission divine et la doctrine de Jésus-Christ. Jésus pouvait dire aux disciples de St. Jean Baptiste : " Allez et rapportez à Jean ce que vous avez vu et ce que vous avez entendu : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent."*

* Matt. xi. 4, 5.

Le Christ en aj^pelle à ses miracles en présence de ses ennemis devant lesquels il les avait opérés. Incapables de les nier, ils n'entreprennent point de les révoquer en doute. Les princes des prêtres et les Pharisiens s'écriaient : " Que faisons nous ? cet homme opère beaucoup de miracles."* Ils parlaient ainsi à l'occasion de la résurrection de Lazare. Ils ne prétendaient pas que la mort de Lazare ne fut qu'apparente ; ils savaient qu'avant d'être ressuscité, il avait passé quatre jours dans le tombeau et que son corps était dans un état de décomposition. Le pouvoir de Jésus- Christ était si universellement reconnu que Joseph, historien Juif, l'appelle un homme puissant à opérer des miracles.

4. Les Prophéties de Jésus-Christ sont aussi authentiques que ses miracles. Entre autres événements, il prédit la ruine de Jérusalem, la propagation de l'Evangile, et la perpétuité de l'Eglise dont il était le fondateur.

5. Mort de Jésus-Christ. — Jésus-Christ, donna sa vie en témoignage de la divinité de sa mission. Il s'était déclaré Fils de Dieu, et il

* Jean xL 47.

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scella cette déclaration de son sang sur le mont Golgotha. Caïplie le grand prêtre lui dit : " Je vous commande par le Dieu vivant de nous dire si vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Je le suis. Mais je vous déclare que vous verrez un jour le Fils de l'homme assis à la droite de la majesté de Dieu, et venir sur les nuées du ciel. Alors le grand prêtre déchira ses vêtements en disant : qu'avons nous plus besoin de témoins? vous venez d'entendre le blasphème, qu'en jugezvous ? Ils répondirent : il mérite la mort."* On l'accuse devant Pilate de s'être appelé le Fils de Dieu. " Nous avons une loi, et selon notre loi, il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu."t C'était pour lui un devoir impérieux et de la plus haute importance d'expliquer le sens de ses paroles, si elles avaient été mal comprises. On l'adjure au nom du Dieu vivant ; il devait à la vérité et à la religion de parler clairement, car s'il n'était pas Dieu, il entraînait tous ses partisans dans l'idolâtrie. Au lieu de donner quelque explication, il persiste à répéter ce qa'il avait déjà dit, et donne une nouvelle force à ses paroles en faisent allusion au jugement dernier, et en déclarant qu'il

• Matth. xxvi. 03, 66. Marc xiv* 63. f Jean xix. 7.

paraîtrait Im-même dans les cieux pour juger le inonde. On savait généralement qu'il s'appelait Fils de Dieu ; lorsqu'il était attaclie à la croix, le peuple lui disait par dérision : " Si tu es le Fils de Dieu, descend de la croix."* Le centurion et les soldats qui le gardaient ayant vu l'obscurcissement du soleil et senti le tremblement de terre, s'écrièrent : " Cet homme était vraiement le Fils de Dieu."f

6. La Késukkection. — Le fait de la résurrection démontre irrésistiblement la divinité de la mission de Jésus-Christ. Ce furent les gardes placés autour de son tombeau qui annoncèrent les premiers cet événement inoui à Jérusalem. Quand St. Pierre le publia pour la première fois, le jour de la Pentecôte, plusieurs milliers d'hommes devinrent Chrétiens ; les Actes des Apôtres attestent que p'armi eux se trouvaient un grand nombre de prêtres Juifs. C'était surtout parmi ces derniers qu'étaient les ennemis les plus acharnés de Jésus- Christ ; or jamais ils ne se seraient mis au nombre de ses disciples, si le fait de la résurrection eut pu être l'objet du moindre doute. Ce miracle fut le principal argument qui con-

* Matt. xxvii. 40. f Matt. xxvii. 54.

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