‹ Catholicisme, protestantisme et infidélité [microforme]Chapitre 26 sur 80 · VÉRITABLE RÈGLE DE FOI · texte numérisé non relu

VÉRITABLE RÈGLE DE FOI

La discussion présente roule sur cette simple question. Quel est le motif réel allégné par les Protestants pour autoriser leur séparation de l’Eglise Mère. Ils répondent: Dans le cinquième ou le sixième siècle, l’église catho-

lique devint la proie de l’erreur ; -par les innovations et les abus qu’elle introduisit ou qu’elle toléra, elle perdit sa forme primitive, et dès lors elle cessa d’être la véritable église. Cette assertion mérite d’être considérée avec soin, car elle établit ou renverse à jamais le protestantisme. La question n’est pas de savoir si Tetzel et Léon X. étaient bons où mauvais catholiques; elle s'adresse directement à l'Eglise. L'Eglise Catholique qui sans contrédit est la première dans l’ordre des temps, et celle qui a été établie par J ésus-Christ, a-t-elle changé, oui ou non? Là est toute la question,

À-t-elle changé? Peu importe à quelle époque, était-elle capable de changement? Les auteurs du protestantisme ont entrepris de réformer l'Eglise, comme Eglise, c’est à dire, comme formant un corps, une société, autrement ils n’auraient pu prétendre au droit de se séparer d'elle. C’est donc, dans leur pensée, en tant qu’elle est Eglise, qu’elle à cessé d’être celle de Jésus-Christ.

A cette supposition fondamentale, le plus ferme appui du protestantisme, j’oppose l’assertion suivante: Tant que la raison restera raison, et que Jésus-Christ sera Jésns-Christ, il ne peut y avoir aucune altération possible dans une Eglise divinement constituée, et conséquemment il ne peut y avoir ni aucun besoin de la réformer, ni aucun motif de s’en séparer.

Je dis que tant que la raison restera raison, il ne peut y avoir aucune altération possible dans une église divinement constituée, et que la seule pensée de reformer une pareille église est la plus grande absurdité qui puisse entrer dans l’esprit humain. L’évidence du principe suivant fourni per la raison le prouve irrésistiblemer+ Zout ce que Dieu a ordonné pour une certaine fin doit exister aussi longtemps que la fin subsiste, et personne, homme, ange,

ou démon, ne peut y @pporter aucun changel ment.

Un exemple mettra ceci dans tout son jour.

Dans le monde visible Dieu a établi des lois, des forces naturelles pour la conservation des êtres; ni les hommes, ni les anges, ni les démons ne sauraient les altérer. L’homme peut user ou abuser des forces de la nature ; mais il ne peut ni les changer ni les réformer. Que penseriez-vous de Luther et des autres réformateurs, s'ils avaient entrepris de réformer le soleil, la lune, les étoiles, tout l’ensemble de la nature? Penser à réformer le système du monde serait tout simplement un acte de démence. Vouloir réformer une Eglise divinement établie renferme un dégré de folie et d’absurdité infiniment plus grand.

L'Eglise est un monde spirituel, un univers formé par la puissance, la miséricorde, et la

grâce de Dieu. Or, ce monde spirituel est d’un ordre incomparablement plus élevé que le monde matériel et visible : il doit d’ailleurs être plus fortement constitué et beaucoup moins sujet au changement, par la raison qu’il est fait pour l'éternité. : “ Le ciel et la terre passeront,” dit Jésus-Christ, “mais mes pa- ‘roles ne passeront pas.”* Et encore: “Je

* Matt. xxiv. 85.

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vous le dis, vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle.”* Je n’examine pas ici ce qu’il faut entendre par cette pierre, et qui est Pierre ; je veux seulement fixer votre attention sur les paroles de notre Sauveur prononcées d’un ton si solennel et si positif, et par lesquelles il donne l’assurance que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle.

Cette réflection me conduit à la seconde partie de ma proposition: Tant que Jésus- Christ sera Jésus-Christ, le fils de Dieu fait homme, Eglise ne peut subir de changement, parce qu’elle est divine, et que suivant la promesse qui lui a été faite, elle doit être toujours la même jusqu’à la fin des temps. La lecture de l’Ecriture sainte doit vous faite connaître que Dieu, pendant une longue suite de siècles, avait déclaré par ses prophètes que le royaume de Jésus-Christ, son Eglise, serait éternel, et à l’abri de tont changement. L'ange qui annonça l’Incarnation fait allusion à cet admirable privilège : Il régnera pour toujours dans la maison de Jacob, ‘et son royaume n’aura point de fin” Maïs je me

* Matth. xvi. 18. + Luk, i 82, 38.

renferme dans les paroles de la promesse citées plus haut. Cette promesse est si claire et si directe qu’il est impossible de ne pas en comprendre la signification : “ Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle” Quand le Fils de Dieu affirme avec tant de solennité que l'Eglise ne changera jamais, comment un chrétien peut-il avoir la hardiesse de dire qu’elle a changé? Si elle a changé, le Christ n’est plus le Christ. Il n’a pas dit la vérité et ne peut-être le Fils de Dieu. Il n’a pas établi d'église, et cette église n’est point divine dans son origine. Que les hommes soient chrétiens ou payens, peu importe. Il n’y a aucune différence essentielle entre les Protestants et les Catholiques, les uns et les autres ont été trompés.

Je voudrais que chacun de vous put réfléchir sur cette preuve avec la même attention et le même résultat que le fit un Anglais, il y a quelques années dans l’église de S. Pierre de Rome. Il était profondément convaincu desa croyance à laquelle il tenait avec une sorte d’opiniatreté. Comme plusieurs de ses compatriotes, il avait été conduit à Rome par un simple mouvement de curiosité. On y célébrait alors la fête de $S. Pierre et de $. Paul. Le Pape Pie VII. devait chanter la messe

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solennelle. Pendant que le souverain Pontife était, suivant l’usage, porté dans l’église, le chœur chantait l’ancienne“ Tu es Petrus— Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle” Lorsque l'Anglais entendit ces derniers paroles : Æ% portæ inferi non prævalebunt—les portes de l’enfer ne prévaudront pas,” il se dit en lui-même: “ Prævaluerunt—elles ont prévalu.” Le chœur ayant répété avec un accent plus marqué, Non prævalebunt,” il répéta de même “ prævaluerunt—elles ont prévalu.” Cependant comme s’il eut été frappé de la solennité du chant, ou qu’une harmonie céleste eut retenti subitement à ses oreilles, il s’arrêta pour réfléchir. Une lumière soudaine avait brillé à ses yeux, la grâce l’éclairait intérieurement ; un seul moment lui avait suffi pour comprendre toute la portée des promesses de Jésus-Christ. Pendant quelque temps il fut absorbé dans ses réflexions, puis tout à coup frappant de sa Canne la dalle sur laquelle il se trouvait, il s’écria à haute voix et d’un ton parfaitement accentué : “ Von prœvalebunt—elles ne prévaudront pas.” En sortant de l’église il était Catholique.

Un théologien imbu des erreurs .de Fébro-

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nius, et qui était employé par le fameux Joseph II. empereur d'Autriche, ayant un jour entendu lire ces paroles à la messe, en fut si vivement impressionné qu’il tomba en défaillance. La pensée du crime qu’il commettait en aidant l’empereur dans ses attaques contre les droits de l'Eglise l'avait saisi d'horreur. Il comprenait que, malgré ses criminels efforts, l'Eglise ne cesserait jamais d’être ce qu’elle était, et que le Pape en serait toujours le chef.

Si la promesse faite à St. Pierre par Jésus- Christ même eut frappé vos oreilles, n’auriez: vous pas eu la conviction profonde qu’elle s’accomplirait infailliblement ? Cette promesse est actuellement ce qu’elle était à cette époque. Si Jésus-Christ est Jésus-Christ, sa promesse est divine; elle sera vraie jusqu’à la fin du monde ; toujours elle impliquera l’infaillibilité de l'Eglise, et jamais aucun être, fut-il homme, ange, ou démon, n’aura le pouvoir ni de la changer ni de la corrompre. Admettons, si vous le voulez, que toutes les calomnies inventées contre les papes, les évêques et les prêtres sont fondées en raison, vous ne pourriez pas en extraire l'apparence même d’une preuve au détriment de l’Eglise. Supposons encore que tous les papes, les évêques, les prêtres, ont été jusqu’à présent autant de Judas, de Caïphe, de

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Pilate, d'Hérode, de démons incarnés, unis étroitement pour former un assemblage monstreux de perversité, ni aucun d’eux en particulier, ni tous ensemble n’auraient pu altérer la pureté de l'Eglise, parce que Jésus-Christ l’a établie non pas pour eux seuls, mais pour le salut des hommes de tous les siècles. L'Eglise n’est pas plus que le monde le résultat d’un pouvoir humain; par conséquent toute puissance humaine est aussi faible pour corrompre l'une que pour détruire l’autre. A la vérité les hommes sont libres d’user ou d’abuser des grâees confiées à l’Eglise par son divin Fondateur ; mais l’altérer elle-même avec les moyens de salut dont elle est dépositaire est aussi peu en leur pouvoir que de donner une nouvelle direction aux astres. “Avant de changer l'Eglise,” disait au quatrième siècle St. Jean Chrysostôme, “ changez le soleil, la lune, et les étoiles. Il vous serait plus facile d’éteindre la lumière du soleil que d’affaiblir l'Eglise.” De tout ceci je tire cette conséquence:

La première Eglise est la véritable Eglise, autrement à n'y en aurait aucune d'institution divine. Comprenez-vous la force de cette conséquence ? Quiconque ne s’arrète point pour y réflechir témoigne fort peu de zèle dans la recherche de la vérité. En effet, ou il ne

reconnait pas Jésus-Christ comme Fils de Dieu et Fondateur d’une Eglise divine, ou bien encore il n’a pas le pouvoir ou la volonté de faire un légitime usage de sa raison. Celui qui croit à la divinité de Jésus-Christ et consulte de bonne foi la lumière intérieure qui l’éclaire trouvera dans cette preuve toute la clarté de l'évidence, L’Eglise Catholique, étant la première dans l’ordre des temps, et ayant été fondée par Jésus-Christ, est, et doit être seule la véritable Eglise.

Dans la discussion qui nous occupe, ce principe est à la raison ce que le soleil est à Punivers. Si un homme, après avoir fermé les yeux, se plaint d’être plongé dans les ténèbres, vous n’aurez point recours aux raisonnements de l’astronomie pour lui démontrer l'existence du soleil et des étoiles. Appliquez la réponse que vous lui feriez au sujet si important que nous traitons : l’Eglise Catholique est-elle la véritable église, et les réformateurs avaient-ils le droit de se séparer d'elle? Or je dis que la solution de ce doute dépend de cette autre question: L'Eglise Catholique est-elle la seule église chrétienne qui remonte jusqu’à Jésus-Christ? Si l’on répond affirmativement, toute incertitude s’évanouit ; l’Eglise Catholique est la véritable Eglise, l'Eglise divine et

inalteraïle ; d’où il suit qu’il n’est jamais permis de se réparer d’elle, parce que les promesses de Jésus-Christ sont invariabless Si quelqu'un n’écoute pas l'Eglise, je veux dire l'Eglise qu’Il a établie, “qu’il soit regardé comme un payen et un publicain.’* Tout ce qu’elle enseigne doit être la vérité même, autrement elle serait susceptible de changement, ce que Jésus-Christ déclare être impossible. “Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle.”

Tout Protestant raisonnable doit sentir la force irrésistible de cet argument, S'il ne devient pas Catholique, la raison doit en être cherchée, bien moins dans son esprit que dans son cœur. U auteur de nor jours, Gfroerer, en convient franchement dans son ‘ Essai Critique sur le Christianisn.e Ancien.” Il s’exprime ainsi : “ Le principe une fois admis que le Christ est le Fils de Dieu, et que son église est divine, et je ne pense pas qu'aucun Protestant ami de la vérité puisse le révoquer en doute, la foi de l’Eglise est appuyée sur des preuves aussi concluantes que les démonstrations d’Euclide. Tout ce qu’elle enseigne comme article de foi se prouve par ce principe.t Rousseau parle avec la même fran-

* Matt. xviii. 17. + Vol. i., Préface ; pp. 15-17.

chise : “ Qu’on me prouve, qu’en matière de foi, je suis obligé de me soumettre aux décisions de qnelqu’un, dès demain je me fais Catholique, et tout homme conséquent et vrai fera comme moi.”*

Rousseau a raison de dire : fout homme. Du reste, la preuve qu’il demande se réduit à une question de fait et rentre dans le domaine de l’histoire: Qu’elle est la plus ancienne, ou plutôt, qu’elle est la première Eglise fondée par le Fils de Dieu, Jésus-Christ mème Laissez moi faire une supposition.

Un homme meurt in 1862. Il laisse un fils unique né en 1830, auquel il lègue toute sa fortune. La nom, le lieu de naissance, et l’âge de l’enfant sont indiqués dans le testament avec la dernière exactitude. Deux autres se présentent, et chacun deux se dit fils et légataire universel du défunt. L'affaire est portée devant les tribunaux. Comme il est clairement prouvé que le défunt n'avait qu’un fils, l'unique devoir du juge est de constater le lieu de naissance, l’âge et le nom de ceux qui se portent pour la succession. Il en interroge deux et, par leurs réponses, il découvre que l’un est agé de quinze ans et l’autre de vingt,

# Rousseau, Lettre de la Montagne, IL

FONDEMENT DU PROTKS1ANTISME. 139

et que le lieu de leur naissance et leur nom diffèrent de ceux qui sont mentionnés dans le testament. Le troisième prouve, par des pièces authentiques et le témoignage de tout le voisinage, que son nom, son age, et le lieu de sa naissance sont parfaitement conformes aux indications données. Nul autre prétendant ne se présente. Le cas est si clair qu’un enfant de dix ans pourrait le décider, et qu’il est même ridicule d’en appeler aux interprètes de la loi. Le véritable fils doit avoir trente deux ans ; les deux autres sont tout simplement des imposteurs.

L'application de cette espèce de parabole à l'Eglise est facile. Prenons pour juge un infidèle, un Turc, par exemple. Trois grandes familles chrétiennes paraissent devant lui, l Catholiques, les Protestants, les Orientaux &v Grecs schismatiques ; il doit faire connaître à laquelle appartient réclloment le nom de chrétien.

Le Turc interroge chacun des trois prétendants. “Croyez-vous sincèrement que le Christ était vraiment Fils de Dieu et que sa parole était infaillible?” Tous répondent : “ Nous le croyons sincèrement.” “Croyez-vous que le Christ a dit: ‘ Mon Eglise ne faillira jar:ais, ou les portes de l'enfer ne prévaudront pas

contre elle?” “ Nous le croyons.” “ Croyezvous que les apôtres du Christ donnèrent à son Eglise le nom de Catholique?” “Nous le croyons.” “À quelle époque le Christ a-t-il fait cette promesse, établi son Eglise et envoyé ses apôtres précher sa doctrine? “Il y a dixhuit cents ans.”

Maintenant, dites moi, vous Protestants, depuis quel temps existez-vous?” ‘ Depuis trois cents ans.” % Mais si quatre cents ans avant celui où nous vivons, un homme avait voulu devenir Protestant, à qui aurait-il dû s'adresser ?”’ “Le protestantisme n'existait pas encore.” “Quels étaient vos ancêtres sous le rapport de la croyance pendant quinze cents ans?” “Ils étaient Catholiques.” —" Dites moi, vous schismatiques Grecs et Orientaux, depuis quelle époque existez-vous ?” ‘ Depuis huit cents ans.” “Comment vous appelez-vous ?” “ Orthodoxes.” “ Quelle religion professaient vos ancètres pendant mille ans ?” “Ils étaient Catholiques.”

“ Et vous, Catholiques, depuis quand existezvous ?” “ Depuis dix-huit cents ans.” “Quel est le lieu de votre naissance ?” “ Jérusalem.” “ Qui vous a donné le nom de Catholiques ?” “ Les apôtres.” ‘Vous donne-t-on encore ce nom Ÿ” “Tout le monde nous appelle Catho-

liques depuis dix-huit cents ans.” ‘“ Comment prouvez-vous votre âge et votre nom?” “Par l'histoire universelle, par le témoignage de toutes les générations, de toutes les races d'hommes qui ont paru sur la terre depuis cet espace de temps, et surtout par la suite non interrompue des successeurs de St. Pierre, — Pie IX., Grégoire XVI, Pie VIIL., Léon XIL.

Pie VIL, Pie VL., Clément XIV., et ainsi de suite en remontant jusqu'aux Papes Clément, Lin et Pierre.”

La décision du Turc ne peut être douteuse.

S'il est vrai que Jésus-Christ n’a institué qu’une seule Eglise, et que cette Eglise compte dix-huit cents ans d'existence ; si, de plus, il est vrai que les Catholiques seuls, à l’exclusion de toutes les sectes chrétiennes, prouvent qu’ils existent depuis dix-huit cents ans, et qu'ils portent le nom de Catholiques donné à l’Eglise par les apôtres; s'ils sont enfin les seuls à établir la vérité du nom et de l’âge requis, quelle sera la sentence du juge ?—“ Les Catholiques sont les seuls qui forment le corps des vrais chrétiens.”

Suivant une anecdote bien connue, un Juif donna une semblable réponse. Un Protestant et un Catholique lui ayant adressé cette question: “Quel est celui de nous que vous con-

sidérez comme membre de la véritable Eglise ?” il répondit: “ Si le Christ n’est pas le Messie, c’est à nous, Juifs, que ce titre appartient exclusivement. Si le Christ est le Messie, il appartient au Catholique. Quant à vous, Protestants, vous ne pouvez jamais être membres de la véritable Eglise, vous êtes venus trop tard pour cela.”

Il y à quelques années étant a Cincinnati, une dame méthodiste dont la fille était, depuis peu de temps, devenue Catholique, m’exprima le désir de visiter l'Eglise de Ste. Philomène. Les murs et toute la partie supérieure de cette église étaient décorés de peintures. Cette dame, après avoir considéré un tableau représentant la Ste. Vierge, me dit : “Nous, Méthodistes, nous n’adorons pas la Vierge Marie.” & Ni nous, non plus ; mais ayez la bonté de me le dire: Croyez-vous que la Vierge Marie fut Méthodiste?” “ Non, en vérité, je ne le crois pas.” “Fort bien; pour moi je ne voudrais pas appartenir à une religion qui n'aurait point été professée par la Mère de Jésus- Christ.”

Le Dr. Pusey et les Puséistes ont, de notre temps, senti toute la force de l’axiôme: La première église est la véritable Eglise, ou il n’en existe aucune, Aussi s’appellent-ils Ca-

tholiques Anglais. Mais il est un vérité admise dans notre siècle, comme elle l'était dans celui de St. Augustin. Que les hérétiques le veuillent ou ne le veuillent pas, tout lé monde s'accorde à donner le nom de Catholique à la seule Eglise Romaine, et à le refuser à toute autre secte, lors même qu’elle prétendrait à ce titre.

Je fis cette expérience en Amérique. Me trouvant, en 1852, à Manytowak, dans l’état de Wisconsin, en face d’une vaste église, remarquable par l'élégance de sa structure, et dont le clocher était surmonté d’un très belle croix, je dis à un avocat Américain : “ Je suis étonné d. “air ici une aussi grande église catholique ; ; a-t-il donc dans cette ville un si grand nombre de Catholiques?” “ Vous vous trompez”’ me repondit-il, “c’est une église Puséiste. Les Puséistes s'appellent Catholiques. Dernièrement le pasteur de cette église vint me voir et me dit: ‘ Et nous aussi nous sommes Catholiques, non pas Catholiques Romains, mais (Catholiques Anglais” Je lui répondis : “ Vous n’êtes point des Catholiques de bon aloi, vous n’en êtes qu’une contrefaçon.” La remarque de l’avocat était certainement très àpropos.

L'année dernière, à Philadelphie, j'apperçns

une église qui supportait une belle croix, et je demandai si c'était une église catholique. On me répondit négativement, mais on ajouta:

“Ceux aui la fréquentent s'appellent Catholiques Apostoliques.” ‘Comment Catholiques Apostoliques—qu’est-ce que cela veut dire? S'ils peuvent me prouver qu'ils ont droit à ce titre, dès aujourd’hui j'irai me joindre à eux. Mais jamais ils ne pourront me donner cette preuve. L'Histoire le montre trop clairement ; l'Eglise Romaine vient seule des apôtres. Seule elle nous fait voir, dans la personne du Pape, le successeur de St. Pierre, seule aussi elle est la véritable Eglise Catholique, et comme seule elle est en possession de cette prérogative, on peut aisement la distinguer de toutes les autres églises, en la soumettant simplement à l’épreuve indiquée par St. Ambroise: “Là où est Pierre, là est l'Eglise.”

Montrez-moi que St. Pierre et ses premiers successeurs étaient Protestants ; que les Catholiques Anglais du quatrième ou du cinquième siècle étaient nés de parents protestants ; que l’Angleterre a été protestante pendant quinze cents ans, et que le premier Catholique qui s’y montra était un apostat venu du protestantisme, et sur le champ je me fais Protes-

tant. Pouvez-vous me le prouver? Vous ne le pouvez pas, quand même vous disputeriez pendant toute une éternité. Si d’un autre côté, il est aussi clair que la lumière du jour, que l’Angleterre a été Catholique pendant quinze cents ans ; que le premier Protestant sur la terre était un moine apostat qui, en sa qualité de prêtre catholique, avait pendant plusieurs années dit la messe, confessé et administré les sacrements ; s’il est vrai que son plus puissant imitateur en Angleterre était un roi apostat du catholicisme, et que les Protestants de cette époque étaient tous nés de parents catholiques, je le déclare hautement : vivant ou mort, je veux rester ce que je suis-—Catholique.

J’en suis convaincu ; si vous croyez en Jésus- Christ et à ses promesses, il vous est impossible de ne pas sentir la force irrésistible de cet argument : L'Eglise Catholique est la véritable Eglise, parce qu’elle est la première en date ; le protestantisme au contraire n’est qu’une contrefaçon du christianisme, parce qu’il n’a pas été établi par Jésus-Christ, et qu’il ne descend pas des apôtres. Qu'est il ? que sera-t-il toujours ? que peut-il être? Rien autre chose qu’une déviation de la vérité, qu’une innovation introduite par un moine apostat et sensuel, par un

roi despote et adultère.

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RENNES \ ES l E |

On demandait un jour à un Catholique qui demeurait dans un contrée protestante, s’il ne craignait pas d’être enterré dans un cimetière protestant. “ Nullement,” repondit-il. “ Ayez soin seulement de creuser à quelques pieds de plus de profondeur, et vous ne trouverez que des ossements catholiques.” Américains, allez en Angleterre d’où vous tirez votre origine ; creusez les cimetières des églises, et sous la poussière des nouvelles générations protestantes, vous trouverez les restes de vos ancêtres catholiques. Les yeux fixés sur ces tombeaux, | sous l’impression vive et profonde que la pensée de la mort et de l'éternité produit sur un homme dont le cœur se nourrit d’immortelles espérances, réfléchissez encore sur tout ce qu’il y a de concluant et de décisif dans cette proposition : l'Eglise Catholique, étant la première Eglise, doit être la véritable ; autrement nulle église chrétienne ne serait divine dans son origine.

Si vous refusez d’être Catholiques, il faut que vous deveniez infidèles, afin d’avoir au moins l'apparence d’être conséquents avec vousmêmes, car, comme je le prouverai plus tard, linfidélité ne peut nous offrir que des apparences et des ombres. Maïs vous n’obtiendrez pas mème ce faible résultat si, déterminés à

être chrétiens et à croire ce que vous avez cru jusqu’à présent que le Christ est le Christ, vous persistez à nier la vérité de l'Eglise Catholique. À la lumière de la révélation, de l’histoire et de la raison, le protestantisme parait, dès le premier pas, de la manière la plus manifeste et la plus complète, être un ensemble de contradictions et d’inconséquences.

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