‹ Catholicisme, protestantisme et infidélité [microforme]Chapitre 42 sur 80 · LES SAINTS · texte numérisé non relu

LES SAINTS

Dès votre premier enfance, on a fait retentir ' à vos oreilles ces paroles: Les Catholiques : adorent les Saints et les Images. Cette asser-

* Voy. le passage cité plus haut.

tion est calomnieuse et complètement dénuée de vérité. Interrogez le premier enfant catholique que vous rencontrez ; il vous répondra que nous n'adorons que Dieu seul. Voici, en peu de mots, un aperçu de notre doctrine.

Nous honorons les Saints de la même manière que nous honorons les hommes vivants distingués par leurs vertus; c’est à cause de leurs vertus que nous les révérons. Sans doute l’honneur que nous leurs rendons est plus grand que celui que nous témoignons aux hommes vivants ; mais il est de la même nature. Fil est plus grand, c’est uniquement parce que les saints ont persévéré dans la vertu et sont en possession de leur récompense. Dès les premiers siècles de l'Eglise, St. Augustin expliquait cette doctrine absolument comme nous l'expliquons nous mêmes. Parmi plusieurs autres passages se trouve le suivant, dans le vingtième livre de son ouvrage contre Fauste le Manichéen : “ Nous rendons aux martyrs un honneur de charité et de fraternité pareil à celui que nous rendons aux fidèles serviteurs de Dieu, vivant encore sur la terre, et dont nous trouvons les cœurs disposés à supporter les mêmes souffrances en témoignage de la vérité évangélique. Mais nous les honorons avec une dévotion plus grande, parce qu’ils

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sont plus en sureté et qu’ils ont remporté la victoire dans le combat. Quant à cette espèce de culte que nous appelons, adoration, nous ne l’employons, et nous ne le recommandons qu’à l’égard de Dieu seul ’* Cette doctrine renferme-t-elle quelque chose de blâmable? Nous demandons aux Saints d’intercéder pour nous auprès de Dieu ; mais ne demandez-vous pas sur la terre, les uns des autres, une réciprocité de prières? Les Apôtres ne demandaient-ils pas aux fidèles de prier pour eux? Pourquoi donc ne pas avoir recours aux Saints qui dans le ciel sont beaucoup plus rapprochés de Dieu? Il y a plusieurs siècles que St. Jérome répondait brièvement à vos objections dans son petit traité contre Vigilance : “ Si les Apôtres et les Martyrs pouvaient prier pour les autres, lorsqu'ils étaient vivant dans un corps de chair, quoique alors ils fussent obligés de s'occuper d'eux mêmes, à combien plus forte raison peuvent-ils le faire après avoir gagné la couronne, et remporté les honneurs du triomphe. Ont-ils moins de pouvoir depuis qu’ils ont commencé à être avec Jésus-Christ ?

On vous a dit que l’intercession des Saints

* St. Aug. contre Faust. Manich, L xx. n, xxi.

serait une injure faite à Jésus-Christ. C’est tout le contraire qu’il faut croire. Nous honorons les Saints pour l’amour de Jésus-Christ par la grâce duquel ils se sont sanctifiés ; nous demandons leurs prières en vue des mérites de Jésus-Christ par lequel ils intercèdent pour nous et dont les mérites seuls peuvent rendre leur intercession efficace. ‘Nous honorons les serviteurs,” dit St. Augustin dans une lettre à Riparius, “ afin que l’honneur retourne à notre Seigneur.”

Ce lien d’un mutuel et saint amour, par lequel Jésus-Christ a uni les membres de son Eglise, devient pour nous un puissant motif de sanctification, car la vénération et l’intercession des Saints nous rappellent constamment les exemples heroïques de sainteté qu’ils nous ont donnés et nous excitent à la pratique de la vertu. .

Jetez les yeux sur une famille bien réglée.

Des enfants toujours disposés à demander à leurs parents ce qui peut être agréable aux autres, ne vous offrent-ils pas une preuve touchante d’affection mutuelle? Ne préférezvous pas des enfants de ce caractère à celui qui dirait avec dureté à son frère: “ Va toi-même, et demande ce que tu désires.” Pères et mères, vous qui pouvez mieux que tout autre

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apprécier ce qu’il y a de tendresse, d'ardeur, de délicatesse dans l'amour des enfants, je vous laisse je soin de faire l'application de ma supposition. Dans l’intercession des Saints, l'Eglise n’enseigne rien autre chose que ce que vous remarquez journellement dans vos familles. Nous composons la famille de Dieu ; Jésus-Christ est notre chef, le premier né de Dieu, notre frère ainé qui seul peut nous donner à tous, saints ou pécheurs, et à chacun de nous en particulier, accès auprès de la miséricorde divine. Vous pouvez, si vous le désirez, adresser directement vos prières à Jésus-Christ, et par Jésus-Christ, à Dieu le Père. . Ce que l'Eglise enseigne, c’est que l’intrcession des Saints, lorsqu'elle est sagement comprise, et retenue dans de justes limites, est

légitime, digne de louanges et avantageuse.

Nous honorons les images des saints, et l’on vous a dit que nous les adorions. C’est ajouter la malignité à la calomnie. Noùs honorons les imagés des saints comme vous honorez les statues et les peintures qui représentent vos parents ou les bienfaiteurs d’une nation, du genre humain. La mesure du respect que nous leur rendons a été definie par toute l'Eglise dans le Septième Concile Général tenu à Nicée en 787. “ Le respect que nous ren-

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dons aux images,” dit le Concile, “se rapporte à l’objet qu’elles représentent. Nous n’adorons pas les Saints, non n’adorons pas non plus leurs images.”

Mais cette pratique n'est-elle pas contraire au premier commandement: “ Vous ne ferez pas d'image de sculpture ni de figures. Vous ne les adorerez ni ne les servirez point.” On vous l’a dit, et je suis étonné que l’on ait pu nous opposer ce texte. Cette manière d’agir prouve beaucoup de mauvaise foi, et une haine profonde de la vérité, du moins dans ceux qui les premiers y ont eu recours pour attaquer la vénération des images. Le texte même limite le sens dans lequel on doit le prendre. “ Vous ne les adorerez point, vous ne les servirez point.” Les Catholiques adorent-ils, servent ils les images? Ils ne le font pas. Autre chose est d’honorer les images, de les exposer dans nos maisons et dans nos églises, autre chose est de les adorer. Il vous est impossible de nous condamner, à moins que vous ne vouliez condamner Dieu mème, puisqne dans le temple il fit placer deux chérubins sur l'arche. Si ce texte doit s'entendre sans aucune restriction, alors il condamne la peinture et la sculpture. Les peintres et les sculpteurs sont idolâtres, et tous ceux qui retiennent dans leurs

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maisons la statue ou la portrait d’un parent, d’un ami, ne peuvent se soustraire à cette accusation. Ceci suffit pour prouver, qu’un grand nombre de Protestants ne sont pas sincères, lorsqu'ils nous accusent d’idolâtrie et fait paraître la malignité de leur calomnie dans tout son jour: Au reste cette accusation n’est pas nouvelle. Elle avait été déja faite par Vigilance qui dans les premiers siècles attaquait comme vous la vénération des images.

Vons pouvez voir dans la traité que St. Jérome lui adresse avec quelle indignation il le réfute.* Que dirait ce Saint Docteur, que diraient les premiers Pères, si, revenant sur la terre, ils entendaient répéter sans cesse cette odieuse imputation contre nous, malgré tous les ouvrages composés pour expliquer la doctrine catholique. L'école, la chaire, la presse, tout conspire pour perpétuer cette insigne calomnie. | Je demande à toute âme honnête et sincère s’il convient à un Chrétien, à la dignité d’un homme qui se respecte, d’inculquer de pareils mensonges dans l'esprit d’une jeunesse confiante, de les répéter continuellement devant une ignorante multitude, de les faire retentir,

* Voyez la lettre de:St, Jér. et son traité contre Vigil.

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en présence de Dieu, dans vos assemblées religieuses, et cela avec l’intime conviction que ce n’est qu’une calomnie? Si vous nous croyez dans l'erreur, attaquez-nous loyalement, réfutez ce que nous enseignons en réalité ; mais ne nous objectez pas une doctrine que nous condamnons et que nous détestons aussi cordialement que vous. :

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