ACTE II, TABLEAU III
curius, ouvrant la porte de la litière. Vous êtes libre, Fulvie.
FULVIE
Curius !
curius, donnant sa bourse aux porteurs.
Tenez, vous êtes maintenant de cinq cents sesterces plus riches que moi. {Les gladiateurs s'éloignent.)
FULVIE
Ah! c'est donc de vous que m'est venu cet empêchement de continuer ma route ?
CURIUS
Allez-vous me punir de n'avoir pu supporter la pensée que j'allais vous perdre?
FULVIE
Pensez-vous m'avoir retrouvée, parce que vous m'avez reprise?
CURIUS
Fulvie, écoutez-moi... Fulvie, de grâce...
FULVIE
Oh! par Vénus, je sais tout ce que vous allez me dire... vous m'aimez plus que jamais, n'est-ce pas? c'est tout simplo, je ne vous aime plus.
CURIUS
Mais pourquoi ne m'aimez-vous plus, Fulvie?
Vous faites là une sotte question, mon cher Curius. Ne savezvous pas que celles qui n'aiment plus ont toujours de bonnes raisons pour cesser d'aimer?
CURIUS
Mais enfin ces raisons exposez-les-moi, peut-être serai-je assez heureux pour les combattre.
FULVIE
Vous allez vous faire dire des choses désagréables , Curius. Prenez garde...
CURIUS
Mais peut-être , si vous ne parlez pas , allez-vous m'en faire penser de plus désagréables encore.
FULVIE
Bon! que penserez-vous? je suis curieuse de le savoir.
CURIUS
Eh bien, je penserai que le Curius, qui possédait quarante millions de sesterces, il y a six mois, n'eut pas reçu, il y a six mois, de Fulvie l'accueil qu'il en reçoit aujourd'hui qu'il est ruiné.
FULVIE
Bravo, Curius!
Comment bravo?
CURIUS
Eh bien, oui, vous avez deviné juste et je vous applaudis.
CURIUS
Vous avouez que c'est ma mine qui vous rend indifférente pour moi. Mais cette ruine que vous me reprochez, c'est vous qui en êtes la cause.
fulvie, se levant.
Ah! je m'attendais à cela. En vérité, Curius, on dirait que vous me prenez pour une courtisane grecque. Vous avez dépensé avec moi quarante millions de sesterces ; eh bien , moi , j'en ai dépensé trente millions avec vous; la différence n'est pas si grande, ce me semble. Vous êtes un Curius, je suis une Métella. Bref, vous m'avez aimée et vous me l'avez dit, j'ai eu du goût pour vous et je vous l'ai prouvé, nous sommes quittes. Maintenant vous voulez que moi, qui suis jeune, j'aille m'embarrasser d'un homme qui n'a rien. Vous voulez que vous, qui n'avez pas trente ans , qui portez un beau nom , et par conséquent, pouvez faire un riche mariage, j'aille vous embarrasser d*une femme ruinée? En vérité, mon cher, ce serait une double sottise. Je vous en laisse ma part.
curius.
J'emprunterai, Fulvie, et nous vivrons comme par le passé.
FULVIE
S'il y avait encore des prêteurs d'argent a Rome, mon cher Curius, je les eusse trouves aussi bien que vous. Mais voyons , avouez-le, vous savez bien qu'il n'y en a plus.
CURIUS
Eh bien, je me ferai homme politique. Je puis arriver a la préture comme un autre.
FULVIE
Et avec quoi ? c'est très-cher la préture.
Oh! vous êtes résolue, je le vois bien. Vous me remplacez déjà en pensée; et moi qui vous aimais malgré vos coquetteries, malgré vos caprices, malgré votre méchante réputation !
FULVIE
Prenez garde, Curius, vous ne parlez plus comme un patricien, mais comme un paysan ivre. Est-ce que je vous ai jamais rappelé votre procès avec le juif du forum ? Esl-ce que je tous ai reproché d'avoir été chassé du sénat? Est-ce que... Tenez, quit-