‹ CatilinaChapitre 35 sur 61 · ACTE III, SCKNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCKNE VI

G ATILINA.

Et moi , dans ce conseil qu'un traîlrc ainsi corrompt , Sénat, de nos malheurs j'accuse Cicéron.

CICÉRON

Juste ciel ! est-ce ainsi que de nous on abuse ?

Jusquesà quand, grands dieux , d'artifice et de ruse,

Catilina, cruel, vous ferez-vous un jeu ?

Je vous ai reproché Rome, l'état en feu.

Se réveillant au bruit des complots et des armes.

Qu'a fait Catilina depuis que mes alarmes

D'une utile terreur cherchaient à le frapper ?

A peine de ces lieux a-t-il pu s'échapper.

Qu'avec des factieux , rebut de la patrie ,

Il est allé de Rome ordonner l'incendie.

Sénateurs , vos regrets sont ici superflus ;

Déjà pour ses témoins il ne vous compte plus.

A d'impurs assassins vos dignités cédées.

Pour prix de votre sang, leur vont être accordées.

Yoilà de vos emplois les justes successeurs ,

Vos juges, vos consuls, vos sévères censeurs !

Vous l'entendez pourtant et gardez le silence ;

Démentez-vous encor ma prompte vigilance ?

Dites , Catilina , qu'avez-vous répondu ?

Si déjà votre cœur ne vous a confondu ,

Et n'aime mieux céder que tenter pour se rendre

Un inutile effort qui ne peut vous défendre.

Moi ! me justifier sur les moindres raisons,

Ou craindre un résultat qui flatte vos soupçons?

INon, je n'éclaircis point vos rigueurs implacables 5

Je le sais , à tout prix il vous faut des coupables.

Ce pouvoir absolu, qui veut s'autoriser,

A besoin d'ennemis pour nous tyranniser.

Depuis long-temps pour moi votre haine s'explique,

Et fut toujours fidèle à votre politique.

Je ne la blâme point, j'ai le prix de mes soins ,

Et de votre vertu je n'attendais pas moins.

Pour n'attendre de moi cju'une faveur semblable

A celle dont ici votre bonté m'accable ,

Vous excuserez-vous, vous-même, à votre tour,

Des étranges excès dont vous souillez ce jour,

Et que trop aisément, sur votre témoignage,

Je dénonce au sénat juge de cet outrage ?

Que vous reproche -t- on.!' C'est d égarer l'état,

Que trompent vos terreurs sur un faux attentat 9

De former de nos maux le sanglant édifice.

Pour hériter vous seul du fruit de l'artifice.

Déjà sur ce faux bruit , qui flatte votre espoir ,

L'Italie étonnée apprend votre pouvoir :

Vos obscurs lieutenans , parcourant la frontière,

Vont s'assurer des cœurs la foi toujours entière 5

Dans Rome, votre camp, des lieux les plus altiers.

Du haut de l'Aventin menace nos foyers.

Et qu'attendrait de plus Rome qui vous endure,

Du pouvoir de ses rois ou de la dictature ?

CICÉRON

Oui, j'ai trop abusé de mon autorité.

Et vos plaintes font foi de ma sévérité.

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