ACTE IV, SCENE ÎI
Ces ombres, ces flambeaux, la nuit qui t'environne, Tout à mes sens surpris, que ton audace étonne, N'annonce, je le vois, que quelque obscur dessein , Tel qu'en conçoit un lâche, un perfide assassin. Barbare 1 c'est donc toi dont l'infâme artifice De l'horreur de te voir fait ici mon supplice?
Après tes trahisons , perfide ! c'est donc toi Que le ciel pour ta perte amène ici vers moi ? Toi ! de qui la bassesse et la fureur trompée Courait vendre ma vie à la rage échappée; Trahissait nos projets 5 perdait, sans mon appui. Des plus sages conseils ce fruit long- temps mûri ? Toi qui nous sacrifie, et dans l'époux qui t'aime T'immole en nous perdant la moitié de toi-même, Et, sans examiner s'il se perd avec nous, Court plonger un poignard dans le sein d'un époux j T'immole Céthégus ?
TULHE.
Lui ! l'erreur qui l'égaré N'a rien qui l'associe aux destins d'un barbare. Va, ma haine avec toi ne le confondait pas, Et j'obtenais sa grâce en cherchant ton trépas.
GATILINA.
Non , rien ne peut forcer la nature à se taire , Dans des cœurs comme nous l'un à l'autre contraire. Toi donc qu'à tous mes pas ta rage ose opposer. Aux enfers, si tu veux, va, tu peux m'accuser^
Tu m'y précéderas! mais avant ton supplice. Des horreurs de ton sort permets que je jouisse. Ignore à quel destin ton père est réservé ! Ce que devient l'époux que tu t'es enlevé ! D'un plaisir imparfait, va, j'aurais à me plaindre, Si pour ses jours aussi je ne te voyais craindre.
TULLIE
Ah ! ce discours pour lui me fait trembler d'effroi ! Ne puis-je lui parler ? Barbare ! je le voi.
CATILINA , aux garde».
Qu'on l'entraîne !
TULLIE
A ses bras souffrir qu'on me ravisse ! Etes-vousdonc tous deux d'accord pourmon supplice?
CATILINA, aux gardes.
Allez, vous, qu'on l'immole ; et quand il sera temps, Suivez pour m'avertir mes ordres importaiis.