PREMIER GLADIATEUR
Parfaitement.
(Les deux gladiateurs se cachent, Lentulus se promène en guettant.)
lentulus, parlant à lui-même.
C'est un jeu dangereux que je joue,
C ATI LIN A I 8 I
Mais il faut que cela soit fini cette nuit.
Si cela réussit fort bien, Catilina mort,
Personne que moi ne pourra conduire ses troupes.
Par des promesses dorées, je les aurai tous ici.
Rapidement je marcherai sur Rome,
Où le Sénat, lent et peureux,
N'a pas encore songé à parer au danger.
(11 entre sous les arbres.) premier gladiateur, à voix basse, à son camarade.
Quel est cet inconnu
Auquel nous devons donner la mort?
SECOND GLADIATEUR
Peu nous importe, puisque Lentulus paye, A lui appartient la responsabilité.
lentulus, arrive très vite.
Tenez-vous prêts. Celui que nous attendons Va arriver.
(Lentulus et les gladiateurs se mettent en garde derrière les bosquets. Peu de temps après, Catilina sort de la forêt et s'avance vers la ter.te.)
lentulus, à voix basse.
Avancez, tuez-le, frappez par derrière.
(Tous trois se précipitent sur Catilina. Celui-ci tire ton épée et se défend.)
l82 CATIL1NA
Ah ! misérables ! Vous osez ?
'lentulus, aux gladiateurs.
Frappez donc !
catilina, ayant reconnu Lentulus. Toi, Lentulus, tu veux assassiner Catilina ?
premier gladiateur, terrifié.
C'est bien lui !
second gladiateur, en reculant.
Catilina ! Non, contre lui
Je n'userai pas de mon épée. Malheur !
Fuyons !
(Les gladiateurs se sauvent.) LENTULUS
Péris donc de ma main.
(Ils se battent, Catilina fait tomber à terre l'épée de Lentulus. Celui-ci veut se tuer, mais Catilina le retien/.)
Traître, assassin I
CATILINA lS3
lentulus suppliant.
Grâce, Catilina, grâce !
Sur ton front je lis tes projets :
Tu voulais m 'assassiner pour être le chef Et, à ma place, diriger nos amis.
N'est-ce pas que ce fut ton plan ?
LENTULUS
Oui, Catilina, ce fut ainsi.
catilina, le regardant avec un mépris dissimule'.
Eh bien ! qu'à cela ne tienne,
Si vraiment tu désires le pouvoir, prends-le.
LENTULUS
Explique-toi. Que veux-tu dire ?
Je renonce au pouvoir.
A ma place tu commanderas l'armée.
LENTULUS, étonne.
Tu le veux ?
C ATI LIN A
C'est entendu, mais alors tu dois tout savoir : Apprends donc que nous sommes trahis, Le Sénat connaît nos projets, Et l'armée romaine nous cerne.
LENTULUS
Tu dis ?
Maintenant je vais faire venir nos amis, Tu te présenteras à eux comme leur chef, Et moi je m'en irai.
lentulus, retenant Catilina.
Non, un moment, Catilina.
Ton temps est précieux, mon ami,
Avant l'aube tu peux t'attendre à être attaqué.
lentulus, peureusement.
Ami, écoute-moi :
C'est une plaisanterie, ce n'est pas possible...
Je te l'ai dit : nous sommes trahis ;
Il faut faire montre de toute ton intelligence, De tout ton savoir.
LENTULUS
Trahis ! Oh ! malheur à nous !
catilina, avec un sourire de mépris.
Misérable, lâche !
Tu trembles maintenant, et c'est toi
Qui voulais me supplanter ; tu t'imagines peut-être
Être digne d'être leur général ?
LENTULUS
Pard ne-moi, Catilina.
Cherche à sauver ta vie
En fuyant au plus vite si cela est encore possible.
LENTULUS
Ah ! lu me le permets ?
T'es-tu donc imaginé un seul instant
Que sérieusement je voulais quitter mon poste
Au moment du danger?
Tu méconnais mal alors.
l86 CATILINA
LENTULUS
Oh ! Catilina.
catilina, froidement.
Ne perds donc pas ton temps, Fuis ; moi, je saurai mourir.
(Il lui tourne le dos.) LENTULUS, à part.
Merci, mon cher, de cette excellente nouvelle,
Je vais l'utiliser en ma faveur.
Heureusement; je connais bien le pays,
Je vais trouver l'ennemi
Et par des sentiers cachés, je le conduirai ici,
Pour ta perte, Catilina, mais pour ma sauvegarde
Apprends-le, le serpent que tu foules
Dédaigneusement sou? ton pied
Possède encore son venin.
(Il sort.)
catilina, après une pause.
Voilà la fidélité sur laquelle je comptais !
L'un après l'autre, chacun me trahit, grands dieux !
Trahison, lâcheté, voilà
Ce que contiennent ces misérables âmes d'esclaves!
Insensé que je suis,
Je voulais détruire ce nid de serpents qu'est Rome.
Allons ! depuis longtemps Rome n'est qu'une ruine.
(On entend le bruit des anr.es. Catilina écoute.)
Les voilà. Parmi ceux-là du moins Sont des hommes courageux.
Comme j'aime le bruit de l'acier !
Combien joyeusement les boucliers résonnent les uns contre les
[autres !
Allons, ranimons-nous,
Le dénouement approche ! le suprême instant Qui fait taire tous les doutes.
Je te salue, grande heure décisive.