‹ Causeries avec mes élèves (volume 2)Chapitre 33 sur 51 · LE LIÈVRE ET I · texte numérisé non relu

LE LIÈVRE ET I

Les connaisseï-vous ? — Oui.

— Le lièïre est connu pour ta rapidité de sa course ; on dit ; il court comme un lièvre, et il court comme le vent. Lequel des deux court le plus vite? — Le vent, bien entendu. — Et la tortue comment courl-elle ? — E pas du tout, elle marche comme

— Elle est fameuse pour sa le

a des hommes qui sont de vérilables tortues ; ils n'ont ni jambes ni nerfs. Âvez-vous de bonnes jambes, mon garçon ? — Oui, je cours plus vite que la sœur de mademoiselle. — Bien sûr : les hommes l'emportent sur les femmes à la course, et les garçons sur les filles.

Qui s'imaginer^t que ce3deuxaniniaux,enpagent ensemble une lutte à la course ? Cela n'est-il pas absurde ? — C'est ridicule. — Cela a lieu cependant. Lequel des deux, pensezvous, porte le déii? — I.e lièvre évidemment, et il devrait en

être honteux. — Eh hien ! c'est la tortue qaî veut courir. N'est-elle pas folle? — Elle a perdu la tête. — Le lièvre partage votre opinion : ^ Ma commère, dit-il, il vous faut purger avec quatre grains d'ellébore." La tortue n'écoute pas ; elle veut courir à tout prix.

Le duel va s'engager. Vous pensez bien que le lièvre ne prit pas la chose au sérieux; il méprisait un pareil adversaire, et aurait été honteux de partir en même temps qu'elle. Je suis sûr que la tortue l'avait prévu, et qu'après tout elle n'était pas aussi bête que nous le croyions. De son côté, elle ne perd pas un moment, pas une seconde. Elle part, elle s'évertue, elle va sans cesse son train de sénateur, elle se hâte avec lenteur ; elle suit la maxime d'Auguste : ^^festina lenteJ' Et l'autre où est-t-il ? que fait-il ? Le voilà dans les trèfles jusqu'aux épaules, qui s'amuse, qui broute, et lève la tête pour écouter d'où vient le vent. Cependant à la fin, il voit que la tortue touche presque au bout de la carrière ; et alors il part comme un trait ; mais c'était trop tard !

La tortue remporta la victoire. C'était à son tour de rire. Avec quel bonheur elle adressa au vaincu les paroles suivantes : ^' Eh bien ! n'avais-je pas raison ? Et que serait-ce si vous portiez une maison ! "

Quelle leçon pour nous tous ! Rien ne sert de courir ; il ÙLUt partir à temps.

Lisons, mesdames. Je lirai d'abord seul; essayez de

comprendre sans suivre dans votre livre. Après, nous

lirons ensemble.

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point : Le lièyre et la tortue en sont un témoignage.

Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Silôt que moi ce but.— Sitôt ! êtes-vous sage ?

Kepartit ranimai léger:

Ma commère, il vous faut purger

Avec quatre grains d'ellébore.

— Sage ou non, je parie encore.

Ainsi fut fait ; et de tous deux

On mit près du but les enjeux.

Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,

Ni de quel juge l'on convint.

Notre lièvre n'avait qiie quatre pas ik faire ; J'entends de ceux qu'il fait lorsque, près d'être atteint. Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes.

Et leor &it arpenter les landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,

Pour dormir, et pour écouter D'oh vient le vent, il laisse la tortue

Aller son train de sénateur.

Elle part, elle s'évertue ;

Elle se hftte avec lenteur.

Lui cependant méprise une telle victoire.

Tient la gageure à peu de gloire

Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. Il broute, il se repose.

Il s'amuse à toute autre chose Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit Que l'autre touchait presqu'au bout de la carrièrtf, Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit Furent vains : la tortue arrfva la première.

Eh bien I lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?

De quoi vous sert votre vitesse ?

Moi l'emporter 1 et que serait-ce.

Si vous portiez une maison ?

Expliquez les mots suivants : gageons, enjeux, calendes, arpenter les landes, brouter,. carrière, trait

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