‹ Causeries avec mes élèves (volume 4)Chapitre 52 sur 56 · IHI LES LIVRES 1 LIRE · texte numérisé non relu

IHI LES LIVRES 1 LIRE

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Pilliili '' '^^^ collèges, whilst they provide us with libraries,

ilIBli furnish do professor of books ; and, I think, no chair is îil iP" so much wanted." Emerson.

Ayant de vous dire adieu, mes chers élèves, je veux vous donner pour vos lectures quelques conseils qui vous

guident dans l'avenir. C'est le plus aimé de mes sujets ; je pourrais vous y tenir un mois sans Tavoir épuisé. Cependant je serai très-bref: je vous ai signalé toute cette année les grands livres ; d'autre part, je vous renvoie à l'excellent chapitre de M. Emerson, Books, que vous connaissez. — J'ai lu cette étude, monsieur : êtes-vous d'accord avec l'auteur ? — Plus complètement que je ne l'aie jamais été avec personne sur ce point Je ne saurais vous dire le plaisir que j'ai eu de voir recommander par un tel homme les livres que j'ai toujours recommandés moi-même. Il y a un seul correctif à faire : M. Emerson est anglais dans sa littérature autant que je suis français dans la mienne ; mais il est grec aussi, et quand on se rencontre sur ce sommet, la différence d'opinion est toujours assez légère.

Quelles sont les différences ?

Il est trop long de les toucher en ce moment ; j'en parlerai dans une de mes Conférences de l'hiver prochain. Vous savez bien que nous sommes toujours de notre pays. Sans doute M. Emerson, comme tous les hommes de génie, comprend mieux que nous l'humanité en général ; il est très-anglais cependant, même en Grèce.

Commençons notre liste par les Grecs. Us sont les premiers et les maîtres. " Lisez les Grecs, dit Goethe, lea Grecs, toujours les Grecs ! "

Lisez donc :

Homère.

Hérodote.

Eschyle.

Platon.

Plutarque.

Je vous recommande toutes les lignes de M. Emerson

Bur ces cinq auteurs. H est inutile que j'y ajoute rien. Ce qu'il dit de Prométhêe m'a frappé; j'ai préféré cette tragédie à tout le théâtre grec, dès les bancs de l'université, et elle m'a conduit, je pense, à une admiration enthousiaste pour le Satan de Mil ton, ce Cromwell sublime du royaume du ciel.

Tenez bonne note des Dialogues de Platon que l'auteur signale, mais commencez par le " Phédon " qui est le plus gi-and ; et ajoutez à sa liste le " Premier Hippias " sur la Beauté. Voilà déjà une omission anglaise.

Nommons avec les cinq auteurs :

Sophocle.

Comment M. Emerson a-t-il pu ne pas le citer ? C'est encore une lacune anglaise, mais inexplicable pour un adorateur de Platon. Lisez au moins les trois tragédies sur Œdipe, et commencez par Œdipe-roi, Vous ne connaîtrez jamais bien la beauté grecque sans cette lecture.

Et Aristophane, monsieur ?

Je ne nommerai pas tous les grands livres, madame, mais seulement ceux que je vous recommande de lire. Par conséquent ma liste ne sera pas une liste complète des génies ; j'en passerai, et des plus grands. Ce ne sera pas oubli, mais réflexion et intérêt pour vous.

Suivez les instructions de M. Emerson sur Plutarque, et lisez les Œuvres morales, aussi bien que Les Vies, Prenez pour les premières la traduction de M. V. Bétolaud, et pour les Vies celle de M. A. Pierron. M. Emerson cite parmi les œuvres : " Du Démon de Socrate, Isis et Osiris, Du Progrès dans la Vertu, Du Bavardage, De l'Amour." Je vous signale en outre : " Sur les Sanctuaires dont les Oracles ont cessé, Des Notions communes rapprochées des Maximes stoïciennes. Que les Bêtes ont

i usage de la raison." — Quand vous perdrez une personne qui vous est chère, ce malheur arrive à tous un jour, lisez : *' Consolation à sa femme, et Consolation à Apollonius." Il y a dans ce dernier morceau sur les deux préceptes inscrits au temple de Delphes : " Connais- toi toi-même,'* et " Rien de trop," des pages dignes de Platon.

Pour les Vies, je Y0U9 prie de lire surtout celles indiquées par M. Emerson : " Cimon, Lycurgue, Alexandre^ Démosthène, Phocion, Marcellus." Ajoutez-y : " Nicias, Alcibiade." Celle-ci est aussi élevée que l'histoire de Thucydide. J'ai confiance que vous ne vous arrêterez pas plus dans la lecture de Plutarque que dans celle de Platon, une fois que vous aurez appris à goûter leurs grands livres.

Passons aux Latins.

Le chapitre '' Boohs " indique ;

Tite-Live.

Horace.

Tacite.

Ne manquez pas de lire en outre :

Virgile : Les Eglogues^ Les Géorgiques, et le quatrième chant de V Enéide,

Cicéron : Traité des Devoirs,

Est-ce tout pour le latin ? ne devons-nous pas lire Ovide ? — Non. — Et César? — Vous trouverez peu d'intérêt à le lire dans une tr^^^^uction. Mais mettez encore sur votre liste :

Saint Augustin : Les Confessions,

Marc-Aurèle : Pensées,

Prenez l'excellent volume traduit sous ce titre par M. A. Pierron. C'est un des plus grands livres que je connaisse. Cet empereur Stoïcien est un prodige de sagesse him,a:n( et de vertu. Lisez son livre comme vous faites

une prière, en tenant votre âme dans un recueillement religieux. Lisez-le surtout les jours où la lecture des Maximes du duc de La Rochefoucauld aura ébranlé votre confiance dans la vertu ; le stoïcien vous relèvera.

Je ne vous donne pas d'autres Latins ; ils sont tant inférieurs aux Grecs !

Quelle traduction faut-il choisir en général ? — Je partage absolument l'opinion de M. Emerson : " The most Hier al prose version is the hest of ail.

N'est-il pas préférable de lire les livres dans la langue de leurs auteurs ? — Si, mais à condition que vous connaissiez ces langues comme la vôtre. Vous êtes en état maintenant de lire les Français en français : pour le reste l'auteur de Society and Solitude a bien raison de dire : " I should as soon think of swimming across Charles River ^ aa of reading ail ray boohs in originals^ when I hâve them rendered for me in my mother -tangue, ^^

Pour les langues vivantes, consultez aussi M. Emersor. Sa liste est riche pour votre langue, et pauvre pour k nôtre. Suivez ses conseils pour l'anglais, les miens pour le Français.

Quels anglais recommandez-vous vous-même ? — Ceux-ci :

Shakspeare.

Milton.

Bacon : JtJssays.

Goldsmith : Vicar of Walcefield.

Addison : Essays.

Walter Scott : quelques romans.

Thackeray.

Currer Bell : Jane Eyre»

Et Macaulay ? — Je l'ai lu tout entier et beaucoup aime ; je ne l'admire plus. Je demande une histoire plus grande^

plus impartiale, moins déclamatoire, plus sérieuse, celle de nos liistoriens, Aug. Thierry, M. Guizot, ou plus haute et plus puissante, comme celle de M. Michelet.

Et Spenser, monsieur ? — Sans doute, mais ne me demandez pas vos poètes : les conseils ne vous manquent pas sur ce point.

Je n'ai pas besoin de signaler à votre lecture vos grands écrivains, MM. Emerson, Lowell, Longfellow, Bryant, Whittier, Irving, Hawthome, Motley, Prescott. Ils figurent parmi les plus grands de ce temps-ci. Vous devez les placer au cœur de votre petite bibliothèque choisie et les lire beaucoup. Ils vous feront penser et vous donneront la foi dans la grandeur intellectuelle de votre patrie. En philosophes, poëtes, historiens, hommes-d'état et orateurs, le Massachusetts a plus produit en ce siècle qu'aucun autre lieu du monde, eu égard à la population.

Je vous recommande :

Dante.

Boccace : Vie de Dante,

Manzoni : Les Fiancés.

Michel-Ange : Les Sonnets,

Ils sont très-grands ; c'est toute l'âme de cet Eschyle de l'art.

Cervantes : Don Quichotte.

Goethe : Les Entretiens avec Echermann^ La ConeS' pondance entre Schiller et Goethe,

Et DTphi génie de Goethe ? — Oui, mais demandez aux Allemands leurs poëtes. Et le jour où vous lirez cette belle composition de Goethe, lisez aussi les deux Iphîgénie d'Euripide et celle de Racine, et vous sentirez combien est grand même le dernier des tragiques grecs.

l^our la France ma liste sera plus longue naturellement,

puisque c'est celle-là que j'ai à vous donner tout particu* lièrement. Du reste avec les Grecs, les Français ont la prose la plus riche et la plus grande, comme les Anglais ont, grâce à Shakespeare, la plus grande poésie, avec les Grecs aussi. Les Grecs sont à côté des plus glorieux dans tous les genres et dans tous les arts.

Je vous recommande donc :

La Chanson de Roland,

Joinville : Mémoires.

Froissart: Les Chroniques.

Ph. de Comines : Mémoires,

Le Roman de la Rose.

Montaigne.

Pascal.

Bossuet : Oraison de la duchesse d' Orléans.

La Rochefoucauld : les Maximes.

La Bruyère: les Caractères.

Molière.

Corneille : le Cid, Horace^ Cinna, Polyeucte.

Racine : Athalie, ÂJidromaque^ Phèdre. Iphigênie^ Britannicus.

La Fontaine.

Mme de Sévigné : quelques Lettres.

Mme de La Fayette : la Princesse de Clèves,

Mme de Motteville : les Mémoires.

Saint-Simon : les Mémoires.

Voltaire : Charles XIL

J. J. Rousseau : Emile.

Montesquieu : Considérations sur les causes de la gran' deur et de la décadence des Romains.

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