‹ Causeries avec mes élèvesChapitre 48 sur 54 · V. Cousin : Du Vrai, du Beau et du Bien · texte numérisé non relu

V. Cousin : Du Vrai, du Beau et du Bien

Villemain : Pindare.

Mistral : le poème de Mireio.

Jasmin : les Papillotes.

Béranger: quelques Chansons.

Lamartine: les Premières Méditations; les Han* >m%e* poétiques.

A. de Musset : les Nuits, Souvenir, Lettre à Lamartine.

M. Victor Hugo : les Chants du crépuscule, les Feuilleê d 'automne, Notre-Dame de Paris.

Michelet : Jeanne d 'Arc, L9 Oiseau, F Histoire de France.

Tôpffer : les Nouvelles genevoises, Menus Propos.

Balzac : Eugénie Grandet.

G. Sand : Histoire de ma vie, La Mare au diable, La petite Fadette, François le Champi, Jeanne, Consuelo, La Ville noire, Tamaris, L'homme de neige, Les Maîtres son* neurs.

Je n'entre pas dans les détails. Je pourrais pendant des heures vous parler de chacun de ces livres. Us ont été à Poccasion et tour à tour l'objet de nos conversations pendant Tannée. Il y en a d'autres : ceux-ci vous y conduiront.

Vous ne nous donnez pas Rabelais, monsieur? — Je n'ose pas, malgré mon admiration pour son génie.

M. Emerson nomme les Mémoires du cardinal de Retz. — Oui, mademoiselle, ils sont grands, mais je doute qu'ils soient faits pour vous. . . Ne me mettez pas en guerre avec M. Emerson, je vous en prie, et ne perdez pas de vue

qu'il parle au public tout entier, tandis que je m'adresse à vous seulement, mesdames. C'est pour cela que je ne vous nomme pas Les Confessions de J. J. Rousseau, malgré la très-grande valeur de ce livre. Je voudrais ne l'avoir jamais lu : il m'a rendu incapable d'apprécier tout le mérite de son auteur.

En fait de Mémoires, lisez avant tout les plus grands qui existent en aucune littérature, ceux du duc de Saint Simon, et puis après, ceux de Mme de Motte ville. Ces derniers vous intéresseront autant que le plus beau des romans.

Vous nous recommandez peu de livres de cette littérature des romans. — Oui, il est rare qu'on n'en lise pas trop. Je vous recommande presque uniquement G. Sand, parce que cette femme est le grand artiste de notre siècle, que ses livres sont des chefs-d'œuvre de style qui seront immortels : elle a sa place à côté des grands maîtres. Où est le roman moderne qu'on puisse lire après une œuvre de G. Sand, sans le trouver commun, vulgaire, et privé de la haute beauté de l'art ? Cependant je puis vous nommer après notre Raphaël, MM. Octave Feuillet et Cherbuliez ; je vous signale de ce dernier Paule Mëré, Le grand œuvre. L'aventure de Ladislas BolskL

Lisez aussi Germaine, par M. E. About, et si vous voulez rire et vous reposer, Les trois Mousquetaires, par A. Dumas et Vingt ans après. Ne manquez pas de lire Picciola de X. Saintine. Vous ne ferez pas mal de prendre connaissance de René, Atala, Le dernier Abencerage. Ces romans de F. de Chateaubriand sont trop célèbres pour qu'il soit permis de les ignorer. La poésie de la nature et du cœur humain y est du reste magnifique, et novs sommes si prosaïques pour la plupart, qu'il esf

toujours salutaire pour nous de nous réchauffer dans la poésie.

Mettez sur votre liste Cinq-Mars, par A. de Vigny. Vous pouvez lire de MM. Erckman-Chatrian, Le Fou Yégof, Madame Thérèse, Histoire d'un conscrit, Waterloo, et le reste de leurs romans, s'ils vous plaisent. M. Emerson a raison de dire : " Never read but what you like." Les livres ne nous apportent aucun profit sans cela.

Ajoutez à votre liste La Maison de Penarvan, Mlle de La Seiglière, Un Héritage, Sacs et parchemins, par M. J Sandeau. Vous savez que ses romans l'ont porté a l'Académie française. — Vous pouvez lire tous les romans qui portent la signature de P. Mérimée, un autre académicien, qui fut un grand artiste littéraire, le premier après G. Sand.

Si vous voulez plus de livres de cette classe, allez à la bibliothèque publique de cette ville, et consultez le volumetable de la Revue des deux Mondes, travail précieux qui va paraître. L'article Romans vous donnera la liste de ceux qui ont été reçus dans cette grande publication. Vous pouvez l'ajouter à la mienne. — Je saisis cette occasion pour vous recommander la Revue des deux Mondes. Elle établit une sorte de lien entre les hommes qui appartiennent à la société d'élite dans tous les pays du monde. Si vous la lisez régulièrement, vous perdrez le goût de tous ces livres futiles et sans élévation qui sont la honte et le fléau de notre temps. J'ai entendu Sainte-Beuve noua dire : " Une fois qu'un homme a été abonné à la Revue des deux Mondes, il n'y renonce jamais. . Cette nourriture intellectuelle lui est devenue nécessaire."

Enfin, si une personne intelligente, qui aime avant tout les anciens et les grands livres, signale un roman à votre attention, lisez-le avec confiance.

206 CAUSERIES AVEC xMES ÉLÈVES.

En fait de drame moderne, vous pouvez prendre lea Comédies et Proverbes de A. de Musset, les Scènes et Proverbes de M. O. Feuillet, et quelques Comédies de Scribe.

Mais, je vous en conjure, ne vous abandonnez pas à la littérature du temps, aux romans surtout, ni dans votre langue ni dans la nôtre. Lisez avant tout et beaucoup les cinquante grands maîtres que vous avez sur votre liste. Ils élèveront votre esprit, et vous maintiendront dans lo bon chemin de la pensée et des livres.

Parmi eux il y aurait encore à choisir. Il y en a que vous devez avoir toujours sur votre table et que vous ne lirez jamais assez. — Lesquels ? — Homère, Platon, Eschyle, Shakspeare, Milton, Bacon, Cervantes, Dante, Pascal, Corneille, Montaigne, Molière, Goethe, La Fontaine. Je les crois les plus grands des inspirateurs d'idées, avec Rabelais qu'il n'est pas possible à tous de pénétrer.

Ne pouvez-vous pas réduire encore cette liste, monsieur ? — J'examine et je trouve que je n'oserais en effacer aucun nom. Si jamais vous entendez nier le droit d'occuper place dans le groupe d'élite à l'un d'entre eux, soyez sûre, madame, que le téméraire critique est un profane qui n'a pas compris le maître. — Ne peut-on placer aucun autre dans le groupe ? — Je crois que si, mais la liste sera toujours très-petite.

J'ai omis de hautes œuvres, mesdames, mais celles-ci vous les feront trouver. Quand vous serez entrées dans ce monde des grands livres, vous ne vous tromperez pas, vous ne mettrez plus la main sur ce que M. Emerson nomme the crowd of mediocrities. Hélas ! votre main y a été mise plus d'une fois, car on les trouve facilement, " Bad ones are easily found." Lisez donc les livres que je vous laisse au moment de me séparer de vous, et vous sortirez de leui

lecture plus riches d'âme et d'esprit, et par votre culture vous aurez pris place dans ce monde de l'intelligence, qui doit guider la société. — Je vous dis au revoir, mesdames et messieurs, le cœur serré de sentir que nos entretiens sont irrivés à leur terme et que je ne vous reverrai pas demain

Page 1