‹ Causeries de voyageChapitre 10 sur 65 · K EH L · texte numérisé non relu

K EH L

que sur les glacis de Weissembourg. Et ils étaient d’autant plus furieux que tout ce remue-ménage ne faisait pas même bouger un canon dans Strasbourg. Pendant que les forteresses allemandes retentissaient la nuit de formidables : JVer da ? la cité alsacienne dormait sur les deux oreilles, et elle ne songeait pas, au réveil, à prendre la pose guerrière que Pradier lui a donnée sur la place de la Concorde.

Ils recommencent cette année et vont même jusqu’à prendre des précautions comme celleci : un officier supérieur du Wurtemberg confiant, il y a quelque jours, son fils à un négociant de Strasbourg, voulut stipuler qu’en cas de guerre il lui serait rétourné franc d’indemnité. Nous n’aurions pourtant pas eu, en le gardant, un otage de bien grande importance. La grosse épaulette wurtembergeoise ne visait à faire de son fils qu’un chemisier.

Avant de nous laisser circuler librement, on nous arrête à un vilain bâtiment pour une plus vilaine chose : la douane et la visite. C’est un mal de tous les pays. On le dit nécessaire : il l’est comme tant d’autres qui ont disparu, et un jour il s’en ira où les autres sont allés. Si l’on pouvait évaluer en chiffres ce qu’il a causé d'ennui et de colère, de pertes et d’avaries, on arriverait à une somme fabuleuse.

J'aurais, à ce propos, un bon avis à donner. Ennuyer les gens est un métier désagréable , en outre très-peu lucratif, les voyageurs ayant bien soin de ne pas mettre dans leurs valises ce qui est sujet aux droits. Supprimez les hommes verts, gris ou bleus qui forment l’armée compacte des douaniers : voilà une économie; demandez à chaque voyageur de payer en argent l’équivalent des désagréments que vous ne lui causerez plus : voilà une recette. Je m’engage d’avance à payer pour deux grosses malles, quand même j’aurais, ce que j’ai toujours en voyage, le plus petit des sacs de nuit.

Du reste, je ne me plains pas trop haut, car la douane de France n’est pas plus aimable que ses sœurs. Et puis un monsieur m’assure que, grâce au Zollverein qui rejette la ligne de visite à la circonférence de l’Etat confédéré, me voilà garanti jusqu’à la frontière d’Autriche. Dieu et la douane l’entendent.

Après le temps perdu pour les bagages, nous en perdons encore pour le convoi. Ah ! ce n’est pas ici qu’on a dit : Time ismoney. On laisse couler le temps avec une insouciance orientale. Ce serait fort bien, ô gens trop peu pressés ! si vous vous arrêtiez seulement comme le chevalier de votre Albert Diirer dans la forêt

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