‹ Causeries de voyageChapitre 52 sur 65 · MOELK · texte numérisé non relu

MOELK

plus douce des distractions d’une vie solitaire, c’est une communion avec la nature et Dieu. L’âme y est plus libre que dans ces grandes prisons qu’on appelle des cités. Dernièrement, assis sur le banc du pauvre jardin des capucins de Nice, au-dessus de la vallée du Paillon, et aspirant à pleine poitrine un air tiède et parfumé, je ne pouvais détacher mes yeux du spectacle splendide que me donnaient ces montagnes où une chaude lumière développait une végétation puissante, et cette mer dont chaque vague étincelait, sous le soleil, de mille feux. A mes pieds , une ville prospère ; près de la côte, les balancelles des pêcheurs ; à l’horizon lointain, un vaisseau de Toulon qui passait fièrement; et je me disais que, sans nos attaches à la vie sociale et de famille, c’est bien là qu’il faudrait vivre et mourir.

Du reste, les bénédictins de Mœlk ne se contentaient pas d’admirer leur beau fleuve et ses rives chargées de villages et de châteaux. Ils avaient pour les joies de l’esprit une biblio-

cri d’admiration : Mea dilectal d’où le nom Medlik usité au moyen âge et celui de Mœlk employé aujourd’hui. Voilà pour un livre allemand une érudition bien légère. César n’est point allé dans le Noricum, qui ne fut conquis que longtemps après lui ; je crois même qu’il n’a jamais vu le Danube.

thèque de vingt-six mille volumes, et pour les joies du corps de ces caves comme on n’en sait faire qu’en Allemagne. « Elles sont immenses, dit un de ceux qui les visitèrent en 1809 : on y circule en voiture. Elles renferment une quantité considérable de foudres remplis d’excellent vin blanc. Pour se faire une idée de l’abondance qui règne dans cette maison du Seigneur, il suffit de savoir que pendant le passage de notre armée, qui a duré quatre jours, on a distribué aux troupes cinquante à soixante mille pintes de vin par jour, et que cela n’a pas diminué de moitié la provision du couvent. »

De Mœlk jusqu’à Vienne, il ne reste à voir que les châteaux d’Aggstein et de Durrenslein : l’un à cause de ses vieilles murailles croulantes, les plus curieuses du Danube autrichien, et pour ses légendes, ces fleurs des ruines que le peuple y sème à pleines mains; l’autre à cause des souvenirs de la campagne de 1 805. C'est là que Mortier, enveloppé avec cinq mille hommes par trente mille Austro- Russes, lutta contre eux tout un jour, et fit au travers de leurs masses profondes une trouée sanglante, ce qui n’empêcha pas les écrivains allemands de compter ce combat au nombre de leurs victoires. A partir de Krems, les bancs de sable,

LE K A H LENBERO.

les îles à demi noyées se succèdent sans interruption. A gauche s’étend l’immense plaine du Marchfeld, que le fleuve recouvrait quand il ne s’était pas encore ouvert, à Presbourg, la route de la Hongrie. A droite on aperçoit le Wienerwald, dont l’extrémité, le Kahlenberg, vient mourir au fleuve qu’il domine d’une hauteur de mille cinquante-sept pieds. Aussi a-t-on de son sommet une vue immense sur Vienne et le Marchfeld jusqu’aux montagnes de Hongrie et aux Alpes Styriennes. Un couvent des Camaldules y avait été bâti par Ferdinand II en 1628. Il fut supprimé en 1782, et un village prit sa place. C’est dans l’auberge de ce bourg que Mozart composa sa Flûte enchantée.

Cependant les rives se peuplent de villages, de maisons particulières, et la capitale de l’Autriche s’annonce par les fiacres, qui viennent déposer au pied du Kahlenberg quelque bande joyeuse de Viennois en partie de campagne. Enfin, on débarque à Nussdorf, mais on est encore à près d’une heure de la capitale de l’Autriche, les grands bateaux à vapeur ne pouvant pénétrer dans le bras du fleuve qui vient toucher la ville et qu’on appelle le canal de Vienne. Il n’y a point d’année où l’on ne puisse le passer à gué. On y trouvait plus d’eau

autrefois; mais le Danube se porte au nord. Au-dessous de Vienne, on voit distinctement, à quelque distance dans les terres, la berge élevée qui lui servait de rivage.

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