RUE GARANCIÈRE
C’est à vous, malgré V absence toujours présente par le souvenir, que f offre le récit simple et sans art des choses que j’ai vues.
Vous étiez loin.
Mais du milieu de votre tranquille repos, votre pensée , je le sais , suivait les péripéties du drame dont nous étions les témoins , en attendant que nous Jussions ses victimes.
Chaque soir vous vous demandiez si le lendemain ne vous apprendrait pas la destruction de la ville que vous aimez, et la mort de ceux qui vous aiment.
Plus d’une fois, pendant ce déchaînement de tant de colères et de tant de haines, je cherchai vos regards sans les trouver, comme du fond d’un abîme, dans une nuit de tempête, on cherche les étoiles sans les voir.
Ëh! pourtant, quel besoin f aurais eu d’une main tendue et d’une lèvre souriante !
Aux jours du premier siège, on marchait à
T ennemi en se touchant du coude — presque
joyeux, car c’était la guerre contre' l’envahisseur, — c’était la guerre sainte !
Cette fois, l’angoisse étreignait toutes nos poitrines, — car c’était la guerre civile, la guerre sacrilège! — et le triomphe de ceux qui nous la faisaient eût été la ruine même de la patrie.
vu
Il est des douleurs que Von souhaiterait d’oublier. Je renouvelle les miennes en les racontant; mais vous avez voulu les connaître. Vous verrez qu’elles furent grandes.
Ne me plaignez point toutefois, car il est bon de souffrir pour le devoir, et il est doux de vous obéir.