LA FEUILLE QUI PARLE
J'étais pensif à ma fenêtre; Je contemplais l'énorme hêtre, Parure de notre jardin, Triste ou gai, selon le destin .
C'était la fin d'un jour de pluie ; Un de ces temps où tout s'ennuie.
Les feuilles des arbres pleuraient, Et les ramures gémissaient.
Pourquoi pleurer? feuille mignonne, As-tu des fibres, toi si bonne, Qui peuvent comme nous souffrir, Et se mêlent même au plaisir?
Je m'adressais à la plus sombre, Qui se cachait au loin dans l'ombre.
Je vois ta sensibilité, Répondit-elle avec bonté.
Toi, mortel, roi de la nature, Tu ne sais pas ce qu'elle endure :
Ton droit sur elle est le plus fort, Il est même de vie et mort.
D'aucuns nous cueillent à l'envie, Par caprice ou par fantaisie ; Pourtant j'existe une saison, Ce n'est pas vivre tout de bon.
Cependant, parfois je balance, En écoutant une romance, Que vient gazouiller un oiseau, De passage dans le hameau.
Par l'aquilon quand ballottée, Je frémis, de crainte agitée.
Et tournant dans un tourbillon,
Alla se perdre à l'horizon.
En t'écoutant, feuille éphémère, Je voyais notre vie amère ; Les angoisses du coeur humain, Et ses bonheurs sans lendemain.
Comme toi, parfois il balance, Entre la joie et l'espérance, Pour bientôt souffrir, puis jeté Au gouffre de l'éternité.