‹ Causes célèbres du droit des gens (volume 4)Chapitre 73 sur 85 · X. AFFAIRE IUE; M. GXHBiECKENS · texte numérisé non relu

X. AFFAIRE IUE; M. GXHBiECKENS

sa course. A peine fut-on uiàtnùt de son érosion que l'on envoya encore le même soir, un détachement de gardes à pied entourer Phôtel du bâ^ ron de K^orffjt ministre de Russie à la cour de Suède, où l'on supposait que le pnsotmier s^était réfugié. Mais dès le lendemain de grand matin on apprit par la déposition de deux valets de pied qui la veiUe avaient quitté furtivement l'hôtel du ministre d'Angleterre que cet individu avait trouvé asile chez leur maître. On ne tarda pas en renforçamt de beaucoup encore la garde, ncot-seulement à faire entourer l'hôtel du colonel Guideckena, mais à placer des postes militaires dans toutes les ruea y aboutissantes^ Vers les lOheurea du matin le baron de Nolcke% chancelier de la cour, se rendit chez, ce ministre par ordre du roi pour hii dire que S. M. étant instruite que le négociant Spriuger s'était réfugié dans sou hôtel , elle espérait qu'il ne s'opposerait point à son extradition^ Sur la réponse que le colonel Gmde-^ ckens lui fit, qu'il ignorait si l'individu qu'il cherchait était daQs son hôtel, mais qu'il s'en informe^, rait , le chancelier le quitta. M. de NoI^en revint cependant peu de temps après, et ayant assuré au ministre qu'il avait acquia la certitude que le prisonnier se trouvait encore dans son hôtel, et réitérant de nouveau d'acquiescer à la demande qu'il lui avait fait, précédamment, il ajouta- qu'à moin& de s'engager à ne point laisser échapper Springer de son hôtel, le roi espérait qu'il ne voudrait point^ par un refus, donner lieu à des démarches qui n^

328 X. AFFAïKx m ML avamcKxM,

tanrakirt être que ûimjgréêAdB'poar les è&mm gouh teniemeiis^ BI.6iudMkéii»te oeotanta^dottm dire^ qne même dans. 'la 8iq^pà«ilioii que le'/kégociaiit Springer s'était réfbgii dans son hâtd, fltie s^en* sidyait pas pour bel% ;qp}'3 y £lt encore; qu'an sor-plos il ne concevait pas oomment on prétendait le fiure le gardien de cet indindu, et eocGn> ii'en tenant à ce qu^ lui a;rait défà dit précédemment^ il loi promit de M» rendre^ mto réponse pomtiYe jois* qu'à 4 lienres èfarks midi • M. de Nolcken ^en re* tonma chez le roi aprte oeHe^éclaratibn; mais déjà yers le midi il reyint miè froiaième fois, et annon^ çant au ministre de la part du roi que S. M. entendait positivement que le S. Springer • lui fut Uvré^ il lui déclara en même temps que, si dans l'es-* pace d'une heure il n'avait àciqiniescé à sa demande, on se verrait obligé de prendre d'autres mesures pour s'assurer du prisonnier. A cette sommation le mi« nistre d'Angleterre, protestant contre toutes les irrégularités et violences déjà commises en cette occasion envers son caractère public, réppndit, qu'il ne pouvait rien contre la force, et demanda un délai pour pouvoir conférer avec' ses collègues sur cette affaire. Aussi dès que le chancelier l'eut quitté de nouveau, M. Guideckens se rendit chez plusieurs de ses collègues et après s'être entendu avec eux sur le parti' qu'il avait à prendre, il se décida à écrire au chancelier de Suède une lettre (voyez N*'* L) par laquelle , en protestant de nouveau contre des procédés si Qpntraires au droit des gens et aux

MW. d*an0j:i. à stoc£hoIiH; en 1747- 329

privilèges dus aux ministres publies^ il consentait à l'extradition du négociant Springer. En conséquence de cette déclaration M. de Nolcken accompagné du comte de Lieven, colonel des gardes, se rendit vers les 4 heures de l'après-midi à l'hôtel du ministre d'Angleterre, où s'étant emparé de la personne du S. Springer y ils le remirent entre les mains des gardes qui le reconduisirent en prison (*)•

Cet événement donna lieu à la publication des pièces suivantest

Fetctum publié par le colonel Guideckeni^ ministre de S. M. Britannique à la c^ftr de Suède, et distribué par lui aux ambassadeurs et ministres étrangers résidant à Stockholm.

Lundi 16 Novembre entre 6 et 7 heures du soir, un de domestiques de M. le colonel Guideckens, ministre, de S. M. Britannique à la cour de Suède, vint lui annoncer qu'un courrier anglais était arrivé. Ayant ordonné qu^on le fît monter dans sa chambre, M. Guidcckens fut très -surpris en reconnaissant en lui le négociant

(1) Ce fUt le 12 Dec. qae Ton prononça sa sentence } elle portait en substance , que la commission nommëe pour présider à son procès Pavait troaycS coupable de mort ; mais que le comité secret^ par des oonsîdtirations importantes avait jugé à .propos d'adoucir la peine en le condamnant seulement â être conduit sur l'ëchafiàud de la capitale, ainsi que sur ceux de toutes les villes situdes sur la route de Stockholm à Maxstrand, où il sera transfère pour y être enfermé le reste de ses jours, avec la restriction expresse que sa gruce ne serait jamais comprise dans aucun pardon génëi^uL L'exécution de cette sentence eut lieu le 20 Décembre 1747«

330 X. AFFAIRE DS X. aUIDEOK£N%

Springer, échappé de priion. .Après avoir ùHTredrer ses gens 9 Springer instruisit le nunistre qu'ayant trouvé moyen d'enivrer les officiers qm le gardaient , et s'étant emparé d'un de leur manteau et d'un cliapeau il était parvenu au moyen de ce déguisement à passer i tra-* vers les gardes | qu'étant arrivé au marché du nord, il avait pris un traineau qui, après l'avoir conduit dans divers quartiers de la ville , l'avait enfin mepé jusqu'à l'hôtel de M. Guideckens se disant ^tre courrier anglais.

Le lendemain 17 Novembre aujpiatiiii, lor8qu,e M* Guideckens fut levé, il s'apperçut en regardant par la fenêtre, qu'on avait placé des factionnaires i toutes les rues et avenues aboutissant à son hôtel. Vers les 9 heures du matin le baron de Noicken, chancelier de la cour, vint le trouver pour lui annoncer de la part du roi de Suède, que S. M. ayant appris que le négociant Springer s'était réfugié chez lui (M* Guideckens) elle espérait qu'il ne s'opposerait point à son extradition attendu que cet individu était un criminel d'état, accusé de haute trahison; que l'homme qui l'avait conduit chez le mim'stre d'Angleterre était en bas ; que M. Guideckens pouvait l'interroger s'il le jugeait à propos, et que S. M. avait lieu de s'attendre que M. Guideckens ne voudrait pas, par un refus, donner lieu à quelque événement qui pourrait avoir des suites également désagréables et fâcheuses pour les deux cours, M. deNolcken ajouta que comme il se pourrait bien que les gens de M. Guideckens eussent accueilli Springer à son insçu, il serait bien aise que le ministre voulût lui permettre de faire conjointement avec lui la visite de son hôtel.

Le ministre d'Angleterre répondit au baron de NoIcken qu'il ignorait si Springer était dans sa maison, mais qu'il s'en informerait, et que vers les 4 heures après-midi, M. de Nolcken aurait de ses nouvelles. Quant à la visite de sa maison, il lui fit comprendre que son caractère comme ministre de S, M.Britannique

MIN. JD'ANGI*, à STOCKHQIiM^ BN 1747- 331

ne permettait pas qa*il consenth À une telle propor siûon.

Le baron de Noicken, après cette réponse, se retira, mais revint une heure et demie après, pour informer M. Guideckens, que S. M. Suédoise avait de nouveau reçu des avis très -certains que Sprinter était dans sa maison, et que comme elle savait aussi< qu'on employait toutes sortes de moyens pour le faire échapper, S. M. priait M. Guideckens de ne le pas permettre. II est nécessaire de remarquer que la certitude que l'on avait que Springer était chez le ministre d'Angleterre, était fondée sur la dénonciation de deux de ses domestiques, deux frères qui s'étaient laissés gagner par un troisième frère qui avait pareillement été au service de M. Guideckens, mais qui n'y était plus. Cet homme vint voir ses deux frères vers les IQ heures du matin à la vue et au sçu de toute la maison de M. Guideckens, et après avoir eu quelque conversation avec eux, il s'en retourna, pour faire rapport de ce qu'ils lui avaient dit.

M. Guideckens au second message de M* de Nolcken, répondit simplement que si Springer avait été dans sa maison, ce n'était pas une raisoit qu'il y fût encore, et que s'il était échappé, M. Guideckens ne voyait pas com-» ment on pouvait prétendre qu'il fût son geoUer ajoutant qu'à 4 heures M. de Nolcken aurait de ses nouvelles, ainsi qu'il le lui avait dit auparavant.

Entre la première et la seconde visite de M. de Nolcken, le ministre d'Angleterre avait envoyé aux ministi*es des cours alliées du roi son maître pour connaître leurs sendmens sur l'événement qui venait d'aiTiver , et voyant que leur réponse tardait trop à lui parvenir vu la grande distance de leur demeure, il ordonna qu'oiv attelât son carrpsse dans l'intention de s'aboucher avec eux. Mais au moment où il allait monter en carrosse, M. de Nolcken vint le trouver une troisième fois: c'était vers le midi. Il commença par annoncer au ministi'e d'AuglcteriHî que

le roi avait jugé à prepea ^e renforcer* la garde placée autour de sa maison, et que S. M. s'attendait à être instraite dans une hevre, des intendons de M. Gnideckens retativement à l'extradition de Springer, afin de a«TOÊP qaelles mesures il lui restait k prendre^ -

M. Gnidecàens lui répéta, ecnnine fi Pavait dëji dit à deux reprises^ ({ue le roi ser^t inftHnné de sa*résoliitioa vers les 4 heures après-*mid^ otr plutôt s*Sl étah posaSblci ajoutant qu'il allait sortir pour' conférer avee les autrei sunistrea sur une affaire de cette iittpoilsaieey donnant à entendi^e à M. de Nokken qu'en attendant on Q^avait qu'à prendre les mesures qu'on jugerait à propos^

M. Guîdeckens sortit, et vit qu'en effet on avait ren-^ foreé de près de 400 hoBames au moins les troupes qui tenaient sa mmson bloquée depuis le matin. A mesure que son earrosse avançait, les troupes se rangèrent i la vérité? pour le laisser passer; mais peu après elles eurent ordre de charger à halle, et l'on ordonna en même temps & un officier de suivre M. Guîdeckens à cheval; ce qu'il fit, et le recondiusît de même jusqu'à sa porte. Ihdépen-^ dcBEffla^it décela, lemattred^armesdufilsdeM.Guideckens, venant chez M. Guîdeckens comme à l'ordinaire, fut arrêté, et n'eut pas la permissicm d'entrer dans la maison, non plus qu'un particulier qui voulait y faire visite^ On fit même des tentatives de fouiller les gens à livrée du ministre, qui entraient et sortaient de sa maiscœ..

Le ministre vit à son retour que non seulement on avait considérablement renforcé la garde, mais qiie la populace, à leur instigation, s'assemblait de plus en plus, et ayant appris, pendant qu'il était dehors, que la résolution avait été prise d'employer la forée, que lia po-« pulace devait entrer la première dans sa maison, et que, sous prétexte de venir au secours de M. Guideckens, elle serait suivie par les troupes, il se vit obUgé d'é-^ crire la lettre suivante à M. de Nolcken, chancelier de la cour«

MIN. B'AKOIi. A.STOC&HOIiH; bn 1747* 333

^ Meneur 7 icoj&tne par; loat ce qiie vous m'aves „dît, je ne puis plus douter que, sî je ne veux consen- ,ytir i rexiradidon de ri^orpiné qui s'est i^fiigié chez ^moi) on est dans rintention d'-e^loyer la force ^ i i^kbqueUe je ne me trouve pas en état de résister ^ j'ai „ l'honneur ) Monsieur, de vous écrire U p][^ésente pour ,, vous faire savoir q^e^ si voils voulez vous .rendre chez ,,moi cet aprësHoiidi &kt!tç 3 et 4 heures, vous pourreas j, retirer celui que vous réclamez. Toutefois, Monsieur^ „je proteste de la manière la plus solemnelle contre „ toutes les procédures qui ont eu lieu en cette occa- „sion, que je regarde cotnme une nouvelle infraction f^Ax droit des ge^s, laite eu ma periiotme, ainsi que „de8 privilèges et immunités qui appartiennent aux mi-^ ,,nistres étrangers. J'ai Thonneur d'être etc^ Stockholm, le 17 Novembre 1747*

GUIDECKBNS. "

Vers le midi et pendant que M. de Nolcken était encore chez M. Guideckens, un des chambellans de la cour remit à ce dernier, de la part du roi, tm papier dont voîcî la copie.

„ Comme un marchand de cette ville, nommé Chris-^ „tophe Springer, a trouvé moyen hier au soir de s'é- „chapper de la prison où il était détenu pour crime ,, contre l'état, S. M, m'a ordonné de déclarer de sa. part „ qu'elle attendait de l'amitié qui règne entre elle et la „cour de la Grande-Bretagne, que M. Guideckens, „ ministre de ladite cour, n'accorderait point d'asile & „un homme accusé de haute trahison; S. M. ayant ex- ^pressément enjoint a ses ministres dans les cours „ étrangères de se bien garder, dans de pareils cas, de „ protéger les criminels, à la punition desquels tous les j, souverains , pour leur sûreté mutuelle, sont également „ intéressés. I^e roi m'a aussi ordonné de dire au mi- „nistre britannique que S. M. se repose entièrement sur

334 X. AFFAIRE DE M. OUIDBCKENS,

,,la parole qu'elle s^attend qae M. le ministre lui en ,y donnera/'

M. Gnidcckens ne fit point de réponae au contenu de cette note, attendu ^e M. de Nolcken cbancelier de la cour, qui était alors présent, avait déjà été trois fois chez lui pour lui parler de cette afiSûre.

Si le S. Sprînger avait pu être considéré comme criminel d'état et Comme accusé, avec 1a moindre ombre de vérité et de justice, de haute -traliison (comme il est dit dans cette note), M. Guideckens a été trop longtemps employé dans les affaires pour avoir pu hésiter un moment à consentir â son extradition; mais Ton envisage sa captivité, et le procès intenté contre lui, dans un tout autre jour: c'est pourquoi M. Guideckens dans les explications qu'il a eues avec M. de Nolcken, lui a dît que cet infortuné était regardé, non seulement ici, mais dans la plupart des cours de l'Europe, comme une innocente victime que Ton voulait immoler ^ ainsi qu'on avait fait du médecin Blakwall, dans rintention de mettre des sceaux de vraisemblance à la farce que certaines personnes ont jouée ici depuis le commencement de la diète , afin de faire accroire au public que la succession du trône de Suède était en danger, et que certaines pui.ssances respectables avaient part & cette prétendue conspiration.

Entre les 3 et 4 heures après-midi , M. de Nolcken se rendît chez le ministre d'Angleterre, conmie il en avait été prié par la lettre ci -dessus. M. Guideckens lui dit qu'il voyait qu'il fallait qu'il cédât à la force; que c'était pousser les choses trop loin , que toutes les cours où Fou respectait la justice, étaient indignées des procédés dont on usait ici pour justifier des soupçons injurieux qu'on prenait soin de faire nattre sur les intentions de certaines puissances; qu'à l'égard de l'Angleterre, qui en était une, la fausseté de cette insinuation pouvait facilement être prouvée, puisque S. M. Suédoise

MIN- D'ANGIi. À STOCKHOLM ; BN 1747- 335

n'avait qu'à se rappeler que M. Guideckens a été le pr©r mier qui Tait informée, par ordre de sa cour, de Tîntendon de rimpératrice de Russie de recommander S. A. R. alors évéque d'Eutin, à la place du grand -duc de Russie, qui avait décliné l'élection faite en sa favetir.

M. de Nolcken convint de la vérité de ce fait, et dit qu'il en avait été instruit depuis long-temps. U convint aussi qu'on poussait les choses trop loin. Enfin M. de Nolcken ayant demandé au ministre d'Angleterre de vouloir permettre au comte de Lieven, aide -de -camp du roi, et à un autre officier, de monter chez lui, il y consentit et les deux officienf' étant venus, M. Guideckens leur fit remettre Tinfôrtuné Springer, qu'ils reconduisirent en prison.

Nûte circulaire accompagnée d*un exposé de/ait^ enDoyéi dé la part du miniêière suédois ^ à tous les minisires étrangers résidant à Stockholm.

On a vu avec étonnement dans lés gazettes étrangères un prétendu /ac^w/7ï, qu'on y a rapporté comme ayant été distribué à Messieurs les ministres étrangers à la cour du roi, par le ministre d'Angleterre, à l'occasion du refuge qu'avait trouvé chez lui un criminel d'é-* tat, nommé Springer, et de l'extradition qui s^en est suivie.

On a de la peine & se figurer que ce ministre ait voulu gâter ainsi lui-même le mérite d'une extradition^ différée à la vérité sous de vains prétextes, mais exécutée enfin d'assez bonne grâce pour lui avoir attiré des remercimeus de la part du roi même, et pour avoir porté S. M. à s'en louer auprès de sa cour; lui, surtout, qui, depuis le temps qu'il exerce l'emploi de mî-^ nistre public, ne saurait ignorer jusqu'où s'étendent ses droiu, et que nulle coosidératiou au monde ue peut

336 X. AFFAIAB DE M. GUIDBCXJBKS,

Tautoriscr à donner asile à un homme soupçonné , et même accusé de haute trahison. Mais l'on est fondé â douter principalement qu^me pièce, remplie de faits aussi manifestement faux, ait pu partir de la plume d*un ministre étranger, dont le langage et le caractère doivent être ceux de la vérité et de la honne £aL.

Tel est entre autres le récit de ses conversations avec le baron de Nolcken, chancelier de la cour$ récit dans lecpiel il y a des détails supprimés et d'autres altérés, où il affecte de donner un air de menace â des propositions faites de la part de S. M. avec tous les ménagemens que le cas pouvait comporter, et où enfin le haron de Noicken se trouve chargé d'un langage indécent et absurde dans la bouche d'une personne qui fait paitîe du ministère.

La circonstance des gens à cheval qui avaient suivi son carrosse; celle des tentatives pour fouiller ses domestiques, et celle des officiers enivrés sont de la même nature. On met au même rang le prétendu avis que l'on avait pris la résolution d'employer la force, en cas de refus. Tel est encore l'endroit où le nombre des soldats, commandés aux environs de sa maison, est dit avoir monté à 400 honmies; ce qui est exagéré du double. On serait disposé à regarder le tout, moins comme un eflet de malignité, que parce qu'il ne s'est pas donné le temps, ni la peine de se mettre au fait. On aurait la charité de porter le même jugement sur la circonstance des fusils chargés à balle, qui est notoîi'ement fausse et singulièrement imaginée, puisqu'on n'en voit pas l'usage. Mais on ne sait comment sauver son caractère et sa façon de penser, à l'égard du prétendu plan de faille entrer la populace dans sa maison, et ensuite des troupes, sous prétexte de venir â son secours. C'est supposer une convention entre le gouvernement et la populace pour assaillir une maison. Rien de plus injurieux à S. M., rien de plus absm*de en soi-même.

MIN. D'ANGIi. À STOCJ^OIiH; EN 1747* 337

On ne saurait passer non plus à M. Guideckens d'avoir voulu faire envisager comme une tr'àliison^ le zèle qu'ont eu ses domestiques de révéler la retraite de Springer^ et qu'il ait pu prétendre que pour être à son service, ils cessassent d'être sujets du roi* Mais ce qui met le comble à Tabus du. caractère public, c'est de s'ériger en juge d'un cas dévolu pour lors à la connaissance des États; d'accuser de fausseté ce qui lui a été formellement déclaré de la part du roi; de prendre à partie toute. une nation, et d'oser vouloir rendre des cours respectables . de l'Europe complices de sa témérité. Il est surtout inconcevable que le ministre dWe tête couronnée, qui doit plus qu'un autre en connaftre les droits sacrés, ait pu pousser l'indécence au point de traiter de farces des actes de justice, exercés par des ordres émanés du trône. M. Guideckens ne saurait ignorer que le criminel en question se trouva condamné par des voix unanimes. Mais quand il en eût été autrement, la seule idée de crime d'état devait faire craindre à ce ministre de se flétrir lui-mêm^, en prenant la défense de. celui qu'on jugeait coupable.

Enfin la pièce porte si peu les caractères d'une production qui aurait pour auteur im ministre public, que l'on souhaite, pour l'honneur de M. Guideckens, de pouvoir croire qu'elle lui a été attribuée gratuitement. Mais supposé qu'un sentiment aussi chaiùtable ne lui fût pas dû, on sait que S. M. le roi d'Angleterre est le seul juge de ses démarches, et le roi a trouvé bon de s'en rapporter à l'équité de S. M. Britannique. En attendant, afin que MM. les ministres étrangers ne soient pas induits en erreur par d'aussi faux exposés, S. M. a bien voulu ordonner qu'on leur fit part de cette note, en y joignant un simple récit du fait qui les mettra à portée de juger avec connaissance de cause quels ont été ses ménagcmens et sa délicatesse dans un cas qui aurait pu intéresser les prérogatives de leur état.

333 X. AFFAIRE DE M. GUIBECKENS^

Exposé du fait aliégué dan$ cette note»

Un mardiand nommé Springer accusé et convainca ensuite de haute trahison, ayant trouvé moyen de s'échapper de prison, on ne tarda pas â être instruit q[u'il s'était réfugié dans la maison de M. Guideckensy ministre d'Angleterre. Aucune circonstance ne rendait cependant le ministre suspect d'avoir eu connaissance de ce projet. On envoya aussitôt une cinquantaine dé soldats pour veiller sur toutes les personnes qui sortiraient de l'hôtel afin d'empêcher Tévasion du criminel $ et la populace s'étant attrouppée d'une manière à faire craindre du désordre on renforça la troupe jusqu'au nombre de 180 hommes. Dans ces entrefaites le roi jugea à propos de faire déclarer, par un gentilhomme de sa cour, à chacun de MM. les ministres étrangers en particulier : y, qu'un marchand de Stockholm, nommé Sprin- „ger, ayant trouvé moyen la veille de s'échapper de sa „ prison, où il était détenu pour crime d'état, S. M. „ attendait de Tamitié qui règne entre elle et leurs „ cours respectives, qu'ils n'accorderaient point asile à „un homme accusé de haute trahison, vu que S. M. „ avait expressément enjoint à ses ministres dans les cours „ étrangères de bien se garder en pareils cas de proté- „ger les criminels, dont la punition intéresse également „ tous les souverains pour leur sûreté mutuelle, et que „S. M. se reposait entièrement sur la parole qu'elle „ s'attendait que MM. les ministres étrangers lui en don- „neraient."

Pour ce qui est de M. Guidcckens en particulier, le baron de Noicken, chancelier de la cour, s'étant rei|da par ordre du roi, chez ce ministre, lui déclara: „Que „S. M. avait jugé nécessaire de lui faire part d'un „ événement dont elle était persuadée qu'il n*avait eu ,ijusques''là aucune connaissance. Qxi^elle en usait ,f ainsi par un effet de la confiance qu'elle mettait

340 X. AFFAIRE DE M. GUIDECKEKS,

de vol. M. Xruideckens répondit qtie le c&s dont 3 s'agis^ait^ înléj^ssast les îmmnnitéi et les prérogatives du caractère de ministre étranger, il loi jfallait du temps pour en délibérer avec MM^ les ministres . des «mtres cours. ' n se référa i ce qui s'était passé en Espa^poey k Toccasion de la retraite du duc de Ripperda dans l'hôtel du ministre d'Angleterre croyant apparenunent le cas de la méme^ nature (Rouaset cérim. diplorrL, Tv IL p. 367). n promit du reste de lui faire savoir par écrit sa résolution vers les 4 heures après-midi^ ajoutant ' qu'il ne croyait pas que ce délai put être d'aucim préjudice, au cas que le criminel se trouvât dans sa maison, attendu les mesures qu'il voyait qu'on avait prises pour unpécher son évasion.

Le baron de Nolcken dit que c'était-M précisément une circonstance sur laquelle il avait ordre de le prévenir, parce que dans la persuasion où était le roi que c'était à son insçu que ses domestiques lui avaient otivert sa maison, ces mesures avïûent été jugées nécessaires par S. M. pour prévenir qu'ils ne laissassent échapper le criminel. M. Guideckens convînt qu'il n'y avait rien à ces arrangemens qui ne fût dans l'ordre, et il chargea le chancelier de la cour de remercier S. M. de la manière dont elle avait bien voulu l'en instruire. Le baron] de Nolcken ayant fait rapport au roi de ce qui s'était passé, S. M. lui ordonna de se rendre une seconde fois chez M. Guideckens, pour lui déclarer la satisfaction qu'elle avait de -son procédé, et qu'elle s'attendait qu'il lui donnerait sa parole d'honneur (sur laquelle elle se reposait entièrement) que le criminel ne s'évaderait point avant la réponse qu'il avait promis de donner; qu'au reste le bruit s'étant répandu partout que le prisonnier échappé se trouvait actuellement chez lui, S. M. dans la crainte de quelque désordre de la part de la populace attroupée, avait voulu pourvoir à la sûreté de sa maison, et qu'elle avait ordonné que l'on renforçât les gardes pos-

MIN. B'ANGIi. A STOCKHOLM: .£K 1747- 34l

léea âxBS. le ^arti^r. M. 6uidecken& parut recevoir cet ayi« avec reconnaissance, mais il fit de& difficultés sur la parole d'honneur qu'on lui demandait, ne sachant pas, disait -il, si le marchand se trouvait encore dans sa maison, et il se borna â promettre de i»e poiiit différer sa réponse.

Le chancelier de la eour^ s'étant mis en devoùr d*al- 1er rendre compte au roi de cette seconde conversation, reçut en chemin des ordres de S. M. de réclamer formellement le criminel. Il retourna sur ses pas, et trouva le ministre d'Angleterre sur le point de monter en caresse^ ce qu'il fit en effet un. moment après. H. lui déclara, de la part du roi , que S. M. ayant su qu'il j. avait des mesures de prises pour fidre évader le criminel, elle avsut trouvé bon de l'en informer, et de demander foiv m^Uement qu^l fût livré avant la nuit tombante; à dé^ faut de quoi, les ordres de S. M. l'autorisaient d'avoir recoure à d'autres moyens; que dans ce cas M. Guide-' ckens, après les^avertissemens qui lui avaient été donnés préalablement, n'aurait aucun su^et de se plaindre; mais qu'cm était p(srsuadé au reste qu'il ne se refuserait point au parti le plus convenable à l'amitié qui subsistait entre les deux cours. M. Guideckens donna à cqs parcJes un sens de menace, comme si l'on avait eu intention d'employer la force; mais il reçut des protestations qui durent le rassurer.

Dans ces entrefaites arriva le gentilhomme de la cour, chargé de fedre au ministre d'Angleterre, ainsi qu'à MM. les. ministres des autres cours, la déclaration, susmen-r tionnée, que la longueur de la tournée ne lui avait pas permis de venir faire plutôt à M. Guideckens.. H reçut simplement cette déclaration, et le chancelier de la cour, ayant pris la parole, dit que c'était-là justement le sujet de leur entretien, et que l'affaire allait être terminée. Le chancelier s'étant en suite retiré, reçut ^ quelques

MIN. d'ahoii. à aroç&HoiiMj £N 1747- 343

avait donné à la deriuère déclaratiou qui lui aYait été faite comme si l'on avait en dessein d'^i • venir à des violences 9 dont S. M. lui avait expressément enjoint de l'assurer du contraire. M. Guideckens ayant demandé si aux mots d'autres mesures ou moyens, l'on pouvait donner un autre sens, le chancelier lui dit que S. M. n*entendait par -là que la nécessité où elle se serait à la fin vue réduite de se plaindre de lui à sa cour^ par la poste qui partait précisément ce jour-là. .,,.

On ne peut désavouer qa'en ces occasions M. Guideckens n'ait laissé échapper des expressions qui ne furent pas assea mesurées , tellement que le chancelier de la cour le pria de les épargner, en lui déclarant néanmoins qu'il ne prétendait en faire aucun usage. Mais une chose sur laquelle il a insisté principalement, a été sur l'obligation où il a prétendu qu'on était de lui laisser le temps de savoir les sentimeus de sa cour. Le lendemain le roi lui em^oya un gentilhomme, pour lui témoigner que S. M. lui savait gré de ^a facilité, qui répondait aux sentimens qu'EUe avait toujours supposés à la cour britannique. Le roi lui répéta la même chose, quand il vint quelques joui*s après faire sa cour à S. M.

N^- la

Mémoire en forme de lettre^ adressé au roi de Suède par le colonel Guideckens^ ministre d'Angleterre.

Sire, après que le rapport avait été fait au roi mon maître , de tout ce qui s'est passé le 17 Novembre de l'année passée, au sujet de l'extradition du marchand Springer qui s'était réfugié chez moi, S. M. Britannique n'a pu voir qu'avec la dernière surprise que l'on en soit venu à de nouvelles violences contre son ministre, avant même qu'on m'ait donné la satisfaction que j'ai si souvent demandée pour les insultes faites cinq mois aupa-^ ravant pai' la garde de nuit à ma maison et à mes gens.

344 >^ X AWÉjaieÊ'mm M wasÊilmjmâ^

▼. BL'iiir'FédBAre Au 17 RoTvmbrè, je nd H i^êto m pM sur la cpèsdont ,,ri'k tnaiMm i?im mSiaêtih étnn- *yyger peut servir chMfci'jmqa'i ce ^e' k mattre tnk ffA^diiU «le fiure rendre ^shii ^ s'est rtfogié cbes litf, ^^-où qM ledit réfîigié soit rédamé de h part da soiï- ^yeraiii auprès dnqiid'il réside/' Cette tliise a. été décidée* par de célèhreé jurisconsultes , ainsi ^é^-pttr mie prali^[a|ë- tontiniielle. fl est. connu de qodBe inanière 1er MA de Francé'^ms XTV demanda et obtint vmt satisfaction pour leV-^olHiees faites an dnc de CSréqui, éOB atiabassadenr k RùlHI^et qnèi^e dans nn p^ reil cas il se fût commis les plus grandes Violences contre Thôtel de Dom Pedro de Cabrail, ministre de S. M. Portugaise & Madrid 9 le secrétaire d'état de S. M., M. Patinho, loin de nier le droit d^asile affecté aux maisons des ministres étrangers, tâcba seuleaient, dans sa lettre circulaire du 28 Février 1735, de changer les circonstances, et de supposer des cas tout différens' pour justifier les actes de violence qyd s'étaient faits.

Ce principe posé, il s'ensuit naturellemen;t qrae l'hôtel d'un ministre étranger doit être & l'abri de toute insulte, et doit jouir du droit d'asile, selon le sentiment des plus célèbres jurisconsultes, tant que ce droit n'est point aboli par un consentement mutuel. Q ne s'agit point ici de ce qu'un ministre prudent, et qui connaît parfaitement les sentimens justes et équitables de son mattre, doit faire dans le cas où un criminel qui s'est réfugié chez lui, est réclamé^ il s'agit seulement de ce point, que la maison d'un ministre étranger ne peut être violentée, quand même il s'opposerait & l'extradition d'un criminel, et que dans de pareilles circonstances, le prince auprès duquel ce ministre réside, n'aurait autre chose à faire qu'à en porter des plaintes au mattre dûdit ministre qui, étant exempt par suite de l'inviolabilité dont il jouit, de toute jurisdiction étran-

MIN. D*ANaiii À sToorHOLBCj^xar 1747. 345

gère, n'a d*autre juge compétent que 9ùn propre sou* veraîn.

Les exemples que Ton voudrait alléguer pour soutenir le contraire, au lieu de justifier les violences commises en pareil cas, ne serviraient qu'à confirmer ce que je viens d'avancer. Les souverains ont toujours regardé ces violences comme une ofiense, en ont demandé satisfaction, et en cas de refus, ils ont pris des mesures sérieuses pour l'obtenir ; ce qui est prouvé par plus d'un exemple.

Si donc la maison d'un ministre étranger doit être à l'abri de toute violence, comment le roi, mon maître, doit-il juger la conduite inusitée que l'on a tenue & mon égard dans l'afiaire du marchand Springer^ surtout lorsqu'on considère que je n'ai jamais refusé son extradition, vu que l'on m'a annoncé de la part de V. M. qu'il était criminel d'état, quoiqu'il n'ait jété condamné comme tel que quelque temps après? Le délai que j'ai demandé pour me déterminer, n'était que pour pouvoir conférer avec les ministres étrangers sur la manière irrégulière et étrange avec laquelle on m'a demandé l'extradition de ce marchand.

Le lendemain après que Sprînger se fut réfugié chez moi, on s'est oublié jusqu'à faire poster des sentinelles à toutes les rues et avenues aboutissant à mon hôtel. X neuf heures du môme matin, M. de Nolcken, chancelier de la cour, me fit connaître plus clairement les dispositions peu amiables que l'on avait à mon égard, en me déclarant qu'on avait lieu de se promettre que je ne voudrais pas par 'mon refus donner occasion à quelque événement qui pourrait être également fâcheux et désagréable pour les deux cours. Non content de cela, et quoique, comme je l'ai déjà dît, je n'eusse Aucunement refusé de con^ntir à l'extradition de Sprînger, M. de Nolcken me vint faire des menaces, en me déclarant brusquement, dans une troisième visite qu'il

346 X. AVFAnuB ns m. auiiiaoxiw^ -

me fit le même matm, * et pour la même affiiire, qne y. M. avait jugé & propos de faire renforcer la garde qui était autour de ma maiton, et qu'elle attendait k être instruite dans une lieure de mes intention» an aaj«t de l'extradition de Springer, "i^fiu que Y. M» açût les mesures qu'elle anfait k prendre.

Une déclaration si claire et si formeUe ne pouvait renfermer aucun équivoque $ car les mesures les plus efficaces avaient été déjà prises pour empédier . que Springer n'échappât, et l'on avait pour cet effet renforcé jusqu'au nombre de 400 hommes les troupes. gfQÎi^taient autour de ma maison* H était donc questim de mesures ultérieures. Celles-ci ne pouvaient consister que dana la force et la violence 9 comme on l'a fait Voir bientôt après par des actes d'hostilités réelles^ car vers les midi, lorsque fêtais monté elf^ carrosse pour faire quelques visites, on me fit suivre par-tout par un officier à cheval. Les troupes eurent de plus ordre de charger â balle. Les gens qui voulaient venir chez moi, furent arrêtés, et n'eurent pas la permission d'y entrer. On tenta même de fouiller mes gens.

Par tout ce que je viens d'avoir l'honneur d'exposer à y. M. il est évident, qu'on n'a pas eu pour moi dans cette occasion les procédés que les usages gêné-ralement reçus auraient exigés, ni les égards dûs aux têtes couronnées, dans la personne de leurs représentans. On a d'abord commencé par des mjenaces et des violences: on m'a traité moi-même comme un prisonnier, en ne me perdant pas de vue en quelque façon: en un mot, on a fait tout ce que l'on a pu pour me forcer à l'extradition du marchand Springer.

Pour pallier ces procédés extraordinaires, on a débité, 1) que les troupes, dont on a environné ma maison, n'ont dû servir qu'à me défendre contre la populace. 2) Qu'il y a une ordonnance de cette cour qui décide contre les ministres étrangers en pareil cas.

MiK. ziTJkNaii. A STocxfioiiMj £N 1747* 347

X Pégard du premier ardcle, il ne parah pas qu'on ait pu raiflonnablement prévoir ou croire que la po^pulace avait conçu quelque mauvais dessein contre ma maison, et l'événement l'a fait voir, puisque le jour que le marchand Springer fut exposé sur Téchaffaud, bien loin de lui faire la moindre insulte, la populace témoigna compatir à l'afiront et à la peine que l'on faisait soui&ir audit Springer.

Pour ce qui regarde le second article, il est no-^ toire qu'un souverain peut foire telles ordonnances que bon lui semble à l'égard de ses propres ministres ; mais on conviendra au^i que si ces ordonnances renferment des cboses qui soient contraires au droit des gens, reconnu et reçu partout, elles ne peuvent s'appliquer aux ministres des autres puissances, à moins d'un consentement ou d'une convention préalable.

Voilà, Sire, les représentations que j'ai ordre exprès du roi mon maître de faire à V. M. sur ce qui s'est passé mardi 17 Novembre dernier, au sujet de l'extradition du marchand. Springer qui s'était réfugié chez moi. S. M. Britannique croit que ses ministres ne sont responsables de leurs actions qu'à elle seule 5 que c'est à elle qu'il faut porter des plaintes dans le cas où un d'eux aurait pu s'écarter de ce qui est du au souverain auprès duquel ils résident,! et; elle ne saurait donc regarder la manière dont on en a agi envers moi dans cette occasion, que comme une infraction manifeste du droit des gens. C'est pourquoi S. M. Britannique s'attend de la justice connue de V. M. qu'elle fera examiner sans délai la conduite de ses ministres dans cette affaire, et me fera donnée une satisfaction aussi éclatante^ que les outrages et les violences exercées envers moi ont été publiques.

Je reviens, Sire, présentement aux plaintes que j'ai si souvent portées et aux représentations que j'ai si

«pvnt fidM .t0Mlwitt IlÉMd» «^pfc# f^

4i Pannée pastëe. QiM^N.^»likii« fiei^QA, fqpip 4i^er pour me mfeMr Ifc lA ii^ iihm ^j^pJd^

é^'wL Brimnifiui M «kn^ak attrikHr eê

«ilMlpraiiet duKoôlloii» d^e ecitmeg pferwMè» Thfcâ

'^gpn^) eir an"^ • poJmjdb msuM^Jlift «iai^ pjbt géné^^kmfait reçue ^ f fjjl i i ri , iW||r*ti'^* »Que ^îftBiix q« oflement et oiiiii^j|m Aq>i|j||iwii iwptiMici^ i^lK Tiotenl pM «eulemeM 'lei db^ dte g|éir bA 00»j^cttcrt âutfêi un crime cmiûd «outre ilèrlawirfnk^ ^,11 que ci erime e«l capiiAl èm» i> pwyrg>* ii%nîflciyytion^ e*esl à .dhre ponÎMable cl& luovt^ Anstî otite vérité a été reconnue de tout ten^ eu Suéde, iiéqpi' pi^e d'un ministre de l'iemperenr «faut été inanhé pw un cavalier du temps de Charies XI9 .ledit eavulier An condamné à mort, de Taj^probation de ce prince,. -comme on le voit par la lettre de S. M. au gouTemeor- de ee|te

vffle.

On prétend ici que la satirfacdon ^e j^ denuoide, eat eontraxpe aux lois et & la forme du gouyemement de ce royaume 9 mais S.' M. Brilannicjue est trèa--bien i&s* truite que, selon le» lois de Suèdé^même, oa ne peut me refuser Parrestation des gardes de nuit en question, puisqu'elles disent expressément; ^que dans }e« eaa de ,^ quelque crimie énorme, plainte ayant été portée dans ^l'instant, ou dans les 24 benres, la personne accusée ^doit d'abord être mise aux arrêts/^

^ le crime dont ces gens ont été coupable» à mou égard j est punissable de mort, comme le roi OiarlesXI Pa reconnu, on ne aaurait donc objecter que ce n'est pas tm crime énorme. On ne saurait non plus dire que j'ai manqué aux formalités prescrites par la toij puisque l'on sait que j'ai porté mes plaintes à M. de Ndcken, •elumcelier de la cour, le jour après PinQulte; et plu-

MIN. D'ANGIi. A STOCKHOIiMJ EN 1747. 349

sieurs lieures avant qtie les vingt -«{oatre Heures fussent expirées.

S« M. Britiomiqira ne pouvant donc regarder tous les délais qu'on apporte à la justice qui m'est due dans cette affaire, que cotnme des faux-fuyans que certaines persomies ici emploient pour me la refuser, c'est au nom et par.leli ordres exptîès du roi, mon mahre, que j'insiste de redhef auprès de Y. M. sur la satisfaction que j'ai inutilement demandée jusqu'ici, et S. M. Britannique s'attend qu'elle sera non seulement prompte, mais publique.

Le soussigné a Tlionneur de se reconmiander trè*respectueusement à la bienveillanec de Y. M.

Fait à StoclOiolm le 13 Février 1748.

M. GUIDEGKENS.

Mémùirê de fa cour de Suède, remit par te mtnùire du roi uccrédité à la cour de Londres ^ au ëecrétaire d'état de S. M. Britannique^

S. M» le roi de Suède aurait cru ne pouvoir faire un usage plus convenable du mémoire ci-joint que M. Guideckens, ministre de S. M. le roi d'Angleterre, lui a adressé, qu'en le lui renvoyant immédiatement, si elle n'en avait été empécliée par la seule considération, qu'elle y a trouvé employé le nom respectable de S. M. Britannique» Mais sa dignité ne lui permettant point d'entrer en discussion avec un ministre dont la plunxe respecte si peu les droits les plus sacrés, elle a mieux aimé ordonner au ministre soussigné de s'ouvrir directement au ministère de S. M. le roi d'Angleterre, sur le principal sujet du mémoire.

Le récit de ce qui s'est passé loirs de l'extradition du criminel, nommé Springer, que le soussigné a déjà

MIK. D'ANGIi. À STOCKHOliMJ BK 1747- 351

indignation^ si son ministre & la conr de S. M. le roi d'Angleterre eût abusé ainsi de son caractère pendant les derniers troubles d'Ecosse.

Ce serait faire tort aux lumières et à Péquité de S. M. Britanni^ey que dappuyer d'avantage sur ce sujet^ On passe à l'injurieuse séparation du roi et de son ministère, c[ue M. Guideckens fait dans son mémoire, comme il l'a déjà fait ailleurs. Q est étonnant qu'après un si long séjour en Suéde, il ait pu vouloir s*abuser lui-même sur la forme du gouvernement. Il ne peut ignorer combien les démarches du ministère y sont subordonnées aux ordres du roi, et bien loin que S, M. puisse lui passer d'avoir osé lui demander satisfaction de son ministère, elle est fondée elle-même à demander justice à S. M. Britannique d'un outrage fait à soti autorité et à la fidélité de son conseil. Aussi il est enjoint ou soussigné d'y insister, ainsi qu'il a l'honneur de s'en acquitter par le présent mémoire.

Le second point sur lequel roule le mémoire de M. Guideckens , est l'insulte qu'il dit avoir été commise contre sa maison et contre, ses domestiques par les gardes de nuit, et dont il demande réparation. Pour mettre cette affaire dans tout son jour, le soussigné ne peut se dispenser d'entrer dans des détails qui y ont rapport, q[uoiqu'ils ne soient pas inconnus au ministère de S. M. Britannique.

Le premier mémoire, que présenta en cette occasion M» Guideckens, portait que ses gens, ayant été maltraités de paroles par trois hommes du corps d'artillerie, quatre gardes de nuit étaient survenus, et s'étaient saisis d'un de ses domestiques; que celui-ci s'étant dégagé de leurs mains, et étant rentré dans la maison, les gardes de nuit avaient voulu en forcer la porte; mais qu'on les en avait fait retirer, en les chassant A coups de bâton. Il concluait par demander que ces trois-

352 X. AFFAIRS BB M. GUIDECKENS,

hommes, et le guet, fassent arrêtés, et que l'on éliminât l'afTaire à fond. Il est à remarquer que dans le même temps on fit rapport au roi des plaintes qu^avaient pôi-tées les gardes de nuit, qu'elles avaient été insultées par les domestiques du même ministre. .Le roi ordonna aussitôt qu'on en fit part i M. Guideckens, et q[ue nonobstant des rapports, aussi contradictoires, on lui déclarât qu'il aurait pleine satisfaction, moyennant qvCîl vou* lût permettre .à ses domestiques -de se présenter devant les juges, afin d'éclaircir le fait M. Guideckena répondit qu'il s'y prêterait àès l'instant qu'il aurait appris que les accusés auraient été conduits aux arrêts. U est à observer que dans sa réponse il a eu grand soin d'assurer que c'était par ses ordres que ce guet avait été chassé et mis en fuite à coups de bâton; on laisse à juger s'il convient à un ministre, qui déclare s'être fait justice lui-même, au point de s'être arrogé le droit de châtier, de demander ensuite au gouvernement satisfaction.

Peu de temps après , il présenta un second mémoire, dans lequel il insista de nouveau sur l'arrestation préalable, avant qu'il pût se déterminer à laisser comparaître ses gens. Le roi lui fit connaître par une réponse formelle qu'il avait appris avec déplaisir les sujets de plaintes qu'il disait avoir reçus, et dont S. M. était disposée à lui faire avoir justice selon toute l'exigence du cas ; mais que les lois du pays ne permettant point de faire arrêter personne sans connaissance de cause, on le requérait encore de permettre . que ses gens assistassent à l'examen. Loin de s'y prêter, il donna, quelque temps après, un ti^oisième mémoire au nom et par ordi'c, disait -il, de sa cour, dans lequel il continua d'insister sur la satisfaction, mais tout en refusant de laisser comparaiti^e ses gens, avant que les accusés eussent été emprisonnés, prétendant que tout examen d'un fait, dont il avait été témoin oculaire, était superflu,

MIN. D^A.NGIl. À STOCKHOLM; BX 1747- 353

attendu que aon seul rajpport désirait suffire 'pour le cens** tater. Il est à remarquer toutefois qu'ayant s dit. dans son premier niémoire qu'il s'âaiti mis à la fenjêtre dans le temps où les gardes de nuit fadsaient des efibrts pour enfoncer la grille de fer, il n'a pu voir tout aii plus que cette seule et dernière circonstance. Ainsi, il ne saurait être en droit d'exiger que l'on s'en rapportât à lui sur la question de savoir qui avait donné lieu à la première insulte. La rép<mse du roi portait qu'il voyait aY«c surprise que ce ministre se fût plaint & sa cour, comme, d'un déni de justice de la part de S. iMi y. quoiqu'elle lui eût déclaré formellement qu'on. lui rendrait toute celle que le cas pouvait comporter, à canditioh. qu'il se prêtât de son côté aux formalités que lea* ordonnances prescrivaient, et qu'il At comparaitr^e ses gens pour éclaircir l'affaire;, que la même difficulté subsistant de. sa part,' il devait s'en prendre à lui-même de ce que la satisfaction n'avait point encore été donnée* Qu'à l'égard des ^ formalités , elle n'exigeait i*ien à. quoi elle n'assujettit ses propres ministres dans les cas qu'exigeaient, les lois du pays, et qu'elle espérait de l'équité de S. M. lie roi d'Angleterre qu'elle aurait égard à ces circonst|mces. M. Guideckens a refusé constamment de s'y accommoder, quoique le ministère de S. M. le roi d'Angleterre eût déclaré au ministre de S. M. le roi de Suède, que M. Guideckens avait le pouvoir de se relâcher là-dessus, dans le cas où ce serait en conformité des ordonnances du pays. Cependant le roi, par. un effet de ses égards pour S. M. le roi d'Angleterre, donna ordre que la chose fût examinée de la manière la plus scrupuleuse, indépendamment des éclaircissemens qu'on avait espqifg. envain d'obtenir des domestiques du miniistre. Cet examen, loin de justifier le détail rapporté dans ses plaintes, met le tort en entier du côté de ses domestiques, puisque les accusés ont déposé unanimement, et offert de le confirmer par serment, que les domestiques les avaient insultés les premiers de paroles et de

Mê .KtilAVAIKB IWMjaVUMOBMta^n.

de manièrd qae JiNMiiwhwwi '^paà U'iÊtê ifMie ptr b WoQpé, Éinâi qmô fmi lai*ftrder4e Mtf^iiMiItfté ^

§élL n ett praiÎTé de pUt ^rt ii ittu du i ffgMAiM ii dtf ito» touché à la grille» , <i' cûi'Mk ■y rt É et;pHMmg e i <*'e« flymt reça tm coup qui Félonnriliry isl donË^lf^éilMBOfr «■cute/ et ayant Toula tâifir- cefad ynie»l Éi iet? A Jènn^ UÉ^tenaillet doqt ces gaidet^'tMit mnfÊàij '^mem- féÊÏt Mpie la Vrilki r^^ WtlK^irtiiaf^it y^itii i>i> ». i f , ih ^^

àM. Oaîdedkewpar le gow cffn f Al dii l««tÂIc^^|Niiqael le Toi avâk eiljoint de luitfllâflaMr > cpqe â. lMI/riitteilda& fft dëtenninatien 1 ccr ^gniA^ iitD«j^ •poaém à lui faine avoir- ANrter k aMbfiietfdft ^u^ A «on caractère, si Ton pouvait encore prouver 'qu4 lea accnaés* fussent coupables. L'affaire eii étant demeurée li, y n'a plus d^endu que de 11. Gnideckéa» d^^btemr ikne satisfaction.- ' . : . - .

• L'exemple' du règne de Charles XI> de glorieuse mémoire, riiégué par M. Gruideckens, prouve combien on a été de tout temps soigneux A la cour de Suède de pourvoiît'à'la sûreté des ministres étnmgers^ mais il n*est point à comparer avec ce qui s'est paaeé ici. Il était question alors d'un fait notoire et ayéré , où ■ rien n'empêchait que; la justice ne pût être prompte* Ici on n'a d'autre preuve que les seules plaintes du ministre^ directement opposées à ce qui a résulté de l'examen. On ne fait piulle difficulté d'ajoutcir foi à ce qnedécjkre un ministre étranger, au nom de sA co]ar. Cest là le sens de ses lettres de créance; mais eUdà ne portent point sur des cas privés, et l'on ne saurait «ècorcter i M. Guideckens, ni k tout autre ministre étrlMIger, me sa seule :dénonciation puisse seirvir de preuve irréfragable. S: M. le roi' de Suède ne balance point à s'en rapporter à la propre décision du roi d'An^Merre, si diu» les deux cas^ dont il s'agit, jl a été possible de porter plus loin les* attentions pour elle. S^ M. n'a rien de

MIN. D'ANGL, À STOCKHOliM; EN l747. 355

plus fortemait k coeur ^e de lui en donner dan»'tous léa temps des preuves convaincantes, et elle ne désire .autre chose q[ue devoir à sa cour, â la place de M. GuideckenS| un ministre qui puisse en rendre un- conipce )fidàle à & M. Britannique. • >;■

Comme divers bruits .répandus danj9* le public faisaient croire que le baron de Korff,.^i^l)gssadeuir de l'impératrice de Russie à* la courte Stockholm^ avait eu des intelligences Avec le négociait i Springer, te ministre jugea à propos d'adï^ëssèr le mémoire suivant au roi de Suède.

Mémoire en forme de lettre adresié au roi de Suède t^ar le baron de Korff^ ambassadeur de Nmpératrice de Russie à la cour de Stockholm,

Sire, comme le bruit s^est généralement répandu dans cette ville, que le négociant Sprînger avait été alrêté par suite d'avoir fréquenté l'hôtel de l'ambassadeur soussigné dès son arrivée dans cette capitale, et que de pareils bruits pourraient suggérer au public des idées incompatibles avec les intentions amicales de- S. M. l'Impératrice, le soussigné se trouve dans l'obligation de représenter respectueusement à V. M., que si Ton gardait à ce sujet plus long-temps le silence, ces bruits paraîtraient peutêtre avec le temps vraisemblables et préjudîcîet'aîent au véritable but que les deux cours se proposent et qui doit cimenter de plus en plus l'amitié qui subsiste entre elles.

L'impératrice n'a jamais négligé, de donner à V. M. et à son royaume en toute occasion les preuves les plus évidentes de ses intentions pacifiques et de son affection. C'est dans cette vue, et pour témoigner combien S. M. Impériale a k coeiu* la tranquillité et la sûreté

MIN. o'AN&i.. À stockbolik; .sn 1747. 357

N»- VI

Lettre de M. Guideciefu adreaêe au çomtei fk i Te$sùi, secrétaire d'état des affaires, éiran^hres de, St^ède.

Monsîeui* le comte, S. M. Britaimic[ae non moins sensible k toutes les indignités et insultes, faites ici au caractère public dont je suis revêtu par elle, qu'au i*efi^ dans lequel votre cour persiste à ne point me donner la satisfaction convenable qne j'ai demandée' à diverses reprises par ordre de S. M.^ elle m'a ordonné de quitter cette cour le plutôt possible^ Ea instruisant ainsi V. Exe. des motifs qui ont engagé le roi mon maître à me rappeller de cette manière, il ne me reste plus €jiCk prier V. Exe. de voidoir bien me faire délivrer les passeports nécessaires pour moi, ma femme, mes eufans et mes domestiques; en tout pour onze personnes comme V. Exe. le verra par la note ci-jointe.

J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée votre, etc.

GUIDECKENS.

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