‹ Causes et mécanisme du bruit du souffleChapitre 10 sur 17 · SOUFFLE · texte numérisé non relu

SOUFFLE

Bruits musicaux.

Dans certaines circonstances le bruit de souffle revêt un caractère particulier; tantôt il est grave et modulé, tantôt il est aigri, piaulant, sibilant, etc. Ces modifications, dont je ne dirai qu’un mot, tiennent à des conditions encore mal connues. On peut cependant les ranger sous deux chefs principaux , et les diviser en : 1“ bruits musicaux produits par la seule vibration du liquide; 2° bruits musicaux produits tout à la fois et par la vibration du liquide et par la vibration de corps placés sur le trajet de 1a, veine.

Savart a étudié la première question, mais il déclare lui-même que les conditions où le liquide affecte en vibrant un caractère musical, sont difficiles à saisir.

En recevant une veine sur un plan résistant et peu sonore, un cube de bois, par exemple, Savart a vu la veine s’étaler, et ses radicules en rayonnant engendrer un son musical. Il est une disposition fréquente dans l’économie et qui se rapproche un peu de ce cas, c’est une disposition en S. Supposons (fig. 29) un tube mince de caoutchouc , muni en R d’un rétrécissement dans la première position AB, position rectiligne, on entend en S un bruit de souffle ordinaire; mais, si nous

inclinons le tube de manière à lui donner la position A’ B’, on perçoit en S’ un bruit de souffle plus fort et affectant un caractère particulier.

FiîiirBS 29 et. 30.

Cette disposition en S est très-nette au golfe de la veine jug'ulaire à ce niveau , ainsi que l’a montré M. Bondet, il se produit souvent dans l’anémie une veine fluide, veine fluide renforcée par cette disposition en S, et cause de bourdonnements d’oreille intolérables. M. Potain admet que l’excès des principes aqueux du sang peut donner aux vibrations de ce liquide un caractère musical.

2° Bruits musicaux dus à la vibration de corps interposés.

Une veine fluide est lancée dans l’espace , si on en approche une membrane tendue sur un cadre, ainsi que l’a fait M. Chauveau, on perçoit aussitôt, outre le bruit inhérent à la veine, un son musical très-intense.

Nous avons obtenu des sons analogues avec la disposition suivante. Soit (fig. 31) le tube A, muni du rétré-

Figures 31 et 32.

cissement R, il se forme en S une veine fluide, et on observe un bruit de souffle ordinaire; mais, si nous

remplaçons la portion de tube SG par le tube S’ G’, armé en M d’une petite membrane tendue , la veine fluide qui se forme en R viendra butter contre la petite membrane, qui, alors, vibrera en produisant un son quelquefois tellement intense qu’il couvrira le bruit de la veine elle-même. C’est dans ces cas que l’on pourrait comparer la veine fluide à un archet, et la membrane tendue à une corde de violon.

Si maintenant on adaptait le tube S’ G' à un tube de même calibre sans rétrécissement, on n’obtiendra qu’un bruit de souffle ordinaire , si la membrane est trop épaisse ou pas assez tendue ; dans ces conditions elle n’agirait qu’en produisant un rétrécissement. Si au contraire la membrane est mince et tendue , elle agira non-seulement comme un rétrécissement, mais elle vibrera elle-même et produira un son musical, moins intense toutefois que dans le cas où elle se trouve après un rétrécissement.

On peut varier la disposition de ces petites membranes et imiter celle des valvules sig’moïdes, par exemple, comme dans le tube A B, fîg*. 33.

Figure 33

dans tous ces cas, on obtient des sons musicaux qui rappellent exactement ceux qu’on observe sur les malades.

Ces bruits de souffle à timbre musical se rencontrent dans certaines lésions organiques du cœur. L’autopsie dans ces cas permet quelquefois de constater sur les bords de l’orifice altéré des productions fibrineuses.

Le Dr R. Tripier, médecin des hôpitaux de Lyon, a signalé deux cas de ce genre.

Dans une thèse de 1865, le D' Rondet (de Miribel) rapporte l’autopsie d’un vieillard mort d’un rétrécissement et d’une insuffisance aortique.

« Il avait présenté, pendant toute la durée de son séjour à l’hôpital (un mois, au moins), un double bruit de souffle qui revêtait, au moment de la systole ventriculaire, un timbre musical très-prononcé.

« A l’autopsie, nous trouvâmes, adhérant à une des valvules sigmoïdes altérées, une production pseudomembraneuse, de consistance fibreuse, paraissant déjà ancienne, qui se prolongeait dans l’aorte et avait une largeur de près de 3 centimètres. »

M. Chauveau a pu produire des bruits musicaux dans les jugulaires des chevaux; pour cela, il détermine un rétrécissement, et, par suite, une veine fluide vibrante sur un point du vaisseau, puis au moyen de petites épingles recourbées, il saisit les valvules par leur bord libre, etselon qu’il les laisse flotter dans le courant ou qu’il les applique contre la paroi du vaisseau, il constate la présence ou la disparition du souffle musical.

Des causes qui modifient le bruit de souffle dans sa transmission.

Il peut se faire que le bruit de souffle restant normal (la même chose a lieu pour les bruits du cœur), arrive cependant à l’oreille avec un caractère particulier, un timbre métallique. Ce changement dans le timbre du bruit,

tient à l'interposition de corps jouant un rôle analogue à celui des caisses de renforcement.

Quelque temps avant sa mort, Laënnec, auscultant les battements de son cœur, fut frappé de leur trouver un caractère particulier, un timbre métallique. Cherchant à se rendre compte du phénomène, il crut en trouver la cause dans le voisinage de l’estomac, distendu par des gaz; il fut bientôt confirmé dans son opinion, une éructation abondante ayant eu lieu, le caractère métallique disparût et les bruits du cœur reprirent leur timbre habituel.

Cette influence de la pneumatose stomacale sur le caractère des bruits du cœur et du bruit de souffle a été signalée par plusieurs auteurs. Elle est fréquente chez les rhumatisants.

Dans d’autres circonstances, c’est une cavité pathologique qui agit, en renforçant le bruit, ou en le dénaturant, une caverne pulmonaire, par exemple.

Un phthisique portait à la partie moyenne du poumon gauche une énorme caverne, en même temps il présentait au cœur un bruit de souffle systolique qui retentissait en arrière avec une violence extraordinaire et un timbre métallique très-accusé. Ces faits sont loin d’être rares chez les tuberculeux.

D’autres fois, c’est un accident entraînant à sa suite un pneumothorax, comme le montre le fait suivant, rapporté par Beau : « J’ai observé, en 1840, à l’hôpital Saint-Antoine, un résultat de sonorité métallique qui mérite d’être signalé. Il existait, chez un homme qui avait eu le poumon droit et l’oreillette droite traversés par un coup de couteau, et qui, par suite de cette double plaie, était affecté d’un pneumothorax et de péricardite

Ber^eon •

avec des granulations très-marquées des deux lames du péricarde. M. Nélaton, aux soins duquel le malade était confié, fut frappé des phénomènes singuliers qu’il présentait, sous le rapport de l’auscultation, et il m’invita à l’examiner.

« On notait d’abord un bruit de frottement du péricarde avec frémissement cataire ; et ce bruit était si intense, qu’on l’entendait à 1 mètre de distance. Sur le côté droit du thorax, on percevait du souffle amphorique et de l’écho métallique ; mais, de plus, il y avait en ce point un son métallique qui se faisait entendre à chaque pulsation du cœur, et qui était le résultat de l’ébranlement produit dans l’épanchement gazeux à chaque frottement du péricarde »(1).

(1) Traité de V auscultation, 1856, p. 192.

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