‹ Causes et mécanisme du bruit du souffleChapitre 2 sur 17 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

En présence de tant de théories proposées pour expliquer les bruits pathologiques, que l’on désigne sous le nom générique de bruit de souffle, lorsque des opinions si différentes et contradictoires viennent d’être émises, il y a quelques mois, au sein de la Société médicale des hôpitaux; et qu’on voit des auteurs, comme MM. Germain Sée, dans son Traité des anémies, Monneret, dans une clinique récente, et Depaul, dans le dernier volume du Dictionnaire des sciences médicales , adopter chacun une explication opposée, n’est-on pas autorisé à dire que la véritable cause de ces bruits n’est pas connue, et que l’expérience n’a pas encore prononcé son dernier mot?

Lorsqu’en 1858, M. Chauveau lut, à l’Académie de médecine, son remarquable travail sur les murmures vasculaires, il fît faire un pas considérable à la question, en la transportant sur son véritable terrain, celui de la physique. Beaucoup de médecins se rangèrent à son opinion. Si aujourd’hui la théorie de M. Chauveau n’est pas universellement admise, s’il reste encore quelques points contestés, c’est qu’en effet cette théorie ne saurait s’appliquer à tous les cas où s’entend un bruit de souffle. Incontestable dans les rétrécissements, elle

est inadmissible pour expliquer le souffle dans d’autres maladies, les insuffisances valvulaires par exemple.

La théorie que je propose n’est point en contradiction avec les idées de M. Chauveau, elle n’en est, en quelque sorte, que l’extension. C’est en appliquant aux vibrations du sang* les lois qui régissent les vibrations de tous les liquides ; c’est en reproduisant sur des tubes inertes les phénomènes mécaniques qui engendraient chez l’homme certains bruits de souffle, que j’espère arriver à donner une explication plus générale.

Je veux tout d’abord, réfuter une objection que l’on entend répéter souvent, et qui, bien que mal fondée, n’en jette pas moins un certain discrédit sur les expériences qui ont la prétention légitime de reproduire les phénomènes mécaniques de la circulation. Vous ne pouvez pas, nous dit-on, conclure des tubes inertes aux tubes vivants; la vie intervient, détermine des phénomènes qui nous échappent, et qu'il serait puéril de chercher à reproduire. Cette objection n’est pas soutenable. J’en pourrais donner comme preuve les nombreuses expériences de Corrigan, Piorry, Aran, de la Harpe (de Lausanne), Monneret, Beau etc,, expériences où l’on a pu reproduire, post morlem , des bruits de souffle qui avaient existé pendant la vie.

L’inverse a été fait, c’est-à-dire qu’on a pu, sur l’homme vivant, produire des bruits de souffle et les faire disparaître à volonté comme le prouve le fait suivant rapporté par MM. Barth et Boger. «Un jeune homme de 23 ans était affecté d’une ascite considérable, communiquant avec le scrotum par le canal inguinal. En refoulant le liquide de la tunique vaginale dans le ventre et en abandonnant ensuite le flot à luUmême, on

entendait au niveau de l’ouverture de communication un bruit semblable à celui d’une voiture roulant dans le lointain. Si l’on exerçait en même temps une pression sur le ventre de manière à faire passer le liquide avec plus de rapidité, du péritoine dans la tunique vaginale, le bruit devenait plus intense et plus sonore; il avait son maximum au niveau même de l’orifice. » (1).

On a reproduit les bruits pathologiques de la circulation en se plaçant dans des conditions purement physiques, ainsi que l’on fait MM. Marey et Chauveau; mais la théorie de M. Chauveau n’est pas assez générale, et elle exige une disposition (rétrécissement suivi de dilatation réelle ou relative) qui n’est pas indispensable à la production du bruit de souffle. En second lieu, la veine fluide, dont parle M. Chauveau, n’est qu’un phénomène secondaire, une conséquence qui se lie forcément à un ébranlement primitif. Aussi M. Marey a-t-il pu dire (2) : «Personne, jusqu’ici, n’a donné la démonstration réellement scientifique de la cause des bruits de souffle. »

C’est à l’étude de cette cause que j’ai consacré ce travail en m’appuvant d’une part sur les données de la physique et principalement sur les lois posées par Félix Savart, et d’autre part sur quelques expériences faites avec mes deux amis le D' Ch. Ivastus, professeur à l’école La Marlinière, et Victor Bravais, interne des hôpitaux de Lyon.

Je diviserai cette étude en deux parties : partie phy-

(1) Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, 1852, n° 17, p. 322.

(2) Marey, Physiologie médicale de la circulation du sang, p. 468.

sique et expérimentale, partie de physiologie pathologique.

Comme tous les bruits possibles, les bruits de souffle sont le résultat des vibrations d’un corps, et par conséquent soumis aux lois ordinaires de la physique. C’est par l’étude de ces lois que je commencerai. Je rechercherai ensuite à produire expérimentalement les conditions mécaniques qui font naître un bruit de souffle ou en modifient les qualités.

Dans la seconde partie, après un court historique de la question, j’étudierai les bruits de souffle cardiaques ou vasculaires, soit qu’ils aCcompagment une lésion organique, soit qu’ils se manifestent en l’absence de toute altération anatomique appréciable.

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