‹ Causes et mécanisme du bruit du souffleChapitre 4 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

te

QUELLES SONT LES CONDITIONS QUI PEUVENT DONNER NAISSANCE A UN ERU1T DE SOUFFLE?

De même qu’à l’état normal le sang coule silencieusement dans les vaisseaux, de même dans un système

de tubes uniformément calibrés la circulation est apho-

ne. Pour troubler cet état et faire naître un bruit, il faut qu’une cause intervienne en modifiant l’état du liquide, de la circulation ou des parois.

Je vais chercher à reproduire et à étudier ces modifications.

§ 1er. Modifications dans l'état du liquide.

Les modifications dans l’état du liquide ne peuvent porter que sur sa quantité ou sa qualité.

A. Quantité. — Les variations dans la quantité du liquide (pourvu qu’elles n’entraînent pas un changement de calibre) sont incapables à elles seules de produire un bruit. {

(i) Laënnec, Traité de l’auscultation médiate, édit. M. de Andral,

t. III, p. 81; 1837.

M. Chauveau a fait plusieurs expériences qui le démontrent.

«lre expérience. On injecte 10 litres d’eau tiède dans la jugulaire d’un cheval, la masse du liquide se trouve ainsi considérablement augmentée, cependant l’oreille appliquée avant et après sur le vaisseau ne révèle aucune modification.

2e expérience. Au lieu d’auganenter la masse du sang on pratique une saignée de 10 k°, meme silence de l’auscultation; des saignées, répétées pendant plusieurs jours, rendent un cheval presque exangue, on ne perçoit toujours pas de bruit de sou ('fie. »

Nous verrons cependant que chez les animaux que l’on fait périr par hémorrhagie, chez les personnes qui ont eu des pertes de sang abondantes et enfin chez bon nombre d’anémiques, on peut percevoir un bruit souffle systolique siégeant à la base, coïncidant avec une lésion anatomique appréciable. Nous verrons également que chez les anémiques où existe une diminution réelle de la masse totale du sang, on peut percevoir un bruit de souffle dans certains lieux d’élection. Ex. Golfe de la veine jugulaire (Bondet). Sinus veineux (Nonnat). Mais une condition nouvelle intervient alors, c’est un changement de calibre. Dans un tube extensible, tube mince de caoutchouc, nous alternons la pression de telle sorte que tantôt les parois sont tendues, tantôt elles subissent une pression beaucoup moins considérable et reviennent sur elles-qiêmes, le silence de la circulation n’est pas troublé, pourvu toutefois que la partie souple du tube ne se trouve pas en contact avec une partie rigide, ce qui rentrerait alors dans les modifications de calibre que nous étudierons plus loin.

On peut donc admettre avec M. Chauveau que les variations, dans la quantité du liquide, ne peuvent à elles seules déterminer un bruit.

B. Composition du liquide. — Quelle que soit la nature du liquide qui circule dans un tube, que ce liquide soit visqueux ou très-fluide, dense ou lég*er, l’auscultation ne révélera aucun bruit, nous avons expérimenté avec des liquides de viscosité différente, comme de l’huile et de l’alcool ou de densité variable, soit une solution concentrée de chlorure de sodium, de 1,888 et d’alcool n’ayant que 0,829; dans tous ces cas l’auscultation est négative.

§ II. Modifications dans l’état de la circulation.

A. Vitesse du liquide. — La vitesse, à elle seule, ne peut produire un bruit de souffle, presque tous les auteurs (1) sont unanimes sur ce point; Weber seul prétend avoir obtenu des bruits de souffle dans des tubes d’un calibre uniforme en employant une vitesse considérable, il ne nous a pas été possible’de reproduire ce phénomène, soit avec un siphon de plusieurs mètres de hauteur, soit avec un ballon en caoutchouc sur lequel nous avons placé des pressions considérables (20 kilogrammes.)

B. Tension. — La tension, lorsqu’elle est uniformément augmentée ou diminuée, comme par exemple

(1) M. Monneret place dans la vitesse la cause essentielle du bruit de souffle ; mais cet observateur se sert de tubes dont le calibre est modifié. S’il s’était servi de tubes uniformément calibrés, il n’aurait rien obtenu, quelle que soit la vitesse employée.

dans des tubes plus ou moins longs, ne détermine aucune modification appréciable.

§ III. Modifications dans l'état des parois.

Puisque nous ne trouvons ni dans la quantité, ni dans les qualités du liquide, ni dans des modifications uniformes de la circulation la cause dubruitde souffle, recherchons maintenant cette cause dans des modifications inhérentes auxparois des tubes; elles peuvent êtrededeux sortes, et porter, soit sur la composition des parois, soit sur leur calibre. La composition des parois ne peut rien produire à elle seule, il en est de même de l’état lisse ou rugueux de leur intérieur. M. Chauveau a démontré que l’état rugueux des parois était sans influence.

« Je mets à nu (I), dit-il, la carotide d’un cheval dans une étendue de 10 à 15 centimètres; puis, avec un fil volumineux serré avec vigueur autour du vaisseau, je coupe les tuniques interne et moyenne sur quatre ou cinq points assez rapprochés; les tuniques, déchirées par cette astriction, forment des rugosités très-sensibles à la face interne de l’artère, rugosités dont on peut encore augmenter le nombre et la saillie en serrant celle-ci entre les mors d’une pince, et en écrasant ainsi irrégulièrement les membranes friables du vaisseau. Cependant si j’ausculte ce vaisseau, soit au niveau de la partie mise à nu, soit au-dessus, soit au-dessous, je. constate que la circulation s’y fait encore d’une manière tout à fait aphone; on ne perçoit aucune trace de bruit de souffle. »

(1) Chauveau, mémoire sur les murmures vasculaires, p. 7.

En outre, M. Chauveau se sert de tubes en verre dont il dépolit la paroi interne en la badigeonnant soit avec du collodion soit avec de vernis à l’alcool, qui lui serventà fixer de petites aspérités produites par l’insufflation d un peu de poudre de grès. La circulation dans ces tubes est toujours silencieuse.

Modifications dans le calibre des tubes. — Si les changements de substances et l’état lisse ou rugueux des parois sont incapables de produire un bruit, il n’en est plus de meme des changemeuts de calibre. Il suffit, en effet de pincer, même très-légèrement, entre les doigds un tube de caoutchouc dans lequel circule de l’eau avec une vitesse analogue à celle du sang à l’état normal, pour percevoir très-distinctement un bruit de souffle et un frémissement sous le doigt.

Si on fait passer, fig\ 6, un courant d’eau dans les tubes A B, A’ B’, A” B”, on percevra dans les trois cas un bruit de souffle aux points E, E’, E”.

Figure? 6, 7, 8.

Dans tes deux premiers cas A B, A’B’, il y a une dilatation réelle, c’est-à-dire que le liquide s’écoulant en AB ou en A’B’ passe d’une partie rétrécie BB’ dans une partie réellement plus large EE’. Enfin, dans le troisième cas, le liquide qui s’écoule en A” B” passe bien après

avoir franchi R” dans une partie relativementplus grande E”; il existe donc dans tous ces cas une disposition analogie : rétrécissement suivi de dilatation. C’est ce qui a permis à M. Chauveau de poser cette loi : «Tout hruit de souffle résulte des vibrations d’une veine fluide intravasculaire qui se forme constamment lorsque le sang* pénètre avec une certaine force d'une partie étroite dans une partie réellement ou relativement dilatée^ du système circulatoire. »

Dans tous ces cas, ainsi que l’a très-bien fait remarquer M. Chauveau, le souffle se propage dans le sens du courant.

On peut obtenir un bruit de souffle, non plus au passage d’une partie étroite dans une partie dilatée, mais bien avec une disposition précisément inverse, c’est-àdire au passage d’une partie large dans une partie étroite. Ainsi, par exemple, dans le tube AB représenté figure 9.

Figure 9.

On obtient en C C un bruit de souffle très -manifeste se propageant en S S’, c’est-à-dire en sens inverse du courant.

Nous avons ici une disposition tout à fait différente des dispositions précédentes, puisque le liquide passe d’une partie large dans une partie étroite.

Mais il n’y a pas seulement le passage d’une partie large dans une partie étroite. Ainsi dans le tube A’ B’

fîg*. 10, nous avons bien encore le passage d’une partie

Figure 10.

large dans une partie étroite , mais cette fois l’écoulement est silencieux.

Dans le premier tube A B fîg. 9, il y avait une condition de plus, la disposition en cül'-dc-sac C G ; pour prouver que c’est bien cette disposition qui fait naître le bruit de- souffle on peut faire l’expérience suivante :

Soit fîg. 11, un tube de caoutchouc A , dans lequel on introduit à frottement un anneau métallique assez mince pour ne pas modifier le calibre, puis on adapte ce tube à un petit tube rigide B. Avec la disposition

Figure»! 1 .

représentée fîg. 11, l’écoulement est silencieux, ma si on fait- pénétrer le tube B dans l’intérieur du tube A, de manière à reproduire des culs-de-sac G G, ainsi que le représente la fîg. 9, alors le souffle reparaît.

On peut de nouveau le faire disparaître en retirant le tube B et en le ramenant dans la position représentée fîg. 11.

L’anneau M sert à faciliter ces manœuvres; en maintenant fixe et béant le calibre du tube flexible de caoutchouc A, il permet l’introduction ou la sortie du tube B , u’est-à-dire la reproduction ou la disparition du cul-de-sac GG, et aussi la production ou la disparition du bruit de souffle.

1868. — ■ Bergeon.

Une disposition en culs-de-sac peut donc de la même manière qu’un rétrécissement suivi de dilatation réelle ou relative produire un bruit de souffle, mais il y a une condition essentielle à remplir, il faut que l’ouverture des culs-de-sac soit dirigée contre le courant; si par exemple nous introduisons dans un tube de caoutchouc un petit cône en fer blanc, et que nous adaptions le

tube à un système de syphon, dans la première position, le petit cône n’agira que comme orifice rétréci, et on entendra un bruit de souffle au point S seulement, tandis que dans la 2e position, l’ouverture du cul-de-sac étant dirigée contre le courant, le petit cône produira deux bruits de souffle avec un 1° maximum d’intensité en S, (souffle du cul-de-sac) et un second en S’ produit par l’orifice rétréci.

Il n’est ici question que de changements brusques dans le calibre des tubes, autrement la circulation a lieu comme dans les tubes uniformément calibrés, c’est-àdire qu’elle est silencieuse.

Nous pouvons donc conclure que les changements brusques dans le calibre des tubes sont la seule cause capable de produire un bruit de souffle.

Ces changements de calibre peuvent se ranger sous deux types :

1° Rétrécissements suivis de dilatation réelle ou relative, ainsi que l’a signalé M. Chauveau.

2° Disposition en cul de-sac, comme le prouvent les expériences, fîg. 9. 14, 19, etc.

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