‹ Causes et prévention de la cécité [electronic resource]Chapitre 11 sur 77 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le but essentiellement pratique de ce travail est de rechercher les causes de la cécité, afin de pouvoir les combattre et de diminuer ainsi le nombre des aveugles. Dans ce dessein, je prends le mot cécité dans un sens plus large que je ne le ferais s'il s'agissait d'une recherche purement scientifique. De hauts degrés d'amblyopie anéantissent, aussi bien que la cécité complète, la possibilité pour l'homme de travailler, de telle sorte que dans ces conditions il est malheureux et devient forcément un fardeau pour la société.

Au sens scientifique du mot, est aveugle tout œil qui n'est pas capable de percevoir la sensation objective de la lumière (amaurose). Cette cécité peut être monolatérale ou affecter les deux yeux Elle est, à l'exception de cas exlraordinairement rares, incurable. Au sens scientifique, est amblyope

tout œil qui, en aucune façon, ne peut parvenir à atteindre la force de vision normale. La science, d'après cette délinition, désigne aussi comme amblyopes des personnes qui, elles-mêmes, ne croient pas l'être; par exemple, des personnes dont le vice de réfraction ne peut être complètement corrigé.

D'un autre côté, un haut degré de myopie est compatible avec une vision normale, grâce à l'emploi de verres correcteurs. Cependant, telle personne se croit atteinte d'une faiblesse de vue, parce que l'exercice de sa profession la contraint à ne pas faire usage de lunettes. Pour le but pratique que nous poursuivons, nous choisirons la désignation (cécité ou amblyopie) suivant le préjudice que l'état de la vue cause à l'individu, en tant qu'il doit gagner sa vie par son travail. Nous appellerons aveugle celui dont la force visuelle est à ce point diminuée, qu'elle le rend incapable d'apprendre aucun des métiers nécessitant l'usage appliqué des yeux. 11 est d'importance secondaire qu'un tel individu ait encore conservé ou non un faible reste de sa vue; le point essentiel est que l'individu que nous désignons comme aveugle n'est pas capable de gagner lui-même sa vie, de sorte qu'il est réduit à demander l'aide de ses semblables dans les divers besoins de la vie (1).

Cette définition exclut naturellement tous les aveugles curables qu'on trouve confondus, souvent, dans les établissements d'aveugles adultes et enfants. La meilleure

(l)Cohn, dans sa statistique (Seidelman, Breslau, 1876), désigne comme aveugle, tout individu qui ne peut plus faire usage de ses yeux pour le travail.

INTRODUCTION. -i

preuve de cécité est tirée de l'impossibilité de s'orienter [Emmert) avec un bon éclairage de jour. Les héméralopes qui Qe voient plus à se conduire dès que la nuit arrive doivent être exclus de cette catégorie. L'impossiblilé de l'orientation, sur laquelle se base notre définition, s'entend seulement pour des endroits inconnus à l'aveugle ; presque tout aveugle parvient facilement à s'orienter dans son domicile. D'une manière générale, on peut considérer comme capable de s'oi'ienter, tout individu qui peut compter les doigts à un mètre de distance. Celui qui n'est pas en état d'agir ainsi n'est point, selon la règle, à même de se conduire. Je m'éloigne peu, qu disant cela, de Schmidt-Rimpler[\) et Magnus (2), qui ont établi comme limite, eu ce genre, la possibilité de compter les doigts à un tiers de mètre et même un peu au delà, par un bon éclairage.

On doit désigner comme faibles de vue, au sens pratique, ceux dont la vue insuffisante n'est pas compatible avec l'exercice de certains métiers ; ce n'est qu'exceptionnellement que de tels individus tombent à charge à leurs semblables. Si la faiblesse de la vue date de la jeunesse, elle oblige le malade à se borner à un travail grossier, qui lui rapporte moins que celui que le rendraient capable d'accomplir ses facultés en général. Si la faiblesse de la vue se manifeste plus tard, l'individu est ameué à changer de métier, ce qui lui sera d'autant plus difficile qu'il sera plus avancé en âge. 11 se pourrait même qu'une telle personne fût réduite à l'impossibilité complète de gagner sa vie et condamnée à devenir un fardeau pour la société.

(1) t7e6er Mndsein, Breslau, 1882.

(2) Magnus, La Céciléet sa prévention. Bresl.iu, 1883.

4 (;auses et prévention ue la cécité.

La stalisiiqiie de la ci'cilé repose sur des recenscmetils qui, malheureusemenl, sont loin d'être toujours exacts; Zehendcr(l), par exemple, a, dans le grand-duché do Mecklembourg, constaté que maint aveugle n'est pas classé, tandis que des voyants sont souvent inscrits comme aveugles. D'un autre côté, entre la cécité et un haut degré de faiblesse de vue, on ne fait pas, dans ces recensements, une stricte différence. lien est de même pour les aveugles curables et incurables.,

La statistique des causes de la cécité est, pour le but que je me propose, d'une plus grande importance, et naturellement encore plus difficile à établir; cette tâche ne peut être menée à bonne fin que par un oculiste, auquel il est déj.à bien difficile, sinon impossible quelquefois, de reconnaître les causes d'une cécité existant depuis longtemps.

Les statistiques surles causes de la cécité ne renferment malheureusement, jusqu'à présent, qu'un nombre relativement restreint de cas. Elles sont dues, pour l'Allemagne, à Coh7i (2) et Mag7ius {'\), pour la France à Dumont, Doumas et Fieuzal, pour la Russie à lùûckow et Skrebitzky, pour l'Espagne, à Carreras-Arago.

La statistique dressée par Seidelmmi (4) comprend mille cas de cécité, pris dans les registres de la clinique de Gohn ; deux cent vingt-quatre fois, il constate la cécité

(0 ZehendeiN .ironr(<s6/6i«/er, 1870, p. 277.

(2) Ealenburgs llecden-ydor^die d.r ye.ammtea Heilkunde. Àrlikel

BUndenstuiïslih. .

(3) Les deux auleurs basent leurs comparaisons, en partie sur leurs propres statistiques, en partie sur les travaux de Schmidt-Runpler, Slolle Uthoff, Hirschberg, Landesberg, Breraer et Katz.

(4) Etiologie et Pro})kylaxie de la cécité, diss. Breslau, 1876.

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