Cavour à Farini, 6 septembre
5. Cavour à Fanli, 7 septembre 1860, avec instructions du Conseil des ministres.
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direction des États du pape; Persano appareille sa flotte, tout en facilitant l'écroulement du trône napolitain, et l'agitation commence en Ombrie.
Les mouvements de troupes en concentration vers les États du pape, les attaques de la presse officieuse dirigées contre le Saint-Siège et son armée, la manière dont elle présentait « Lamoricière et ses mercenaires » comme « la pire des interventions étrangères interdites désormais en Italie », les déplacements des généraux et des ministres, causaient une sourde émotion à Turin et à Milan 1 : des bruits circulaient, qui approchaient de la vérité. On n'eut point longtemps à attendre pour la connaître entière.
Le 7 septembre, le jour même où Garibaldi faisait son entrée dans sa bonne ville de Naples, un délégué du gouvernement sarde, le comte de la Minerva, partait pour remettre au cardinal Antonelli une note déclarant que les massacres accomplis chaque jour dans les Marches et dans l'Ombrie par les troupes mercenaires du général Lamoricière ne pouvaient laisser insensible le cœur de Victor-Emmanuel et que, si ces troupes n'étaient rpas immédiatement licenciées, il se verrait contraint d'intervenir en faveur des populations2. Le même jour, le général Fanti était invité par le Conseil des ministres à intimer au commandant des forces pontificales de s'abstenir de toute mesure de répression contre les mouvements populaires des Marches et de l'Ombrie, et, si le général des troupes papales refusait de se conformer à cette « requête », le général de l'armée sarde devait procéder à l'occupation militaire des deux provinces « pour protéger les
1. Rayneval à Thouvenel, et le consul de France à Milan au ministère, 7 septembre 1860.
2. Le comte de La Minerva ne fut point d'ailleurs autorisé par le gouvernement pontifical à dépasser Civita Vecchia, d'où-il fit parvenir la note sarde au cardinal Antonelli.
populations contre les horreurs que pourraient commettre les troupes étrangères campées dans un État italien ». Par un heureux effet du hasard, les insurrections se multiplièrent à Montefano, Urbin, Pergola, Sinigaglia, Pesaro, Possombrone l, etc., aux cris de : « ltalia e Vittorio-Emanuele! »,Et, le 9, s'annoncèrent à Turin les délégations de ces populations martyrisées, afin d'implorer la protection du roi Victor-Emmanuel. « C'est, écrivait plaisamment le duc de Gramont, créer le désordre pour avoir le droit de rétablir l'ordre2. »
M. de Rayneval n'avait été avisé de la double démarche du gouvernement sarde que le 8 septembre au soir; Cavour l'avait justifiée en disant que « le gouvernement piémontais ne pouvant arrêter la marche de Garibaldi ni à Naples ni dans les Romagnes, devait lui opposer une barrière près des Abruzzes et empêcher aussi que l'armée de Lamoricière ne massacrât la population insurgée3 ». Le diplomate français en avisa immédiatement le quai d'Orsay. Dans la nuit, Thouvenel transmit cette nouvelle à son souverain en déclarant que « la résolution du gouvernement sarde constituait la violation la plus flagrante et la moins justifiable des droits de la souveraineté » ; l'Europe ne comprendrait pas qu'une mesure si exorbitante pût être prise sans l'assentiment de la France dont les rapports avec toutes les puissances seraient sérieusement altérés'.
L'empereur était déjà au courant de la démarche sarde. avisé, semble-t-il, par Victor-Emmanuel lui-même': 1