CE QUE COUTE LA PAIX ARUËE
ET
ET
«... Les préjugés, les rancunes qui nous divisent, n'ont-ils pas déjà trop duré ?
« La rivalité des grandes puissances empêchera-t-elle sans cesse Tes progrès de la civilisation ?
« Entretiendrons-nous toujours de mutuelles défiances par des armements exagérés ?
« Les ressources les plus précieuses doiventelles indéfiniment s'épuiser dans une vaine ostentation de nos forces?
« Conserverons-nous éternellement un état qui n*est ni La paix avec sa sécurité, ni la guerre avec ses chances heureuses ?. . . »
Napoléon 111, 5 novembre 1863.
« ... Les charges financières, suivant une marche ascendante, atteignent la prospérité publique dans sa source. Les forces intellectuelles et physiques des peuples, le travail et le capital, sont en majeure partie détournés de leur applîcatioQ naturelle et consumés improductivement.
« Des centaines de millions sont employésl acquérir des engins de destruction effroyables qui, considérés aujourd'hui comme le dernier mot de la science, sont destinés à perdre demain toute valeur par suite de quelque nouvelle découverte dans ce domaine.'La culture nationale, le progrès économique et la production des richesses se trouvent paralysés ou faussés dans leur développement...
« Les crises économiques, dues en grande partie au régime des armements à outrance et au danger continuel qui gtt dans cet amoncellement de matériel de guerre, transforment la paix armée de nos jours en un fardeau écrasant, que les peuples ont de plus en plus de peine à porter . . » Nicolas II, U-U août 1898.
Introductiou
On ne trouverait assurément personne pour nier la déplorable influence qu'exercent sur le développement du commerce et de l'industrie les armements dont l'Europe est écrasée. A ce point de vue comme à tant d'autres, l'abolition de
(1) Le sujet proposé au rapporteur par la Commission d'organisation du Congrès international du Commerce et de V Industrie était intitulé : « De l'influence des lois militaires des principaux pays sur le développenient du commerce et de l'industrie. »
On trouvera dans l'introduction de ce travail les raisons qui ont déterminé Fauteur à modifier ce titre.
la paix armée, Tinstitution de < la paix » tout court, est sans aucun doute le problème le plus urgent qui s'impose à l'attention ; elle est le problème par excellence, celui dont la solution contient en germe la solution de tous les autres problèmes sociaux, celui que nous devons, sous peine de mort, avoir résolu définitivement dès les premières années dn vingtième siècle.
Mais, d'une part, le développement commercial et industriel d'un pays quelconque est la résultante d'un nombre pro* digieux de facteurs, inextricablement enchevêtrés et réagissant les uns sur les autres, et que parfois on ne peut discerner qu'en remontant assez loin dans le passé, ou bien en portant une investigation attentive dans des domaines intellectuels et moraux qui semblent très éloignés de celui des affaires; et si, d'autre part, la législation militaire compte parmi les plus importants de ces facteurs, elle est loin d'être un des plus simples. Tout au contraire, elle forme un ensemble extrêmement complexe, très différent d'un pays à l'autre, et tel qu'on ne saurait aisément ni prévoir l'effet que telle ou telle de ses dispositions exercera sur le commerce et l'industrie, ni même le discerner nettement après coup.
Aussi ne me semble-t-il pas qu'il soit possible de traiter, dans les termes suivant lesquels il a été posé, le problème dont on a bien voulu me confier l'étude. Pour le faire avec quelques chances de succès, il faudrait pouvoir isoler successivement les éléments dont on voudrait apprécier l'action, et considérer cette dernière s'exerçant sur des milieux comparables; il faudrait par exemple pouvoir étudier deux nations dont les législations militaires ne différeraient que sur un point particulier; et encore, les conclusions auxquelles on aboutirait n'auraient-elles quelque valeur que si ces nations se trouvaient dans des conditions identiques en ce qui concerne tous les facteurs de leur puissance industrielle et commerciale, autres que leurs législations militaires. Et l'on conçoit que cela est impossible.
Une autre considération m'empêchera de m'en tenir aux termes du programme proposé.
On peut assurément considérer un détail déterminé de
inorganisation d'une armée, et en rechercher la réaction sur l'état économique du pays. Mais cette étude est, par définition même, purement nationale. L'intérêt peut en être grand pour les citoyens de la nation considérée ; mais il est nul pour les autres, chez qui la question ne se pose même pas. Il ne me semble donc pas qu'il y ait là matière à discussion pour un Congrès international, qui ne peut se préoccuper que de questions d'ordre général, international.
Au reste, les diverses parties de la législation militaire exercent sur le développement d'un pays des actions dont le sens et les répercussions peuvent être fort malaisés à déterminer, et qui affectent même parfois d'une manière contradictoire des intérêts également respectables.
Ainsi, un industriel qui a de grands intérêts outre-mer me signalait, en vue de la présente étude, la déplorable influence que l'article 50 de la loi de recrutement de 1889 exerce sur le commerce français d'exportation. On sait en effet que le Français résidant à l'étranger a peut », s'il a émigré avant l'âge de dix-neuf ans, être dispensé du service militaire; mais dans ce cas, il est tenu de rester au dehors jusqu'à l'âge de trente ans, sans pouvoir rentrer accidentellement en France pour plus de trois mois, sous peine d'être immédiatement incorporé. Or, toute considération de famille à part, un Européen résidant outre-mer a impérieusement besoin de venir rétablir sa santé, tous les deux ou trois ans, par un séjour assez long au pays natal. Cette disposition crée donc les plus grandes difficultés aux négociants et aux industriels qui veulent nouer ou entretenir des relations avec l'étranger; ils ne peuvent envoyer au dehors que des hommes libérés du service militaire, c'est-à-dire âgés en général de vingt-quatre ans; et, à cet âge, un homme n'accepte pas volontiers une situation de débutant et un changement d'existence qui l'auraient tenté quelques années plus tôt, en entrant dans la carrière commerciale. Sous ce rapport, la législation militaire allemande est beaucoup plus favorable au commerce d'exportation.
J'objectai que c'était là un point bien spécial, de nature
à intéresser un Congrès national de l'industrie et du commerce français, mais non un Congrès international ; qu'an surplus, avant 1889. notre loi de recrutement était moins draconienne, et que pourtant les Français n'émigraient pas ; que par conséquent notre défaut d'émigrants, si préjudiciable à notre commerce extérieur, était dû à des causes générales ; et que la loi de 1889 était simplement venue se superposer à ces causes, précisément quelques années avant que l'exemple de certaines autres nations vînt réveiller chez nous le goût des entreprises lointaines.
Or, quelques jours plus tard, le journal le Temps contenait un article exposant en détail les revendications de l'Union coloniale, qui a organisé en 1896 un pétitionnement contre la loi de 1889. L'article 50 de cette loi, précisément, y est représenté comme une prime à l'émigration dans les pays étrangers d'outre-mer, au détriment de nos colonies I
Par cet exemple, qui porte sur un seul article d'une seule loi, on voit quel problème serait l'étude détaillée de l'iniluence «des lois militaires des principaux pays» sur le développement du commerce et de l'industrie.
11 faut bien reconnaître, enfin, que les résultats pratiques d'une semblable étude seraient peu en rapport avec sa difficulté. Le mal dont souffre l'Europe entière est trop grave, trop profondément enraciné, trop général, pour qu'il puisse être, je ne dirai pas aboli, mais seulement enrayé dans son développement par des mesures de détail. Que l'on modifie telle ou telle disposition de nos lois militaires pour donner satisfaction aux vœux d'une catégorie déterminée de commerçants ou d'industriels, et nous n'en courrons pas moins à la ruine. En admettant que nous échappions à la plus épouvantable des guerres générales, c'est-à-dire k la mori violente, nous allons droit à la décadence commerciale et industrielle et à la banqueroute, c'est-à-dire à la mort par consomption Et cette constatation s'applique aussi bien aux nations récemment formées, encore au début de leur développement économique, qu'à celle qui les ont précédées, et dont les réserves sont plus considérables. Les unes peuvent
avoir plus de confiance dans leur ardeur, dans leur soif d'expansion productrice, les autres dans leurs richesses acquises ; mais toutes sont également condamnées, si elles ne renoncent pas à bref délai à leurs errements actuels.
Le moment est donc venu des résolutions viriles. Il faut avoir le courage de regarder en face le problème du militarisme, dans toute son ampleur. Il faut dresser le bilan de cette folie sans précédent, et donner la plus large publicité aux résultats qu'on trouvera, comme aux menaces qu'on y reconnaîtra pour l'avenir. Il faut avoir le courage de s'avouer à soi-même et de faire reconnaître aux peuples que la situation est d une gravité telle, que ce n'est pas dans de petites réformes de détail que l'on peut trouver un remède, ou seulement un allégement à tant de maux, mais que le devoir de tout bon citoyen est de crier : « Bas les armes! »
C'est à ce réquisitoire qu'est consacré le présent essai»
Point de vue moral de la question
Nous n'avons à nous occuper ici de la paix armée qu'au point de vue économique : ce que nous recherchons, c'est à quel degré les facultés productrices des peuples de l'Europe sont restreintes par la préparation à la guerre.
Néanmoins, il est nécessaire de faire une brève allusion au côté moral de la question. S'il était démontré, en effet, que la paix armée présente, à ce point de vue, des avantages considérables, il y aurait lieu de se demander si, tout compte fait, ces avantages ne compensent pas les sacrifices matériels qu'ils entraînent, et si le mieux n'est donc pas de continuer les errements actuels.
Est-il besoin de dire qu'il n'en est rien?
Certaines influences démoralisatrices de la caserne sont trop connues pour qu'il y ait lieu d'y insister. En France, c'est un ancien ministre de la Guerre, M. de Freycinet, qui a écrit : 9. Entré au régiment ignorant et honnête, le soldat en
sort trop souvent aussi ignorant et corrompu. Heureux encore quand il n'emporte pas avec lui des goûts de paresse qui le mettront pendant longtemps dans l'impossibilité de gagner bonnement sa vie (1) » ; et, parmi les publicistes qui défendent aujourd'bui le .plus passionnément l'idée militaire, il n'en est pas un qui n'ait exprimé à l'occasion une opinion semblable. Et en Allemagne, un officier d'état-major en activité de service, le colonel von Bernhardi, écrit : «l En temps de paix, l'armée permanente n'est nullement une école de caractère. Elle ne développe que trop facilement une froide chasse à l'avancement, et une sorte de subordination qui ne ressemble guère à la subordination consciente d'hommes habitués à penser librement, et qui anéantit mainte qualité militaire essentielle: la conscience de soi-même, la fierté, la franchise (2). » — Ainsi, débauche^ paresse, servilité, dissimulation, destruction de « mainte qualité militaire essentielle (I) », voici, d'après deux auteurs non suspects, le bilan de la caserne.
Bien des gens, néanmoins, estiment qu'à côté de ces influences si pernicieuses, le régiment en exerce aussi de bienfaisantes, pour lesquelles il faudrait l'inventer, s'il n'existait point. Il serait l'école essentielle du dévouement, de l'esprit d'abnégation ; il compléterait l'éducation civique des citoyens en leur enseignant le courage, la discipline et le patriotisme, en même temps qu'il leur endurcirait les muscles ; bref, il servirait à donner aux jeunes gens un entraînement physique et moral a sans lequel les nations tomberaient en décomposition. D
Le moins qu'on puisse répondre à ceux qui parlent ainsi, c'est qu'ils n'ont ni réfléchi, ni regardé autour d'eux. On sent en effet toute l'incongruité dune affirmation d'où il résulterait que les Suisses, les Belges, les Hollandais, les Scandinaves, les Anglais, les Américains, les Canadiens^ les Australiens seraient moins patriotes, moins valeureux, moins dévoués,
(1) La Guerre en province pendant le siège de Pcwis, 8« édition, Paris, Michel Lévy, 1872.
(2) Militàr-Wochenblatt de 1898, 8« supplément.
moins vigoureux que les peuples qui jouissent du service obligatoire et de son cortège d'impôts écrasants !
Sans m'appesantir sur une démonstration déjà tant de fois faite en d'autres occasions, je me bornerai à indiquer que toutes ces qualités morales si importantes, non seulement la caserne n'est pas le meilleur endroit pour les acquérir, mais encore elles doivent être inculquées à chacun avant son incorporation, c'est-à-dire dès l'enfance, dans la famille et à l'école; et, plus tard, les difficultés et les dangers de l'existence — épidémies, incendies, inondations, naufrages, chiens enragés et chevaux emportés, et tant d'autres circonstances difficiles — suffiront amplement à les c<^firmer en chacun. Au reste, ne sont-elles pas nécessaire à tous, aux infirmes ou aux faibles de constitution comme à ceux qui sont bons pour le service, aux filles - c'est à dire aux éducatrices futures — . comme aux garçons? Pourquoi donc en réserver le monopole k ceux qui passeront sous les drapeaux ?
L'armée doit être considérée comme 1 école de l'enseignement militaire, non comme celle de l'enseignement civique, ou des éléments de la gymnastique. Elle a toutà gagner, d'ailleurs, à ce que ces enseignements soient donnés par les instituteurs et les pères de famille, puisqu'elle ne recevrait ainsi que des jeunes gens dégrossis au moral et au physique, et à qui ce sera dès lors un jeu de donner l'instruction tnilitaire proprement dite.
Ainsi, d'une part, la caserne exerce sur la jeunesse des influences pernicieuses. Quant à Tinfluence éducatrice qu'on veut lui reconnaître, elle y est exercée moins bien et moins avantageusement que si chaque chose était à sa place : l'éducation dans la famille et à l'école, l'art militaire — et rien d'autre — au régiment. L'argument dont j'ai rapidement esquissé la réfutation n'est en réalité qu'un a posteriori au moyen duquel des gens, bien intentionnés d'ailleurs, et reconnaissant le néant et les vices du militarisme, mais n'osant pas se les avouer à soi-même, s'efforcent de justifier ce régime par des considérations étrangères à son véritable objet.
Cela dit, nous ne nous occuperons plus que des effets économiques de la paix armée.
— lo-
in
Objection suiTaut laquelle les dépenses militaire»
ne seraient pas improduetives
Il paraîtra peut-être superflu de démontrer devant une assemblée d'industriels, de négociants et d'économistes, que les dépenses militaires sont essentiellement improductives. Ce n'est vraisemblablement pas dans un semblable milieu qu'on entendrait dire, comme il arrive encore trop souvent : a Les dépenses militaires ne sont pas perdues, puisque l'argent qu'on leur consacre ne sort pas du pays, et qu'il procure du travail à quantité d'industries qu'un désarmement ruinerait. »
Si dénuée de fondement que soit cette argumentation, il n'est pourtant pas permis de la négliger. D'une part, en effet, elle fait partie de ce trésor de phrases toutes faites que se repassent les esprits incapables de critique personnelle, qui forment la grande majorité, et qu'il importe donc grandement d'amener à une plus saine conception des choses. Et de plus, il arrive que, précisément parce qu'un tel préjugé est très répandu, des esprits plus distingués se laissent surprendre par lui, et l'acceptent sans contrôle, lui donnant le poids de leur autorité. C'est ainsi qu'un ancien ministre de la Guerre, écrivain militaire réputé, le général Lewal, a récemment reproduit cette hérésie économique dans sa brochure La Chimère du Désarmement.
Je l'ai réfutée en détail dans un mémoire, intitulé Comment se fera le désarmement, rédigé en 1897 pour le Congrès de la Paix de Budapest, et qui, reproduit dans mon volume LEre sans violence (1), a eu les honneurs d'une présentation par M. Frédéric Passy à l'Académie des Sciences morales et politiques. Je ne puis ici que résumer cette argumentation.
Dire que les budgets militaires ne sont pas stériles parce qu'ils fournissent du travail à des établissements producteurs de matériel, revient en somme à dire qu'il est avanta-
(1) Paris, éditions de la Revue blanche, 1899.
geux de mettre le feu à une maison, parce qu'on donne ainsi de l'ouvrage à l'industrie du bâtiment et que suivant un proverbe connu, « quand le bâtiment va, tout va ».
Sans doute, quand on brûle -une maison, on fournit de l'ouvrage aux maçons, plâtriers, charpentiers, menuisiers, peintres, tapissiers, fumistes, électriciens et autres corps d'état qui la reconstruiront. Mais la communauté perd le travail, juste aussi productif pour ces hommes, qu'ils auraient accompli en bâtissant des maisons pour ceux qui n'en ont pas, ou en améliorant les maisons existantes.
On commence, il est vrai, à comprendre que toute destruction de richesse est un mal, mais beaucoup de gens en sont encore à ne pas savoir distinguer un travail inutile d'un travail utile.
Il est pourtant clair que, si la destruction d'une richesse est un mal, c'est que le temps employé à rétablir cette richesse, au lieu d'en créer une nouvelle, est du temps perdu. C'est un retard dans le progrès. Or, il en est de même du travail inutile. Que Ton occupe demain quelques millions d'hommes à creuser un trou énorme pour le boucher ensuite, ou à niveler les montagnes de la Suisse pour les rétablir après cela dans leur forme primitive, on aura produit l'équivalent de ce que l'on exécute aujourd'hui sous forme de fortifications, cuirassés, matériel et équipement de guerre.
Pas stérile, le budget de la guerre, parce que dans chaque pays il aura fait construire, en une année, deux ou trois cuirassés et quelques centaines de canons! Mais qu'on prenne donc la peine de réfléchir aux constructions productives que pourraient exécuter ces mêmes établissements métallurgiques! Combien de centaines de millions de journées de tra* vail faudrait-il dépenser pour doter tous les pays du monde d'un outillage industriel, et notamment d'un réseau de voies, ferrées, comparable à celui de la Belgique! (1). Et, dès main-
(t) Nombre de kilomètres de voie ferrée par 100 kilomètres carrés de surface en 1899, d'après Hickmann : Belgique, 20; Luxembourg, 17; Grande Bretagne, 11; Allemagne et Pays-Bas, 9; France, 7,8; Italie, 5,5; Autriche- Hongrie, 5,4;... Russie, 0,8; — Europe, 2,8; Amérique, 1. — L'Europe a 272.000 kilomètres de chemins de fer ; pour lui donner seulement la densité
tenant, avant qu*on ait sérieusement fait effort dans cette direction, voici les voitures automobiles, dont le besoin vient se superposer à celui des voies ferrées, en attendant que la navigation aérienne ouvre à notre activité un immense champ nouveau.
Et cette Belgique, que je donnais à Tinstant en exemple» parce qu'elle possède, dans son ensemble, un outillage des plus puissants, et que son commerce, dépassé seulement par celui des Pays-Bas et de la Suisse, laisse loin derrière lui celui des grandes puissances militaires (voir plus loin, tableau V), — cette Belgique ne peut être ainsi louée que par comparaison. Elle est, comme les autres nations, une vallée de larmes et de misères; elle est seulement un petit peu moins misérable. Et, pendant que les autres peuples feront reflFort gigantesque qui leur est nécessaire pour s'élever à Tétat de bien-être relatif dont jouit actuellement un pays plus avancé, tel que celui-là, ce dernier progressera pour atteindre une prospérité que nous ne pouvons même pas nous représenter aujourd'hui, et reculera d'autant l'idéal vers lequel marche Thumanité !
Encore une fois, je ne puis reproduire ici un travail auquel je dois me borner à renvoyer le lecteur curieux de ces questions.
Il faut pourtant s'arrêter encore, en passant, à cette autre chimère que se forgent certaines personnes et suivant laquelle un désarmement, jetant sur le pavé les centaines de milliers d'hommes que la caserne retient aujourd'hui, déterminerait une dangereuse crise économique. Voici, en deux mots, comment elle se réfute.
En soi-même, la restitution de quatre millions d'Européens jeunes et valides au travail productif, ne pourrait assurément pas être considérée comme un mal. L'Europe est loin
du réseau allemand, qui est moyenne, il faudrait construire 518.000 kilomètres de plus; pour l'amener à la densité belge, il faudrait une augmentation de 1.706.000 kilomètres, deux fois et demie le réseau du monde entier!
d'être surpeuplée; et, le fût-elle, les autres continents lui offriraient encore pour des siècles un champ d'immigration illimitée. Ces hommes, aujourd'hui, consomment sans produire, et sont donc une charge pour lacommunauté; demain, ils contribueront à la production générale, c'est-à-dire à la richesse commune. Au reste, pour le pays qui entretient, en temps de paix, larmée permanente la plus nombreuse par rapport à sa population, pour la France, la proportion est de 1,69 soldats au moins par 100 habitants ; en admettant que les adultes forment à peu près la moitié du nombre des habitants, l'accroissement de la population en âge de produire ne serait donc que de 3,4 p. 100, mettons 4 p. 100 pour tenir compte de la bonne condition physique des hommes rendus au travail.
Néanmoins, il est certain que si on jetait brusquement ces quatre millions d'Européens sur le pavé, on déchaînerait une grave perturbation économique. Mais il est bien évident que le désarmement ne s'effectuera pas par une semblable méthode « catastrophique ». Très certainement, au contraire, il se fera sans aucune secousse, par un procédé analogue à celui suivant lequel les armements eux-mêmes se sont produits.
Ce n'est pas du jour au lendemain qu'ont été mises sur pied et organisées ces armées de plusieurs centaines de milliers d'hommes, mais progressivement, par additions successives aux effectifs existants, à mesure que les méfiances internationales allaient s'aggravant. Eh bien, pareillement, à mesure que ces méfiances se dissiperont, les États réduiront leurs armements, spontanément et progressivement, comme ils les ont accrus. Il eût été impossible d'imposer aux peuples, du jour au lendemain, leurs charges actuelles, car on aurait provoqué à coup sûr une révolution générale : eh bien, de même qu'on a été obligé de déterminer en eux, en quelque sorte, une accoutumance par intoxications successives, il faudra bien, pour les rendre à la santé, ne diminuer que graduellement la dose de poison qu'ils tolèrent aujourd'hui. On procédera donc, non par un brusque licenciement des armées actuelles, mais par réductions successives du nombre des incorporations; quant aux personnels permanents (officiers, sous-officiers, fonctionnaires), on tiendra compte de leurs
droits acquis et de rimpossibilité où ils seraient de s'improviser des moyens d'existence, en les occupant ou en les indemnisant d'une manière ou d'une autre.
Au moyen de ces précautions, et de diverses autres qu'on ne saurait énumérer ici, on préviendra certainement toute crise économique résultant de cet afflux de population actuellement inoccupée.
Difficulté d'éiraltter les dépenses militaires Inexaetitude des indleations officielles
Avant d'examiner les quelques points qui feront l'objet de cette étude, une remarque générale s'impose, remarque d'une importance telle, que nous serons inévitablement amenés à la rappeler à plusieurs reprises.
C'est qu'aucun des nombres que nous aurons l'occasion de citer n'est réellement digne de foi.
Sans doute, ces mots sont faits pour étonner une assemblée d'hommes habitués à ne raisonner que sur des nombres précis, et ils semblent devoir infirmer à l'avance les conclusions de ce travail. Mais il n'en est pas moins indispensable de les dire, en toute conscience, quitte à les expliquer et à montrer que nous n'aurons pas, pour cela, discuté dans le vide.
Pour certains des nombres dont nous nous servirons, l'avertisseméi^tque je viens de donner est presque superflu. Ce sont ceux qui concernent la richesse et le revenu d'ensemble des principales nations . Chacun sent que ce genre d'évaluation ne peut être que tout à fait approximatif; tout ce qu'on peut faire, c'est de recourir aux travaux de quelque spécialiste digne de foi, en bien se disant que, si consciencieux qu'il ait été, il ne peut fournir que des résultats entachés d'erreurs considérables. C'est ainsi que, pour la richesse et le revenu des diverses nations, j'emploierai les valeurs indiquées par M. Mulhall dans l'édition de 1900 de son Dictionûry of statistics; et cet auteur lui-même ne m'en voudra pas de dire que
je ne les cite que sous toutes réserves, et à titre de simples indications^ car il est le premier à appeler l'attention du lecteur sur leur caractère hypothétique (1).
Les autres nombres dont je me servirai se rapportent aux dépenses budgétaires^ et plus particulièrement à celles d'ordre militaire.
Ici, on est généralement porté à croire que, pour trouver des renseignements précis, surtout exacts, il suffit de se reporr ter au budget officiel de chaque puissance. C'est là une erreur absolue.
D'abord, les budgets sont établis suivant des principes qui diffèrent beaucoup d'un pays à l'autre, et certains de leurs détails échappent réellement à toute investigation; si bien .qu'on aboutit aux conséquences les plus erronées, quand on se borne à juxtaposer, pour les comparer, les budgets officiels des divers États. Ici, en effet, telle dépense est soldée par le budget de l'État; ailleurs, elle relève des budgets provinciaux ou communaux, dont il est toujours difficile, et parfois tout à fait impossible, de connaître le détail ou même simplement le total global ; ailleurs encore, la question se complique du fait d'une constitution fédérale. Dans ce dernier cas, non seulement on aurait à totaliser quatre budgets ou série de budgets — Confédération, États, provinces et communes; — mais encore il arrive que la Confédération verse aux États, et reçoive d'eux des sommes importantes, qui figurent deux fois dans les comptes, puisqu'elles sont portées en dépenses d'un côté
(1) Les données numériques de la présente étude ont été puisées aux sources suivantes (en outre des auteurs cités en passant, à propos d'un chiffre déterminé) :
Almanach de Gotha, 137« année. Gotha, Justus Perthes, 1900.
Budgets officiels de la France et de la Suisse.
Yves Guyot et Raffalovich. — Dictionnaire du commercCy de Vinduslrie et de la banque. Paris, Guillaumin, en cours de publication.
A. L. Hickmann. — Geographisch-slatislisches universal Taschen- Atlas, Vienne, Freytag et Berndt, 1900.
M. G. Mulhall. — The dictionary ofstaiistics. Londres, Routledge, 1899.
The Statesman's Year-book. Londres, Macmillan, 1899.
Edmond Théry. — Europe et Etats-Unis d'Amérique; statistiques d'ensemble, Paris, Flammarion, 1899.
Maurice Block . — Annuaire de Véconomie politique et de la statistique, 56« année. Paris, Guillaumin, 1899.
et en recettes de l'autre. Des auteurs fort consciencieux sont tombés de ce chef dans des erreurs grossières ; et, pour éviter ces dernières, il ne suffit pas toujours de ne pas recourir à des travaux de seconde main; car les vérifications sont rendues parfois tout à fait impossibles par ce fait que, dans uneCorifédération, les budgets des divers États "ne sont pas toujours dressés suivant une méthode uniforme. Et pourtant il est évident que, si l'on veut comparer les charges qui pèsent sur les habitants de deux pays, il est indispensable de connaître le total réel de ces charges. Pour le contribuable, en effet, il importe peu qu'une école soit entretenue ou que le terrain d'une caserne ait été fourni par l'État ou par la commune : de toute façon, c'est lui qui a payé.
D'autre part, dans tel pays (par exemple en Suisse, depuis quelques années) on ne porte au budget que le solde, en bénéfice ou en perte, des exploitations de l'État. Ailleurs (par exemple en France), on en porte les frais au budget des dépenses et les bénéfices au budget des recettes, qui se trouvent ainsi enflés d'une manière tout à fait abusive, et donnent une idée très fausse des charges fiscales réellement imposées au contribuable.
Si enfin l'on considère spécialement les dépenses militaires, on se trouve partout en présence de comptes embrouillés à plaisir, de la manière la plus extravagante. Il serait peut-être injuste de prétendre que cette obscurité soit voulue; mais certainement, en aucun pays, on n'a le courage de procéder à un examen viril de la situation militaire-financière, et de rechercher impitoyablement les mille canaux, dissimulés dans tous les recoins des budgets, par où le militarisme draine et anéantit la force vive des nations.
J'ai donné de ce fait un exemple frappant, en discutant les budgets militaires français, allemand et suisse pour l'anné 1897 (1).
Pour la Suisse, la tâche était relativement facile, car il n'y a, dans ce pays, ni pensions de retraites, ni suppléments divers à ces pensions, comme en France; et le budget fédéral
(1) Uarmét d'une démocratie. Paris, éditions de la Revue Blanche, 1900.
est dressé d'une manière fort claire. Aussi suffit-il de quelque attention pour relever aux chapitres de l'Administration fédéraie, de l'Intérieur et des Finances, un total de 1.240.427 francs de dépenses proprement militaires, qui doit évidemment être ajouté au budget du Département militaire. Cette somme représente un premier supplément d'environ 5 p. 100, à ajouter au budget militaire officiel.
Mais à côté de cela, il y a les dépenses militaires des cantons, dont il faut bien tenir compte, et qui dépassent (recettes déduites) 1.600.000 francs, soit plus de 6 p. 100 du budget militaire officiel. Eh bien, malgré des recherches assidues exécutées à Berne par quelqu'un qui était bien placé pour les faire, il m'a été impossible d'en obtenir le total exact. Tout ce que Ton peut donc affirmer, c'est que les dépenses militaires de la Suisse dépassent de plus de 11 0/0 le chiffre officiellement indiqué et que reproduisent religieusement tous les statisticiens et les recueils les plus sérieux, tels que V Annuaire de VÈconomie politique, VAlmanach de Gotha, ou le SMesman's Year-book,
Pour la France, un examen superficiel du budget de 1897 ne révélait qu'une dépense de 625.943.905 francs pour la Guerre et 284.795.500 francs pour la Marine; ensemble, 910.739.405 francs, ou, défalcation faite de 29.762.404 francs de recettes du département de la Guerre, 880.977.001 francs.
Mais si Ton s'en tient à ce chiffre, comme font tous les auteurs, on est bien loin de compte.
Seulement, pour arriver au total exact, il né suffit pas d'examiner sommairement, dans les budgets des autres miiiistères, la somme totale afférente à chaque chapitre, car l'objet n'en est jamais indiqué qu'en termes généraux; il faut discuter, un à un, tous les articles de ces chapitres. Et l'on reconnaît alors qu'il convient d'ajouter aux budgets de la Guerre et de la Marine au moins les sommes suivantes :
Pensions militaires Fr. 94.400.000
Pensions de la marine • 36.549.000
Suppléments divers à ces pensions (chap. 33, 38 et
39 du budget des Finances). 12.953.540
A reporter 143.902.540
Report .^ 143.902.540
Légion d*honneur et médaille militaire 10.9d8.820
Dépenses militaires du budget des Colonies 62 . 746 . 500
Soit un premier total de Fr. 217.647.860
Je néglige, dans ce compte, un total de 140.463.000 francs d'intérêts d'emprunts conclus pour des objets exclusivement militaires, tels que l'armement. Certains auteurs les ajoutent bien au budget de la Guerre. Mais on peut estimer qu'il convient de ne les noter que pour mémoire, car cette dette ne correspond pas à nos dépenses actuelles, que nous sommes maîtres de réduire. Elle est la rançon de nos fautes passées, et, si Ton voulait en tenir compte, on pourrait aussi bien porter au passif du militarisme la presque totalité du gros milliard que nous coûte annuellement la dette publique non viagère.
D'autie part, diverses « ressources procurées au Trésor » par le département de la Guerre sont purement fictives, comme je l'ai montré; elles se montent à 2.624.500 francs, à ajouter à la somme ci-dessus, qui se trouve portée ainsi à 220.272.360 francs.
Le budget militaire directement éualuable se trouve donc porté à 1.101.249.361 francs, au lieu de 880.977.001 francs; l'augmentation est exactement de 25 pour cent! (1)
Et encore, il ne s'agit ici que de ce que je viens de nommer les dépenses militaires « directement évaluables ». Mais^ quand on examine les budgets des divers Départements, on rencontre à chaque instant des dépenses dont ou sent bien qu'une bonne partie est imputable aux « nécessités de la défense nationale », sans qu'il soit possible d'évaluer cette proportion. Je mentionnais par exemple, dans le travail auquel je viens de faire allusion, certaines voies de communication dont le principal intérêt est stratégique; les charges imposées aux compagnies de chemins de fer, par exemple en ce qui concerne le matériel roulant ; les « encouragements à l'in-
(1) Si l'on tient compte des intérêts d'emprunts dont j'ai parlé plus haut, le total est de 1.247.712.361 francs, en excès de 41,6 0/0 sur le chiffre officiel.
dustrie chevaline », auxquels les besoins de l'armée servent de prétexte ; enfin, sur les 36 millions que coûtent les personnels des douanes et des forêts, une partie de cette dépense, imputable à ce que ces personnels sont organisés militairement. Comme je le faisais observer, cette énumération ne pouvait pécher que par omission : et en effet, j'aurais dû citer aussi, comme fortement influencées par les préoccupa^ tions militaires, au moins les dépenses des haras (5.647.000 fr.), et surtout certaines subventions à la marine marchande (croiseurs auxiliaires), atteignant 27 millions en France et 25 millions en Allemagne,
D'autre part, plusieurs colonies paient pour leurs milices un total de 6.026.897 francs, et la Tunisie rembourse 331 .334 fr. de dépenses pour la gendarmerie; soit, en tout, 6.358.231 fr. qui, à la vérité, ne sont pas déboursés par la métropole, mais qui sont bien consacrés à des dépenses militaires.
Si donc on veut se rendre compte de ce que, sous forme d'impôts, la France paie pour des objets purement militaires — sans parler des sacrifices indirects dont il sera question plus loin — , on devra majorer le total des budgets de la Guerre et de la Marine, tels que nous les trouvons dans toutes les statistiques, d'un supplément compris entre 25 et 30 p. 100,
Les bitdgets militaires de l'Allemagne réservent des surprises analogues à qui les étudie de près.
Officiellement, ils se chiffraient, pour l'exercice 1897-98, par :
Guerre Fr. 738.716.375
Marine 146.906.750
Ensemble Fr. 885.623.125
et c'est ce total que donnent les auteurs qui s'occupent de la question, ou un chiffre voisin de celui-là (1). Mais il ne suffit pas de lui ajouter le montant des pensions de retraite, pour avoir une évaluation exacte des charges qui pèsent sur le contribuable allemand. Si l'on veut établir une comparaison
(U M. E. Théry ne porte qu'à 877 millions la somme des budgets de la Guerre et de la Marine pour cet exercice ; il y a là une erreur matérielle.
valable avec les dépenses de la France, il faut tenir compte de la gendarmerie, qui est soldée en Allemagne par les divers États et non par l'Empire ; des volontaires d'un an, qui s'équipent à leurs frais; du fonds des invalides ; du capital im* productif du Trésor de guerre (1). On notera aussi, pour mémoire, comme en France, les intérêts d'emprunts causés par les armements, et Ton arrivera à la situation ci-après :
Guerre Fr, 738.716.375
Volontaires d'un an, au moins 10.000.000
Gendaniierie, au moins 22.250.000
Marine 146.906.750
Pensions de la Guerre 58.218.200 )
Pension de la Marine 3.602.375 | 98.423.825
Fonds des invalides 36.603.250 )
Intérêts du Trésor de guerre 7.000.000
Marine marchande (subventions) 25.000.000
Total 1 .048.296.950
Plus, pour mémoire, intérêts d'emprunts... 93.533.525
Total général Fr. 1 .142.880.075
La somme à ajouter aux chiffres budgétaires officiels est donc de 162.673.825 francs, ou de 18,4 p. 100. Et si l'on tient compte des intérêts d'emprunts, elle se monte à 256.207.350 francs, ou 29 p. 100 du chiffre officiel.
Il faut ajouter que je n'ai pu me livrer à un examen aussi détaillé des budgets allemands que des français, et que ces totaux devraient certainement être majorés encore.
En résumé, si l'on veut évaluer les dépenses militaires réellement effectuées, il convient de majorer les chiffres officiels de plus de 11 p. 100 pour la Suisse, 25 p. 100 pour la France, et 18,4 p. 100 pour l'Allemagne. En tenant compte des emprunts expressément consacrés à des objets militaires, la majoration se monte à plus de 41,6 p. 100 pour la Ptftuce, et de 29 p .100 pour l'Allemagne.
(1; Voir, i^uv cette discussion, L'Armée (Pune démocratie.
Pareille observation peut être appliquée aux dépenses de tous les pays. Et, si Ton tient compte de ce que l'armée allemande est administrée très économiquement, tandis que l'armée française est chère et l'armée anglaise extrêmement chère, on trouvera qu'il n'est pas exagéré d'affirmer que, pour l'ensemble des armées et des marines d'Europe, les chiffres officiels, que l'on se borne généralement à reproduire, doivent être majorés d'environ 20 p. 100, en ne tenant compte que des dépenses actuelles, mais non des intérêts d'emprunts anciens.
lies cliargcs de TKar^pe en 1 %99.
Sous la réserve de ces observations, que nous pourrions répéter à chaque page de notre étude, voici, d'après le professeur Hickniann, conunent étaient employés les 24 milliards et 125 millions de francs qui formaient en 1899 l'ensemble des budgets de l'Europe (notons que, dans ce tableau comme dans les suivants, les chiffres relatifs à l'Allemagne comportent la somme générale concernant l'Empire et les États confédérés) :
Tableau I
Budget global de TEurope en 1899
Gouvernements centraux
Marine
Armée
Pensions
Dettes (intérêts et amortissements). . . .
Administration des Finances
Instruction publique
Justice
Affaires étrangères
Administrations diverses
Total
Millions de francs
Pour 100
Ainsi, 23,2 p. 100 du budget général de l'Europe est absorbé par la Guerre et la Marine (et certainement bien plus de 25 p. 100, si l'on tient compte des pensions et des travaux publics) ; 24 p. 100 reviennent à la Dette, provenant en grande partie des guerres passées ou des armements actuels ; et il reste la bagatelle de 5,6 p. 100 pour l'Instruction publique.
Un mot résume cette situation. En 1880, la Nouvelle- Zélande dépensait pour l'instruction publique 9.600.000 fr., soit 19 fr. 80 par habitant; les 396 millions d'Européens dépensent aujourd'hui pour ce même objet 1.350 millions» soit 3 fr. 40 par habitant — six fois moins !
Voici d'autre part, d'après le même auteur, les dettes des États européens et des principaux États d'outre-mer, rangées dans l'ordre des charges que supportent les contribuables :
Tableau II Dettes et Charges correspondantes, en 189.0
PUISSANCE
France
Argentine
Turquie
Espagne
Portugal
Belgique
Italie
Grande-Bretagne. .
Pays-Bas
Autriche-Hongrie .
Roumanie
Allemagne
Egypte
Brésil
Serbie
Grèce
Russie
Bulgane
Norvège
Danemark
Suède
Etats-Unis
Luxembourg
Japon
Suisse
Inde anglaise
Chine
Europe (toUliiiijene)